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Pas si "réacs" que ça, les Polonais (et les Suisses) !

Publié le 23 octobre 2007 par Roman Bernard

Comme au lendemain de l'élection présidentielle où, après avoir ouvertement appelé à voter pour Ségolène Royal, elle avait exhorté les Français à "Changer", l'équipe éditoriale du Monde a une nouvelle fois retourné sa veste, de façon trop grossière toutefois pour que cela échappe à la sagacité de votre serviteur. Le 8 septembre dernier, le quotidien du soir titrait son éditorial "Irritante Pologne" en réaction au refus des frères Kaczynsky de célébrer la journée européenne contre la peine de mort, le 10 octobre.
Les raisons invoquées par les jumeaux n'étaient pas les bonnes, mais ils avaient, à mon sens, raison de s'opposer à l'une de ces journées moralisantes qui surchargent absurdement le calendrier. Dans cet éditorial d'une rare violence, Le Monde en venait à prédire une victoire des Kaczynsky, estimant implicitement que le peuple polonais, foncièrement réactionnaire, ne méritait pas mieux que la pâle caricature de la Pologne que donnent les maîtres de Varsovie depuis trois ans, notamment dans cet extrait conclusif :

Rien n'indique que cette croisade morale nuise à leur popularité. Au contraire. Ils ne représentent sans doute pas toute la Pologne, mais, sauf surprise pendant la campagne électorale, il faudra s'habituer à vivre avec eux.

Cet amalgame fait par le "journal de référence" entre les Polonais et leurs gouvernants m'avait évidemment indigné.
Après la défaite de Jaroslaw Kaczynsky, le premier ministre, aux élections législatives de dimanche, le ton est tout à fait différent dans l'éditorial d'hier, titré "Alternance en Pologne". (amusant de voir que, d'un coup, la Pologne n'est plus "irritante" dès lors qu'elle vote comme les donneurs de leçons du Monde le souhaitent). Ce qui est également amusant, c'est que l'éditorial d'hier reprend dans des termes semblables celui du 8 septembre, pour dire précisément le contraire :

S'il fallait une preuve que les jumeaux Kaczynski, Lech, le président et Jaroslaw, le premier ministre, ne représentaient pas toute la Pologne, elle a été donnée par les élections législatives du dimanche 21 octobre. La politique réactionnaire, au sens propre du terme, qu'ils menaient depuis trois ans a été désavouée par une majorité de leurs concitoyens. [...] La Pologne ne ressemble donc pas à la caricature obscurantiste que le gouvernement sortant a donnée d'elle. Au contraire, la société et l'économie polonaises ont manifesté ces dernières années un dynamisme qui a permis l'éclosion d'une classe moyenne. Celle-ci se retrouve plus volontiers dans les thèses libérales de la Plate-forme civique de M. Tusk que dans les philippiques moralisatrices de Radio Maryja, la station catholique, suspecte même aux yeux du Vatican, qui soutenait les jumeaux.

Répétons : "les philippiques moralisatrices de Radio Maryja, la station catholique, suspecte même aux yeux du Vatican, qui soutenait les jumeaux."... si j'étais catholique, ce genre de remarque m'écoeurerait, surtout de la part d'un journal qui se veut toujours plein de prévenances à l'égard des autres religions. Pourquoi dire qu'une radio ayant effectivement soutenu des thèses homophobes et antisémites inacceptables est suspecte "même" aux yeux du Vatican ? Le Saint-Siège serait-il aussi le haut-lieu de l'antisémitisme et de l'homophobie ?
Mais revenons au sujet qui nous importe ici. La Pologne s'est dotée d'un gouvernement certes moins conservateur que celui de M. Kaczynski, mais néanmoins libéral, et la coalition que Tusk devra former pour disposer d'une majorité incluera un parti paysan, le PSL, dont les valeurs politiques sont fortement inspirées du catholicisme social. Si Le Monde se réjouit de cette victoire, c'est uniquement en raison du tournant pro-européen qu'elle implique pour la Pologne. Mais la Pologne reste la même et l'on ne construira rien de durable avec ce grand peuple en le méprisant.
Persistance des attaques contre l'Union démocratique du Centre (Suisse)
En même temps que les élections polonaises se déroulaient les élections suisses. "Populiste", "ultranationaliste", "xénophobe", le Monde a épuisé le champ lexical du terrorisme intellectuel pour décrire la nette victoire de l'UDC, ce parti de gouvernement dont je refusais récemment qu'on le compare au parti néo-nazi allemand (NPD), comme le faisait le quotidien "impartial" sous prétexte que ce dernier avait repris le concept du mouton blanc -boutant un mouton noir hors du territoire national- dans une campagne d'affichage.
Rappelons que dans le cas de l'UDC, il ne s'agissait d'exclure que les criminels étrangers (ce que la France faisait sous le gouvernement de "gauche plurielle" de Lionel Jospin) de Suisse, alors que dans celui du NPD, il s'agissait d'appliquer la préférence nationale à la politique sociale de l'Allemagne, ce qui n'a absolument rien à voir.
Mais il serait intéressant de savoir pourquoi la Suisse, seul refuge d'Europe durant nos guerres continentales, est devenue fermée à l'immigration depuis quelques décennies. Ne peut-on pas légitimement dire que l'immigrationnisme inconsidéré qui a caractérisé certains pays voisins de la Confédération helvétique a conduit cet isolat à vouloir se couper de son contexte ambiant ? Si l'on veut éviter que des partis vraiment xénophobes prennent le pouvoir en Europe, il serait peut-être bon de les priver d'arguments.
Il suffit d'observer ce qui se passe aux Pays-Bas, au Danemark, en Allemagne, en Autriche, et donc en Suisse pour s'en convaincre. J'en reviens, comme jeudi dernier, à la nécessité de tourner le dos en apparence aux principes humanistes pour mieux les défendre. Et donc limiter l'immigration pour permettre l'intégration et ainsi réellement lutter contre le racisme et la xénophobie. Le politiquement correct, manichéen et binaire, aura-t-il la subtilité de comprendre cela ? Pour l'y aider, je prendrais juste les deux exemples de Churchill et de Gaulle, qui appartenaient tous deux aux milieux conservateurs des années 30, et qui ont à l'évidence davantage lutté que leurs opposants "pacifistes" et "humanistes" au nazisme, quand le danger est venu.
Roman B.


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