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Le voile dévoilé

Publié le 03 novembre 2009 par Dominique Foucart

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Si l’image choisie pour illustrer cet article contraste avec son contenu, c’est sans doute parce que cette photo a été prise dans un lieu où la présence de l’islam traditionnel est prégnante et culturellement installée.

Elle permet ainsi d’apprécier le contraste entre le sens que prend un discours lorsqu’il est tenu dans des contextes différents.

J’ai ainsi été particulièrement impressionné par deux articles parus récemment, l’un en carte blanche du journal “Le Soir” le 27 octobre dernier sous le titre “Femmes voilées: laissons-les en paix” et l’autre intitulé “Le voile, symptôme de la modernité” publié sur le réseau Voltaire.org ce 3 novembre.

Les deux articles me paraissent traiter la question du voile pour ce qu’elle est … la question du voile. Arrêtons d’utiliser toutes les formes de différences pour exorciser notre peur de l’autre. L’article du Soir me paraît remarquable en ce qu’il montre comment “les arguments invoqués pour persécuter le foulard sont d’une part aveugles à leur propre partialité et d’autre part trop peu sensibles aux conséquences qu’un brin de réflexion suffit à anticiper.”

Prenant ainsi l’exemple d’une “civilisation” dans laquelle il sied que les femmes portent jupes et talons aiguilles, et où si les hommes sortent “naturellement” torse nu sur les plages en été, il est loin d’en être de même des femmes, l’article montre  comment “Les critères de décence varient d’une culture à l’autre. Dans les sociétés libérales comme dans les sociétés musulmanes, la différenciation sexuelle de ces critères est la règle et manifeste des rapports de pouvoir complexes entre les sexes. L’obsession actuelle pour le foulard semble donc difficilement pouvoir échapper à l’objection des « deux poids, deux mesures ». Loin de défendre « nos valeurs », elle viole l’idéal de respect mutuel impartial dont se revendiquent nos démocraties libérales.’

La carte blanche adresse ensuite avec tout autant de pertinence la question de la liberté et celle des signes religieux, mettant bien en évidence qu’il ne nous revient pas de déterminer la liberté au nom d’un autre, mais que notre système éducatif devrait sans doute plus s’attacher à faire comprendre comment la liberté s’exerce. Sur la question religieuse, le débat est suffisamment ouvert que pour ne pas le trancher sans en être un expert.

L’article de la sociologue Tülay Umay sur voltaire.org commence par une remarque importante: au plus un état prend des mesures pour réduire la présence du voile, au plus celui-ci s’installe. Elle note aussi qu’il s’agit là d’un discours qui se substitue à la parole des femmes elles-mêmes. On estime d’ailleurs qu’il n’est pas nécessaire qu’elles parlent. Elles n’auraient rien à dire de spécifique. Elles ne seraient que de simples femmes porteuses de valeurs qui ne leur appartiennent pas, de valeurs qui seraient celles des hommes de leur communauté. Il n’y a fondamentalement pas de discours plus infantilisant et moins respectueux que celui qui se dit à la place de l’autre.

Dans le cadre de l’étude sociologique qu’elle a mené, Tülay Umay met en évidence qu’il apparaît que ce phénomène n’est pas d’ordre religieux, ni d’ordre communautaire. Lorsque l’on interroge ces jeunes femmes, ce qu’elles mettent en avant, c’est leur volonté propre, la démarche individuelle qu’elles ont faite. En fait, aujourd’hui le voile joue un rôle émancipateur paradoxal dans notre société: il est devenu présence du corps féminin, présence de la femme dans l’espace public.

Ces deux articles illustrent quelques principes fondamentaux de toute approche constructiviste et interactionnelle de la vie:

  • celui selon lequel lorsque nous pensons disposer d’une solution qui a fonctionné dans certaines circonstances, nous pouvons l’appliquer avec succès à toute situation que nous jugeons similaire (un peu comme si on disait que puisque l’on peut contribuer à éradiquer l’extrême droite en interdisant les symboles nazis, on pourrait éradiquer le terrorisme islamiste en interdisant le voile). L’expérience ne fonctionnant pas, nous choisissons de faire “plus de la même chose”, pour finir par obtenir le contraire de ce que nous recherchions: en fin de parcours, des écoles ghettos risquent de voir le jour qui généreront elles des populations totalement déconnectées des valeurs fondamentales de notre société;
  • lorsque nous interprétons les actes des autres, nous le faisons à travers notre propre système de valeur. Or, il n’existe pas de réalité objective en dehors du regard que les hommes pose sur cette réalité. Donc la réalité est toujours le fruit de la construction réflexive, et donc la “réalité objective” n’existe pas. Si nous n’acceptons pas de regarder chaque réalité par les yeux de ceux qui la vivent de la manière la plus intense, nous risquons de prendre des décisions dont nous ne mesurons pas toujours l’impact.

Toute cette approche respectueuse du point de vue de chacun devrait être au centre d’une approche médiatrice d’un conflit comme celui qui se pose aujourd’hui. Et si une décision juridique devait s’imposer dans le futur, la plus prudente serait sans doute celle qui permettrait à chacun de repartir à zéro, en reprenant le slogan de mai 68: “il est interdit d’interdire“. Le mérite principal d’un tel changement serait de couper radicalement l’herbe sous les pieds de tous les extrémistes qui essaient de tirer parti de ce faux débat.


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