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Grand emprunt : la fausse polémique

Publié le 04 novembre 2009 par Frédéric-Michel Chevalier

Grand_emprunt 3o milliards, 40 milliards, plus de 50 milliards, 100 milliards d'euros ? Quel devrait être le montant final du grand emprunt que le gouvernement s'apprête à lancer ? L'expression publique du débat sur ce sujet au sein de l'UMP a été immédiatement exploitée par l'opposition. Il s'agit pourtant d'une fausse polémique. En démocratie, quoi de plus normal que de discuter publiquement d'un sujet d'une telle importance qui nous engage tous ? Que n'entendrions-nous d'ailleurs pas, si la formule choisie était finalement définie par une commission ad-hoc et imposé par l'exécutif au terme d'un arbitrage dans le secret des bureaux de l'Elysée !

Il ne devrait pas avoir lieu à déclencher des polémiques sur ce sujet. C'est de notre avenir, de nos emplois et de ceux de nos enfants qu'il s'agit. Il nous faut sortir de la crise, mais surtout adapter notre économie à la nouvelle donne internationale qui résulte de la mondialisation pour échapper à un déclin inexorable si nous restons avec les structures du 20e siècle. Chacun doit être placé face à ses responsabilités : l'enjeu est de trouver un consensus large et de retrousser nos manches pour relever les défis qui se posent à nous.

Juppe-rocard
De ce point de vue, la méthodologie proposée par le président de la République lors de son discours devant le Congrès est exemplaire. Une commission co-présidée par deux anciens Premiers ministres, l'un de droite, - Alain Juppé -, l'autre de gauche - Michel Rocard - et un large débat impliquant élus, experts mais aussi  les organisations patronales et syndicales. Chacun a pu faire entendre sa voix et formuler ses propositions.

Les entreprises, qui jouent un rôle moteur dans l'économie et créant de la richesse et des emplois ont exposé leurs priorités par la voix du MEDEF. De même, François Chérèque a mis en avant les deux priorités de la CFDT : d'abord "tout ce qui est lié au développement durable, c'est-à-dire à la protection de la planète, de l'environnement (la voiture propre, la maison propre, l'industrie soucieuse de l'environnement) ; ensuite, "tout ce qui est lié à l'évolution démographique, c'est-à-dire le vieillissement de la population, la recherche fondamentale dans les médicaments".

Le montant définitif de l'emprunt ne pourra être arrêté qu'au terme de cette consultation. Comme l'a rappelé Patrick Devedjian, ministre de la relance, il faut d'abord définir ce que l'on va financer avec cet emprunt. Et pour que le pari fonctionne, il faut viser l'effet de levier maximum sur la croissance. à court et moyen terme. Une demie mesure, un investissement trop limité, risquent fort de ne pas produire les effets attendus.

Une chose est sûre, le produit de cet emprunt ne doit pas servir à financer les déficits courants des dépenses publiques. Je suis choqué par la proposition de certains élus ou syndicalistes qui voudraient mettre à contribution le grand emprunt pour financer les déficits sociaux, notamment les retraites. Cela ne ferait qu'accroître l'endettement de la France, sans aucun retour sur investissement et ne ferait que retarder de façon coûteuse les réformes nécessaires.

Quant à ceux qui critiquent la politique du gouvernement et dénoncent "l'irresponsabilité" du président de la République qui va ainsi creuser les déficits ou qui dénoncent le non respect par la France des critères de Maastricht, ils devraient observer l'orientation politique prise par l'Allemagne. Le  nouveau gouvernement allemand a en effet décidé de continuer sa politique de relance en misant sur une reprise de la croissance. De fait, il renonce à un retour rapide à l’équilibre budgétaire. Parmi les mesures annoncées dans les cent trente pages du contrat de coalition CDU-CSU/FDP, figurent une baisse d’impôts de 20 milliards d’euros dès 2010, un renforcement de la régulation sur les marchés financiers, un effort d’investissement de 10% du PIB dans la recherche et la formation et la réforme de l’impôt sur les sociétés.

Enfin, une fois défini les domaines d'investissements et le montant de ceux-ci, restera une question : quelles modalités pour cet emprunt. Beaucoup privilégient l'appel aux institutions financières, au motif qu'il serait moins onéreux que l'appel public à l'épargne. Pour ma part, je pense que cela serait une erreur. En économie, il y a la dimension comptable, mais aussi la dimension psychologique. L'appel public à l'épargne présente un avantage non négligeable : celui de sceller un nouveau contrat social entre l'Etat, les collectivités territoriales, les acteurs économiques et les Français. En investissant ensemble, nous avons tous intérêt à ce que notre investissement produise des résultats. Ce serait un formidable moyen de recréer une dynamique dans notre pays et de dépasser nos polémiques et nos divisions qui nous font prendre du retard.


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