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Place aux vieux

Publié le 22 octobre 2009 par Malesherbes

Dans mon avant-dernier billet, le Vol de l’Aiglon, j’exposais comment, parmi les différents jalons plantés, par l’homme « qui agit », pour ouvrir la voie de son rejeton, on avait brandi l’arme de la retraite à 65 ans contre Patrick Devedjian. Mercredi 14 octobre, l’ineffable porte-parole du gouvernement, Luc Chatel déclarait : « Il y a des règles. A 65 ans, on cesse ses fonctions à la tête d'un établissement public. Elles valent pour tout le monde. Le gouvernement ne souhaite pas modifier, pour un cas particulier, l'âge de départ en retraite de dirigeants d'établissements publics». Mais bien sûr.

Le 29 août 2008, un décret du Président de la République a nommé le recteur Christian Forestier administrateur général du Conservatoire national des arts et métiers. Le mandat correspondant étant d’une durée de cinq ans et M. Forestier atteignant cette limite d’âge de 65 ans le 8 décembre de cette année, une telle nomination était exposée à menacer la stabilité de la direction du CNAM. Fort heureusement, selon Le Canard enchaîné du 21 octobre, notre Président s’apprêterait à signer un décret modifiant les statuts du CNAM pour permettre à son administrateur général de rester en fonction jusqu’à 68 ans. Tiens, j’avais cru comprendre que les règles valaient pour tout le monde.

Dans l'exposé des motifs du projet de loi sur le Grand Paris consacré à Saclay, on trouve ceci : « l’article 23 fixe les principales règles concernant la direction de l’établissement, lequel sera dirigé par un président directeur général nommé par décret pour la durée de son mandat d’administrateur. […] Le décret d’application précisera qu’il sera dérogé à la loi n°84-834 du 13 septembre 1984 à la limite d’âge dans la fonction publique et le secteur public [, loi qui] fixe à 65 ans l’âge limite pour les présidents de conseil d’administration, directeurs généraux et directeurs des établissements publics de l’Etat ».

Au lendemain de la déclaration de Luc Chatel, les autorités se sont, comme à leur habitude, réfugiées dans des arguties sans fondement. Selon Le Moniteur du 15 octobre, le cabinet du premier ministre a affirmé qu’il n’y avait pas dans ce texte « de volonté de déroger aux principes ». Il n’y avait peut-être pas de volonté de le faire mais cela a été fait. L’entourage de Christian Blanc, secrétaire d'état au développement de la région capitale, a même osé dire : « Saclay n'est pas un établissement public d'aménagement mais un établissement public de développement ». Où donc a-t-il vu dans cet article 23 qu’une quelconque distinction eut été établie entre différents types d’établissement public ?

Arguant de la nécessité d’avoir comme président « une sommité du monde scientifique » avec une « visibilité internationale, quelqu'un de reconnu par ses pairs. Ces gens là ont un certain âge », ce même entourage a ajouté que, pour ne pas avoir une liste de candidatures fermée, il fallait ouvrir le choix et pouvoir faire appel à des gens ayant dépassé 65 ans. Etrange, il existe donc des postes de responsabilité auxquels un génial élu, incapable d’avoir obtenu cinq ans après son bac l’équivalent d’un DEUG de droit, ne peut prétendre ? Décidément, ce monde est mal fait.


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