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Dupain : Vivants!

Par Mélina Loupia
Sans déconner, quand je pense que si Elizabeth Teissier s'était encore vautrée en annonçant la victoire des Bleus du XV en petite finale, je serais restée à la maison à sauter sur mon canapé à chaque tampon de Chabal... Heureusement qu'on a perdu en fait. Du coup, j'ai pas regretté d'avoir abandonné mon pack français à moi et d'aller en découvrir un autre. Il s'appelle Dupain, et décolle de temps en temps ses racines coming from Mars(eille) pour parler comme avant. Avant, c'est l'occitan.   (Source: Mondomix ) Dupain, c'est Samuel qui chante, Lolo qui percute, Pierlo qui roule, Noël qui slape et Daniel qui mandole. Dupain, tout le monde en parle déjà pas mal. Dupain, j'ai eu le privilège d'être devant et aussi derrière, dans ce petit foyer culturel. Devant, manque de bol, trop de chaises pour se laisser pénétrer par l'énergie. Samuel, il chante pas, il accouche chacun de ses sons comme si ça devait être le dernier. Lolo, il pourrait jouer avec son coeur s'il perdait un jour ses mains. Pierlo, sa vielle à roue, il la love, il la couve contre son ventre. Noël, faussement impassible, c'est la troisème dimension du son, celui qu'on aime sentir profond dans nos entrailles. Daniel, c'est la pudeur assise qui donne toute sa lumière et son talent à sa mandole, ronde comme du temps de Rodin. J'ai souvent fermé les yeux pour oublier que j'étais mal assise et là pour bosser. Paupières closes, j'ai tout vu. Les couleurs chaudes de la Méditerranée. L'ocre des terres arides par exemple, de celles que tu aimes te salir les mains avec. La torpeur des complaintes. La langueur des mélodies, presque de la mélancolie. Le cri des colères saines d'antan. La poésie des cigales qui flirtent avec la dureté des pierres occitanes, se répondant comme un écho brûlant. La musique qui te lave la tête comme la tramontane lessive le ciel pas content. Les mots durs qui militent, qui dénoncent, mais que la musique fait flotter, même s'ils marquent ta tête longtemps après. Pêle-mêle, tout ça, mais c'est aussi la force de la diversité de ces 5 drilles. Ou comment une complainte monte lentement en rock, dérive en reggae, et s'essouffle en berceuse. Quand j'ai rouvert les yeux, la petite salle s'était vidée des aînés, qui pensaient assister à du chant occitan pur et dur. Presque ça, à quelques décibels et bpm près. Si les dentiers ou les coutures ont bougé, je suis sûre que certains refrains leur feront encore rouler les r. Il était temps pour moi de faire ma midinette. J'avais tourné le scenario dans ma tête toute la journée, m'étais monté des tas de courts-métrages et mis placé les décors dans les recoins de moi pour arriver à mes fins. J'ai rangé mon appareil photo, éclairci ma voix, fait craquer mes petits doigts boudinés ( par ici, les Knacki ) et sorti mon bloc-notes marquetté. Lentement, pétrifiée de trac, j'ai avancé vers la scène. J'ai tourné à gauche, derrière les enceinte, longé un couloir interminable du fond duquel me provenaient les bâtons rompus d'un debriefing animé. Je sais que si j'avais eu ma carte de presse montée en pendantif, je me la serais jouée à l'aise et décontractée. Manque de bol, mon opulente poitrine n'enserrait rien d'autre que les battements de mon coeur qui tentait une évasion pour battre enfin sa chamade au grand jour. Je parle avant de me montrer, comme on tousse pour séparer deux amoureux se volant des baisers. Le dialogue se rompt au son de ma petite, toute petite voix, j'ai 8 ans à ce moment-là. Je soumets ma requête. Elle est acceptée. Je bafouille comme je peux que je les aime bien, ils me remercient et m'offrent un petit moment de partage, back stage comme on dit au delà de la grande mer froide. Je prends congé, mon trésor contre mon coeur, serré comme chacun de mes enfants lorsqu'ils  étaient fragiles. Ce n'est que dans la rue, à l'abri du ridicule, que j'ai esquissé de petits entrechats de bonheur. Ce bonheur, c'est eux qui me l'ont donné sans compter.

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