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Louis Bouyer, Le Sacerdoce du Christ 3

Publié le 10 novembre 2009 par Walterman

Ainsi, sans nulle discontinuité, mais tout au contraire en vertu de ce qu'on peut appeler la logique interne de la Parole divine, le « dispensateur des mystères » qui les proclame dans la prédication ne doit-t-il les communiquer effectivement dans la célébration liturgique, et plus particulièrement eucharistique. De la Parole simplement annoncée, mais qui est la Parole du salut, la Parole de Dieu toujours créatrice quand c'est Dieu même qui l’a prononce, on passe comme tout naturellement à la Parole consécratoire. La Parole consécratoire, en effet, qui donne tout leur contenu aux sacrements chrétiens, n'est nullement une espèce de parole magique, par laquelle l'homme contraint à Dieu à agir selon ses caprices. Elle est tout au contraire ce qu'opère la Parole divine retentissante en notre monde, sur les lèvres de ceux dont son Fils a fait ses apôtres, ces envoyés en qui lui-même demeure présent, lorsqu'elle y proclame l'actualité permanente de son dessein d'accomplir, aux yeux de la foi, le mystère : « le Christ en vous, espérance de la gloire ». On comprend donc que la Parole de Dieu ne révèle pleinement tout ce qu'elle est, ne soit pleinement annoncée, qu'au moment où elle se révèle comme la Parole qui donne ce qu'elle promettait, qui fait ce qu'elle dit, qui crée en nous cette nouvelle création, laquelle n'est pas autre chose que le mystère même de l'Eglise : « le Christ s'accomplissant lui-même tout en tous » (Eph., 1, 23).

On peut dire, d'autre part, que ce que Dieu voulait dire au monde ne lui a été dit, actuellement et pleinement, qu’à la Croix. C'est la Croix, nous dit saint Paul, qui révèle seule au monde ce que peut être l'amour, l'« agapè » du Père : cet amour créateur et recréateur, qui fait être ce qu'il aime, et qui le régénère quand il était déchu, par la seule vertu de son don ineffable. Et c'est pourquoi, la Parole de Dieu, finalement, ce n'est pas seulement ce que le Christ a dit. C'est ce qu'il a fait et qui demeure, ce qu'il est désormais pour nous : le Fils du Père éternel, mais fait homme, né d'une femme, né sous la loi pour acheter ceux qui étaient sous la loi et faire de tous non plus des esclaves mais des fils. Réciproquement, lorsque la Parole évangélique est annoncée par les apôtres du Fils, comme il a voulu qu'elle le soit, le Christ est donné au monde, dans sa mort et sa résurrection, avec toutes leur vertu : désormais, ce n'est plus nous qui vivons, c'est Lui qui vit en nous.

Louis Bouyer, Le Sens de la Vie Sacerdotale, Cerf 2008, p. 99-114


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