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Désolé, Sarkozy - vous ne me donnez pas envie de revenir en France

Publié le 15 novembre 2009 par Vonric Vonric

*Réflexion*Marie Ndiaye déclarait dans un interview le 30 août 2009 :

"Je trouve cette France-là monstrueuse. Le fait que nous (avec son compagnon, l'écrivain Jean-Yves Cendrey, et leurs trois enfants - ndlr) ayons choisi de vivre à Berlin depuis deux ans est loin d'être étranger à ça. Nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy [...] Pour moi, ces gens-là, ils représentent une forme de mort, d'abêtissement de la réflexion, un refus d'une différence possible. Et même si Angela Merkel est une femme de droite, elle n'a rien à voir avec la droite de Sarkozy : elle a une morale que la droite française n'a plus."

Deux mois et quelques jours plus tard, elle recevait le prix Goncourt pour «Trois femmes puissantes», paru chez Gallimard.

Et voilà qu'Eric Raoult, au mépris complet de l'enchaînement des événements, déclare :

"M. Éric Raoult attire l'attention de M. le ministre de la culture et de la communication sur le devoir de réserve, dû aux lauréats du prix Goncourt. En effet, ce prix qui est le prix littéraire français le plus prestigieux est regardé en France, mais aussi dans le monde, par de nombreux auteurs et amateurs de la littérature française. À ce titre, le message délivré par les lauréats se doit de respecter la cohésion nationale et l'image de notre pays. [...] C'est pourquoi il lui paraît utile de rappeler à ces lauréats le nécessaire devoir de réserve, qui va dans le sens d'une plus grande exemplarité et responsabilité."

Je vous laisse savourer non seulement la pure invention d'un droit de réserve dû, non aux, mais par les lauréats du prix Goncourt (délivré en novembre alors que les propos sont d'août) mais l'aberration juridique et l'opportunisme politique qui permettent au député-maire de Raincy, deux fois ministre, et aujourd’hui vice président de l’assemblée nationale, de recevoir le prix Busiris avec la mention très déshonorable. Peut être cela l'incitera-t'il à faire preuve de réserve la prochaine fois...

C'est donc en écho à cette polémique que je retranscris ci-dessous un article lu dans le Evening Standard du 6 Novembre 2009:

Un aspect déconcertant à être parmi les 300.000 expatriés français de Londres, est d'entendre constamment Nicolas Sarkozy me supplier de rentrer en France.

Le Président l'a fait quand il est venu ici en Janvier 2007 pour chercher les faveurs des électeurs expatriés français.

Il insiste encore sur le fait que Londres n'a pas le droit d'être l'une des plus grandes villes gauloises en Europe, en faisant valoir que les mêmes perspectives sont disponibles de l'autre côté de la Manche.

Exactement à mi-parcours du mandat de cinq ans de Sarkozy, il est parfaitement clair qu'elles ne le sont pas.

En tant qu'algérienne-française originaire de l'une des banlieues les moins salubres de Paris, je peux observer que la fameuse "Sarko Révolution" n'a rien fait pour relancer la méritocratie.

Au lieu de cela, les affirmations que «l'égalité» est toujours une pierre angulaire de la République ont été ridiculisées par la récente tentative de Sarkozy de parachuter son fils Jean, 23 ans, au poste de président de La Défense, l'équivalent de la City de Londres.

Alors que mon CV, dans une France sans couleurs, a régulièrement été examiné pour un code postal indésirable et des liens vers l'Islam radical, j'ai à peine eu à en fournir un durant mon séjour en Grande-Bretagne.

Les intervieweurs se sont concentrés sur ce que je peux faire, me proposant, dans les deux dernières années, un contrat pour produire un documentaire de Channel 4 et un poste d'enseignant à l'Université Oxford.

Des invitations pour discuter des affaires en cours sont venues rapidement de la part des agences de presse, y compris la BBC - ce qui n'aurait jamais été vu dans un média français dominé par les blancs, hommes et des femmes d'âge moyen venant des arrondissements privilégiés de Paris.

Alors que les plus jeunes membres de ce cercle, comme le "Prince Jean" montent leur carrière à Paris - ainsi que dans les grandes écoles qui éduquent l'élite dirigeante - Londres a un dossier admirable pour donner au tout-venant une chance.

La ville, avec son économie dérégulée et son approche libérale d'accumulation des richesses, attire naturellement les financiers, mais aussi de nombreux autres personnes, allant du journaliste au personnel de restauration, qui peuvent bénéficier de son approche de l'emploi basée sur "ce que l'on peut faire".

Pendant ce temps, Nicolas Sarkozy affiche son approche personnelle de l'intégration par l'embauche et le licenciement d'une succession de symboles des minorités ethniques, tels que la très décriée ancienne ministre de la Justice Rachida Dati, de manière à créer l'illusion d'un cabinet "arc-en-ciel".

Au moins la réputation de Nicolas Sarkozy comme "Premier Flic" reste intacte, avec des milliers de jeunes travailleurs - et en particulier des musulmans et des personnes d'origines africaines - parqués dans des logements sombres, où le taux de chômage chez les moins de 30 ans se heurte souvent à 60 pour cent.

Notre célèbre Première dame, Carla Bruni - décrite la semaine dernière comme nouvelle Marie-Antoinette en France - vient aussi avec ses propres trucages, en créant une fondation, officiellement destinées à renforcer l'égalité. À ce jour, sa charge de travail reste aussi légère que le poids de Carla.

Ce qui est certain, c'est que le mode de vie "Bling Bling" très privilégié du couple présidentiel n'a aucun rapport avec la promesse électorale de Nicolas Sarkozy de  créer une France de ceux qui «se lèvent le matin et de travaillent dur».

Peut-être même que la seule réelle amélioration au sortir de Paris depuis l'élection de Sarko en Mai 2007 est la vitesse de l'Eurostar, qui met maintenant 20 minutes de moins pour venir ici.

Londres est peut-être surpeuplé, sale et coûteux, mais pour d'ambitieux jeunes Français c'est une destination qui reste aussi populaire que jamais - et de laquelle nous ne sommes pas susceptibles de revenir de sitôt.


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