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McNation

Publié le 10 novembre 2009 par Omelette Seizeoeufs

Depuis quelques mois je ne bloguais plus. C'était une erreur, je suppose. Le blogage, c'est la liberté d'expression même. Détaché de tout souci d'éditeur, d'argent, de public, même, on écrit vraiment ce qu'on veut. Quand on veut. C'est l'autre liberté du blog, celle de ne pas bloguer aussi.

Bref, il y a eu des moments où j'avais les doigts qui voulaient se remettre au clavier. L'histoire du blondinet qui se croyait plus gros que la Défense, par exemple.

Mais s'il y a un sujet qui peut vraiment me faire sortir de ma tannière, c'est cette histoire d'Identité Nationale. Grand débat. Numérique en plus. Sur le web, tous les chats sont blancs, n'est-ce pas? Ce sera moderne. Du propre.

L'argument est qu'il faut, face à l'Europe, face aux Américains, face à la mondialisation, réaffirmer une identité pour ne pas être submergés, collectivement, pour ne pas voir toutes ses précieuses valeurs diluer dans les flots et les flux du monde moderne. Et bien sûr, puisque le pauvre petit village gaulois ne peut rien contre les flux du capitalisme mondial, il s'attaque aux flux migratoires, et même à leur face la plus faible, la plus vulnérable.

La négation du passé colonial est toujours d'actualité. La politique d'expulsion, je l'ai déjà dit, n'est que symbolique : expulsons quelques misérables pour, symboliquement, effacer cette réalité que concrètement nous devons malgré tous nos principes Nationaux accepter.

Un grand débat sur l'Identité Nationale : pour décider quoi ? Décréter que désormais, à partir de l'an 2010, troisième du règne du Petit Prince, l'Identité de la Nation Française sera X. Mettez ce que vous voulez dans X, pour l'instant, même quelque chose de gentil à la rigueur. Sur quoi portera alors ce décret ? Les préfets enverront des hérauts avec leur trompettes sur les murs pour annoncer la bonne nouvelle. Les gens dans la rue diront : "Ah, c'est donc ça notre identité nationale maintenant! Je vais le noter dans mon carnet pour ne pas oublier."

Car la logique d'une Identité Nationale ainsi décidée, c'est finalement de fabriquer quelque chose, une bidouille, un slogan qui prendrait la place du patriotisme/nationalisme qui n'est plus de notre siècle, qui n'existe plus que pour ne pas effrayer les gens. On fabriquera une identité nationale en plastique, comme les jouets qui accompagnent les repas pour les enfants chez McDonalds. J'imagine déjà, distribué dans les écoles, un Vercingétorix en plastique, avec sa tenue de désert et mitraillette lance-roquette sur le bras, prêt pour aller envahir l'Algérie.

Dagrouik suggère que la gauche s'empare du débat pour le retourner contre Besson :

En gros débattons, mais changeons l'objet du débat: Nous allons montrer aux amis de Besson qu'ils sont ringards. Ça me semble simple comme analyse. Et donc sortir du piège de réponse négative ou alors du passage en mode "hou les vilains neo-pétanistes que voilà" qu'on trouve chez certains. Et ne vous trompez pas sur les réponses aux questions parfois trop simples des sondages, pour beaucoup de gens "identité nationale" c'est "vivre ensemble" et "égalité des chances".

En termes de stratégie, ou de tactique, c'est peut-être jouable. Pourquoi ne pas aller jusqu'à l'extrême canadien, déclarer une république multiculturelle et métissée, après tout ? Le problème, à mon avis, c'est que "vivre ensemble", "égalité des chances", "république multiculturelle" ne concernent plus l'Identité Nationale mais plutôt, justement, la République, le pacte républicain, le tissu social, le rôle du collectif et (par extension) l'État. Nous sommes alors sortis du terrain (piégé) de l'Identité Nationale. Car une Identité sert à vous dire qui vous êtes, et c'est pour cette raison que c'est un concept intrinséquement néfaste et, je dirais, fondamentalement nationaliste. Pardon : Nationaliste.

Autrement dit, la seule conclusion acceptable de cette grande mystification serait le dynamitage de la notion d'Identité Nationale, comme si les expulsions perpétrées par le Ministère de la Xénophobie n'avaient déjà suffi.

(En lisant le billet de Marc Vasseur ce matin, je vois que Besson a sorti ses questions identitaires. J'arrête là cette tirade. Il y a du pain sur la planche. Ça commence bien, pourtant : piste de réflexion : "notre universalisme". Flûte, je l'ai mis où, notre universalisme.)


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