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Edipresse compresse

Publié le 12 octobre 2009 par Alain Hubler

Manif Tour EdipresseDans mon milieu de gauche, il est souvent de bon ton de s’en prendre à la presse que l’on qualifie volontiers de «bourgeoise» et de se lamenter que celle-ci ne relaie pas assez nos actions, nos idées et nos idéaux. À l’autre bout de l’échiquier politique, il est banal et fréquent d’entendre dire que les journalistes sont des gauchistes embusqué.

Il n’empêche que, malgré ses jérémiades, la classe politique est toujours très avide du moindre article dans le plus confidentiel des journaux. Il y a en quelque sorte une relation amour-haine entre les personnels de la politique et celui de la presse.

Cette liaison explosive, qui ne date pas d’hier, n’est cependant pas assez profonde pour mobiliser les troupes politiques dans la défense de celles et ceux qui participent à leur édification publique. C’est sans doute pour cela que je n’ai pas vu l’ombre de la trace du moindre politicien en vue ce midi devant la tour Edipresse à l’occasion de la première manifestation du personnel qui est sur le point de subir une centaine de licenciements. Est-ce à dire que les élus se fichent comme de l’an quarante de leurs alliés de circonstance ? Cela n’est pas exclu et c’est une grossière erreur.

Une boulette magistrale car, en dégraissant massivement, Edipresse Suisse, qui tient à se faire svelte pour séduire son acheteur Tamedia, va finir par nous imposer un journalisme au rabais et à la va-vite, qui ne peut que nuire à la transmission de l’information de quelque nature qu’elle soit, y compris – et peut-être surtout – politique.

Pendant que les inutiles actionnaires s’en mettent plein les poches – 50 millions depuis l’an 2000 pour Edipresse et 500 millions pour Tamedia, les journalistes et les employés des services d’impression et de production trinquent quand bien même le bilan opérationnel de la maison s’élève à 22,5 millions pour 13% de marge.

L’orientation stratégique, mal dissimulée par une baisse conjoncturelle des revenus publicitaires, est simple : faire toujours mieux avec toujours moins pour le plus grand plaisir de ceux qui voient leur argent travailler tout seul. Cette «discipline de vie», qui n’est cependant pas propre à la presse, aura tôt ou tard des conséquences dévastatrices sur la qualité des publications.

Ce jour-là, les éternels pleurnichards qui s’estiment maltraité par des journalistes à la botte du grand capital ou malmené par des gauchistes déguisés n’auront que ce qu’ils méritent pour n’avoir pas soutenu le mouvement de celles et ceux qui veulent simplement faire leur travail dans des conditions acceptables. Si cette attitude peut se comprendre de la part des politiques de droite pour lesquels la quête du profit est la nature première, cela se conçoit beaucoup moins bien pour ceux de gauche qui n’ont que le «développement durable» à la bouche. Ceux qui fustigent les pravdas n’ont encore rien vu.

Quant aux actionnaires qui étranglent à petit feu leur poule aux œufs d’or, je n’ai qu’un seul conseil à leur donner : allez prendre des cours de journalisme et mettez vous au travail vous-mêmes si vous voulez publier autre chose que des prospectus publicitaires.

Pour ma part, je ne souhaite qu’une chose : que les salariés d’Edipresse se battent ensemble, fort et longtemps et qu’ils fassent plier une direction pour qui le contenu du portefeuille des actionnaires est devenu plus important que celui de leurs canards.


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