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France Télécom : Des excuses opportunes si ce n'est salvatrices ?

Publié le 12 octobre 2009 par Muzard
 

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Il aura fallu 24 suicides pour que Didier Lombard communique de manière pertinente. Il a enfin présenté ses excuses, publiquement en répondant aux questions de Jean Pierre Elkabbach sur Europe 1 en fin de semaine dernière.

D’entrée de jeu, l’interview annonce une rupture dans la communication de Didier Lombard.
Pour la première fois, au lieu de minimiser ou de relativiser ce qui se passe au sein de son groupe, il dramatise la situation, n’hésitant pas à utiliser des expressions fortes pour décrire la situation    "épreuve terrible, véritable choc pour les salariés "..
C’est un bon point de départ.
De plus, le dirigeant assume sa responsabilité non seulement au nom de son groupe mais aussi à titre personnel par rapport à cette douloureuse situation : « nous » dit-il et il se reprend « je n’ai pas pris en compte …. »  et il se reprend ainsi à plusieurs reprises pendant l’entretien pour s’exprimer à la première personne. Il reconnaît rapidement que l’entreprise va changer en profondeur "la direction va probablement être modifiée". C’est une manière de signer haut et fort une responsabilité de l’entreprise et de son management.

Didier Lombard  va confesser 3 péchés au grand chanoine Elkabbach :

-    en termes de stratégie : on comprend que France Télécom a évolué au pas de charge, probablement trop vite.

-    en termes de management : il   reconnait ne pas avoir prêté suffisamment attention aux signes de souffrance du personnel de terrain. C’est bien, même si son discours reste trop abstrait : « nous n’avons pas assez écouté les signaux faibles »… On n’en attendait pas moins d’un X Telécom ! 

-    en termes de communication : la communication est le terrain qui se prête le mieux à l’auto critique. La  communication ne fait en effet pas partie des 7 péchés capitaux du dirigeant.   Didier Lombard persiste  donc à regretter son erreur  qu’il qualifie « d’ énorme bourde », « j’ai trouvé le nom le plus catastrophique » précise - t-il à savoir « la mode des suicides ».  Lorsqu’il plaide coupable, il ne lésine pas sur les mots, ce n’est pas un mea-culpa en demi-teinte…

C’est malin, les Français, les hommes, les primates en général sont enclins à pardonner. Nous sommes des êtres hyper sociaux, c'est écrit dans notre ADN, sinon nous serions tous fâchés; cela ne serait pas bon pour la pérennité de la tribu. Il nous est difficile de résister à quelqu’un qui reconnaît  sincèrement et en tout cas publiquement ses erreurs, même si ce mea-culpa arrive un peu tard.

De plus en confessant 3 péchés, Didier Lombard espère détourner l’attention du public d’erreurs plus graves qui auraient pu justifier sa démission, telle qu’une erreur sur la stratégie menée chez France Télécom.
Il prend même soin d’écarter ce soupçon qui pèse sur lui d’entrée de jeu, en ayant recours habilement à l’argument de l’alternative : « en 2002 nous étions au bord du dépôt de bilan » rappelle- t-il. Il faut comprendre que si l’entreprise n’avait pas profondément muté, les salariés seraient tous morts, tout au moins au plan « économique ». 
Didier Lombard sait manier  l’art de sauver sa peau en lâchant sur l’accessoire pour préserver l’essentiel !
De ce point de vue, il est plus fin que Daniel Bouton, de la Société Générale qui n’aura jamais eu le courage de se livrer à une auto critique.

Didier Lombard ne se limite pas  à reconnaître des erreurs et assumer ses responsabilités, il affirme une vraie intention de  « reconstruire  »  l’entreprise. Désormais au lieu de glorifier la performance économique, il évoque la performance de l’entreprise au plan du management. Le discours guerrier économique laisse place à un discours « psy » : les salariés ont vécu un choc- ils doivent se reconstruire- il faut libérer la parole déclare -t-il. 

En outre, il a décidé de reprendre le pilotage de son groupe, qui depuis plusieurs semaines ne prenait de décisions que sous la pression de l’opinion et du gouvernement… Cette fois, alors que Xavier Darcos propose 4 mois aux entreprises pour mettre leur entreprise aux normes du bien être social, il affirme qu’il n’attendra pas ce délai, il sera même en avance par rapport aux obligations. Le mauvais élève du management s’affirme comme futur élève modèle !!!

Enfin, la manière d’annoncer son successeur en le valorisant ce qui est plutôt rare chez un dirigeant, est assez habile. « Un capitaine ne quitte pas son navire dans la tempête » , dit-il pour justifier son refus de démissionner. Mais une fois le calme revenu, c’est écrit, il passera le relais à son successeur. C’est un discours dissuasif, on ne voit pas l’intérêt aujourd’hui de pousser à la porte, un homme aussi responsable, courageux même et qui a de toutes façons prévu de partir dans un horizon proche. Là encore, il compte échapper aux flèches empoisonnées de l’opinion….

On se surprend à  croire que ce discours n’est pas seulement inspiré par la nécessité mais relève d’abord d’une démarche sincère. Il est tout à fait possible que les suicides n’aient pas seulement provoqué un choc chez les salariés mais aussi chez ses dirigeants et Didier Lombard en particulier. Ce qui expliquerait que le patron de France Telecom remette en cause ses habitudes dans le domaine du management comme de la communication. Il faudra être patient, seul l’avenir nous permettra de savoir quel est le réel moteur de ce mea culpa public.



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