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Le Nobel de la paix décerné à Obama : une lecture narrative

Publié le 10 octobre 2009 par Lancelet

Barack ObamaJ’ai été, comme beaucoup, surpris que le Prix Nobel de la paix ait été décerné au Président Obama. Non pas qu’il ne le « mérite » pas, mais cela m’a initialement semblé prématuré. Certes, les intentions qu’il a exprimées vont dans le sens de la paix, les valeurs qu’il a exprimées également. Mais qu’a-t-il accompli à ce jour ? De quelles actions pouvons-nous dresser la liste, et en dire : c’est vrai, il a oeuvré pour la paix ? La liste est encore bien courte, pour l’instant. Les actions qui me viennent à l’esprit sont : des gestes (et surtout des déclarations) en direction de pays du Moyen Orient, l’abandon du bouclier anti-missiles. Il y en a peut-être d’autres, mais le consensus semble être qu’il lui reste beaucoup à faire.

Alors, pourquoi lui décerner, moins d’un an après son élection, ce prix ? Au-delà des raisons politiques, comme de lui exprimer soutien et confiance, et peut-être de lui mettre gentiment la pression pour qu’il continue dans la même direction, pour quelle raison le comité chargé de décider du lauréat a-t-il jeté son dévolu sur Barack Obama ?

A la lecture du communiqué de presse, plusieurs mots et expressions m’ont frappé : « the vision of a world free from nuclear arms » (la vision d’un monde sans armes nucléaires), « [the] hope for a better future » (l’espoir d’un avenir meilleur), « values and attitudes… shared » (des valeurs et des attitudes partagées). Intentions, vision, espoir, valeurs, attitudes : ce vocabulaire-là fait très précisément partie de ce que Michael White appelait le paysage de l’identité, dont l’exploration permet de tisser des liens étroits avec le paysage de l’action, en identifiant de quels espoirs, intentions, vision telle ou telle action est la manifestion, ou inversement quelles actions ont été (ou sont, ou seront) rendues possibles en s’appuyant sur telle ou telle valeur ou intention (si ce que je vous raconte vous semble obscur, je vous invite à lire le dernier opus de Michael White, Cartes des pratiques narratives, paru chez Satas, et à la traduction duquel j’ai collaboré).

Cette lecture du communiqué de presse m’inspire donc l’interprétation suivante : alors que, jusqu’à présent, les Prix Nobel de la paix s’appuyaient sur le paysage de l’action du lauréat, pour la première fois, il est possible que les membres du comité Nobel se soient appuyés sur le paysage de l’identité, exprimant de la sorte leur adhésion à la vision, aux valeurs, aux intentions et aux espoirs qui animent Barack Obama, et qui sont partagés par la majorité des êtres humains. Ce faisant, le comité Nobel pousse non seulement le président américain à continuer à agir pour la paix, mais aussi, à son niveau, chacun de ceux qui ont en commun avec lui ce paysage de l’identité. Ça fait beaucoup de monde, et c’est une sacrée bonne nouvelle.


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