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AAA : comme l’andouille, mais plus pour longtemps …

Publié le 16 novembre 2009 par H16

C’est de façon tout à fait fortuite que je suis tombé sur ce petit entrefilet : « Le Royaume-Uni est, des grandes puissances économiques, celle qui risque le plus de perdre sa notation triple A, tandis que le Japon pourrait voir son AA- réexaminé en cas d’une trop forte émission de dette, a annoncé mardi l’agence de notation Fitch. » Et là, le lecteur familier du blog me demandera, entre les cacahouètes et deux gorgées d’un petit Kir apéritif  bienvenu avant un solide repas roboratif de capitaliste décontracté : « Notation triple A ? Mais qu’est-ce-que c’est que c’est-il donc et en quoi cela devrait-il me concerner, et surtout, pourriez-vous me passer de ces amusants petits fours sur votre droite, là, svp ? »

Effectivement, à brûle pourpoint, comme ça, un AAA, ça évoque surtout l’andouille. Et je dois vous avouer qu’à cette idée, j’ai un peu la salive qui monte. C’est délicieux l’andouille AAA, surtout quand elle vient de Guéméné/Scorff.

AAA : comme l’andouille, mais plus pour longtemps …

Mais foin d’analyse tripière, et revenons à la notation AAA du Royaume-Uni.

Il faut savoir qu’il existe actuellement 4 pays qui sont, comme l’andouille, AAA : l’Allemagne, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, donc et … la France.

Cette note, qui permet d’étalonner les émissions de dette des pays, est, en quelque sorte, la congélation pratique, une sorte de synthèse, de différents critères aussi variés que le respect de l’état de droit, la bonne santé économique générale du pays, la quantité de dette déjà émise et la quantité d’accidents de remboursement subis dans le passé par le pays considéré.

Au contraire de l’andouille qui sent d’autant plus la merde que sa note est élevée, la dette dégagera une odeur nauséabonde d’autant plus forte que sa note est basse :  en gros, plus la note est faible, plus la confiance des créditeurs sera médiocre envers les emprunts contractés par les états ; autrement dit, une dette mal notée comporte normalement  un risque d’accident de remboursement plus fort qu’une dette bien notée.

Risque qui se traduit directement dans les taux appliqués à l’emprunt correspondant : grosse note = petit risque = petit taux, petite note = gros risque = gros taux.

Fitch fait partie de ces quelques firmes qui notent, outre les entreprises et les collectivités territoriales, les emprunts d’état. On trouve aussi Standard & Poors et Moody’s.

Or donc, Fitch grimace en voyant l’état général des finances britanniques : à ce rythme, elles pourraient bien perdre leur label AAA. Label qui a permis jusqu’à présent aux dirigeants anglo-saxons de continuer à faire … les andouilles avec les contribuables.

Et ce qu’il y a de follement croustillant dans cet article, c’est qu’on peut y lire, un peu plus bas, la phrase suivante :

Fitch, a également déclaré David Riley, nourrit des inquiétudes vis-à-vis de la dette française. « Nous avons des craintes au sujet de la France. Nous voyons une détérioration sensible des déficit fiscaux en France, une certaine pression commence à s’y faire sentir. »

Tiens, la France aurait aussi quelques soucis à se faire. On notera le langage pudico-diplomatique avec l’expression « une certaine pression commence à s’y faire sentir » pour signifier l’intenable sodomie fiscale que tous les étages de l’état s’emploient à exercer avec empressement sur le moutontribuable français.

Cette petite phrase, lourde de sens et d’implication, n’aura pourtant absolument pas trouvé écho dans la presse quotidienne (on le comprend, c’est un peu abscons) et ne se retrouve dans certains(*) médias spécialisés que par allusion :

Au-delà [de 50 milliards pour le "Grand Emprunt"], des experts redoutent une détérioration de la notation de la France et donc de ses conditions de financement sur les marchés, notamment par rapport à l’Allemagne.

Oui, voilà, : ça redoute un peu une petite fessée des agences de notation si on bavouse au-delà de 50 G€, mais on ne va pas vous en dire plus et ahem bon tiens et en ce qui concerne l’identité nationale ahem patati patata…

La presse n’en parlera pas plus : les Français n’ont pas le droit de savoir, et de toute façon, ils ne pourraient pas comprendre. Leur cuir, déjà mis à rude épreuve par les constantes tontes vigoureuses qu’une main impitoyable leur inflige tous les jours de l’année, ne supportera pas une nouvelle si compliquée.

D’ailleurs, on pourra même prétendre qu’au contraire, « La Dette, C’est Supayr » : il faut, ma brave dame, emprunter pour mieux vivre, dépenser plus pour vivre plus, et tout le tralala festif du dépensier inconséquent pour qui l’avenir se joue maintenant à coup de milliards et le lointain destin des générations futures de dans plus tard machin tout ça, on s’en fiche.

De ce point de vue, la dette a, comme l’andouille, un peu, ou la coke, beaucoup, un côté addictif : quand c’est rentré dans les mœurs, il est quasi-impossible de s’en passer, même si l’odeur est forte.

Et sur le plan des conséquences, hein, tant qu’on y est ?

Que se passe-t-il si, justement, les foutriquets – et méchants capitalistes ultranéolibéraux – de ces agences de notations forcément vendues au sionisme oncle-samesque, se prenaient l’envie de, justement, rétrograder la note de l’andouille de la France ?

Eh bien j’en parlais justement il y a quatre ans, en novembre 2005 :

D’abord, les taux augmentent (en une semaine, pour la France, l’adjudication des OAT ayant lieu toutes les semaines). Comme ces taux augmentent (mettons, de 4.5% -AAA- à 7% -AA-) et que les besoins de finances, eux, ne diminuent pas aussi vite (on ne se débarrasse pas de 2.5% de fonctionnaires en une semaine, p. ex), l’état emprunte toujours les mêmes sommes, mais qui lui coûteront donc plus chères à rembourser. Ce qui accroît le risque sur le remboursement de la dette déjà émise, et des dettes futures à contracter. Rapidement, les instances payantes (Trésor Public) vont se retrouver à sec. Comme on ne peut pas envisager de ne pas payer les retraités et les fonctionnaires, on fera du « crédit fournisseur », en ne payant plus les factures des entreprises privées qui s’accumuleront alors dans un joli petit coin du ministère des finances.

Trois ou six mois plus tard et un nombre conséquent d’entreprises privées étant tombées sur le carreau, le Trésor sera effectivement vide, et… Nous revoilà en 1789.

Vous voyez, hein.

Pas de quoi paniquer.

– — –

(*) Je tiens le lien à disposition, mais comme wikio sabre l’article dès qu’il chuchote un truc sur l’agence fausse presse …


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