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On ne change pas de job que pour l’argent

Publié le 19 octobre 2007 par Claire Romanet

En réaction à l’étude publiée dans un récent numéro de l’incontournable Stratégies sur les cadres consultant les offres d’emploi de la communication, nous voudrions ajouter une réflexion bien légitime. Oui, légitime car elle est issue du terrain. Ppour rappel, en tant que recruteurs spécialisés dans les métiers de la com’, nous rencontrons tous les jours des candidats et des décideurs qui nous donnent des avis très personnels sur leur profession. Dont voici quelques clefs.
Tout d’abord, évoquons le point crucial concernant les salaires dans la communication. Contrairement à ce qu’énonce le Directeur-conseil en charge du marketing chez Ipsos, la rémunération n’est pas la raison principale pour changer de travail.

En effet, nous voyons de plus en plus d’autres raisons de changements, évoquées en « off » par les candidats lors d’entretiens individuels. En tête de liste arrivent l’ambiance générale et les relations internes, le plus souvent avec son supérieur hiérarchique (et parfois les mots sont forts puisque certains nous parlent de harcèlement moral), vient ensuite l’intérêt de la mission, la rémunération, puis la visibilité de l’entreprise, son secteur d’activité et sa bonne santé financière. Enfin, et c’est maintenant une généralité, tout un chacun considère aujourd’hui que cumuler des expériences dans des sociétés différentes est la clef d’une carrière réussie.

De toute façon, ne considérer que le critère du salaire comme objectif professionnel est en soi une erreur. Bien sûr, la notion de pouvoir d’achat est primordiale, ce n’est pas contradictoire avec une société de consommation où la valeur « Travail » a de moins en moins de sens, et où les notions de plaisir, satisfaction et bien-être sont largement prioritaires.
C’est d’autant plus vrai avec les jeunes (rappelons que l’étude Stratégies indique que près de la moitié des effectifs en communication a moins de 35 ans). Selon une enquête réalisée par Ipsos à la demande de la CGPME (1), lorsque l'on demande aux moins de 25 ans ce qu'ils attendent de l'entreprise dans laquelle ils pourraient travailler demain, ils citent d'abord le fait de pouvoir évoluer dans une ambiance agréable et sympathique (pour 26 %) avant la possibilité de travailler sur des sujets intéressants (23 %). La rémunération ne vient qu'en troisième position.

Nous ne résistons pas à l’envie de citer ici une autre statistique surprenante mais ô combien utile pour comprendre comment la notion de travail est perçue chez nos jeunes : Jean-Robert Pitte, Président de la Sorbonne, cite 60% des étudiants qui répondent à la question « Quel métier vous fait rêver ? » … : « Fonctionnaire » ! (2)
Sécurité et retraite sont donc aussi des critères à prendre en compte. Penser comme un senior à l’âge de 20 ans, ça laisse rêveur et ça en dit beaucoup sur l’investissement possible au travail. Il faut que nous, employeurs, en prenions conscience !

Concernant l’attractivité de nos métiers, le commercial, la communication et le marketing restent des secteurs qui recrutent. L’Apec avait déjà noté 15% de hausse avec 46000 cadres embauchés en 2006, la progression continue et on attend des chiffres pour cette année qui devraient se situer entre 8 et 16%. (3) Certes, ce sont les fonctions commerciales qui tirent les chiffres vers le haut, car les forces de vente sont toujours considérées par les entreprises comme primordiales, ROI oblige (surtout grâce aux profils susceptibles d’aller chercher du new business).
Si la fonction communication augmente, elle (malgré sa mauvaise réputation en termes de rémunérations), c’est grâce au contexte de concurrence qui conduit les entreprises à dynamiser leur image et aussi à prendre en compte l’outil incontournable qu’est devenu internet. Dans ce secteur en forte croissance, les annonceurs créent de plus en plus de postes et en agence, la segmentation qui est en cours fait émerger de nouveaux métiers (ex. : community manager, expert en search marketing, etc).
Quant à la fonction marketing, le secteur attire toujours mais surtout par le lancement de produits, qui continue de faire rêver, alors même que le nombre de marques s’amenuise (ex. Nestlé qui avait 7000 marques il y a 15 ans, n’en a plus que 700 dont 15 vraiment stratégiques). (4)
En conclusion, on ne change pas de job que pour l’argent et il va falloir intégrer, coûte que coûte, qu’un collaborateur, aujourd’hui, recherche avant tout un environnement de travail qualitatif, du sens à sa mission et une réelle satisfaction au quotidien. On parle Profession ? Ou Profession de foi alors ?

(1) Source Marketing Magazine.
(2) Source « Jeunes on vous ment », J.-R. Pitte, éditions Fayard.
(3) Source Apec.
(4) d’après Gilles Marion (Directeur département marchés et innovations à l’EM Lyon).


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