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Lettre ouverte à Cécile Duflot et à Europe écologie par Evelyne Cohen Lemoine

Publié le 13 octobre 2009 par Hnecologie

1. Le « pourquoi »

Lettre ouverte à Cécile Duflot et à Europe écologie par Evelyne Cohen Lemoine Cette lettre est un appel, celui d’une double nécessité. La première est la conjonction inédite de plusieurs crises (financière, économique, écologique, sociale, morale…) dont on a beaucoup parlé depuis un an. La seconde presque aussi inédite est quelque chose qui est en train de naître sur le plan Politique.
Cette double opportunité fait que nous n’avons pas le droit de retomber dans les vieux écueils ou les dérives qui ont fait échouer les utopies précédentes.
Les conjonctions de crises annoncent bien la faillite d’un système. C’est un levier immense : tout arrive en même temps pour signifier la fin de ce système (productiviste, libéral, capitaliste et consumériste).
La concomitance des facteurs entraîne une accélération des effets et une convergence des constats. Nous n’aurons pas d’autre choix que de sortir du capitalisme. Il nous faudra sans doute aller plus loin qu’André Gorz et Ivan Illich, poursuivre la réflexion d’Hervé Kempf (« Pour sauver la planète sortons du Capitalisme ») ou Ignacio Ramonet (« le krach parfait »), dépasser certaines divergences sur les constats (Yves Cochet) pour aller vers des solutions dont certaines doivent être rapides.

C’est l’objet de cet appel : poursuivre et partager la prise de conscience tout en embrayant sur les modalités d’action politique et la mise en œuvre de solutions efficaces et concrètes de façon démocratique. Le « boulot » qui est à faire est lui aussi systémique : nous devons être sur tous les fronts en parallèle pour gérer aussi bien les rétroactions, les effets de seuil ou les effets dominos, je le détaillerai plus loin. Nous n’avons pas le temps d’attendre d’être tous d’accord sur les constats et de savoir si oui ou non le système capitalisme doit être préservé, moralisé et reverdi ou tout simplement démantelé.

2. De la nécessité de faire de la politique autrement

La (relative réussite) d’Europe écologie aux dernières élections a été analysée et débattue sous ses multiples facettes. On retrouve dans cette analyse la conjonction des deux facteurs qui ont motivé ce texte : conjonction des crises environnementales et économiques se traduisant par un mal être social et une prise de conscience plus aigüe, en parallèle avec l’incapacité des partis politiques (en place ou dans l’opposition) à proposer une alternative crédible.
Au-delà de ces deux facteurs, d’autres ingrédients ont contribué à cette réussite, notamment l’ouverture et le rassemblement de personnalités différentes, mais réunies autour d’enjeux plus importants, ouverture à la société civile et au monde associatif pour sortir de la politique réservée aux militants, aux élus ou aux professionnels de la question. Maintenant la question qui se pose est la suivante :

  • Que devient le mouvement ? devient-il un parti classique ou s’appuie-t-il sur les Verts qui est déjà un parti structuré ? se constitue-t-il en un réseau, une fédération ?
  • Qui décide de son devenir ou de son évolution ? Pour l’instant il semble y avoir une relative opacité : des “CAP” ont été créés dans les régions, avec qui, par qui, pour faire quoi ?
  • Qu’est-il ressorti des journées d’été de Nîmes ? Une souscription a été lancée lors de la clôture le 22 août ? Suivie en septembre d’un appel à soutenir ou à adhérer à Europe écologie.

Dany Cohn-Bendit a annoncé le 21 août un objectif de 10 000 adhérents et d’un million d’euros d’ici noël. Est-ce réaliste, réalisable si on n’a pas de visibilité sur ce qui se passe ?

Des personnes se manifestent, proposent des candidatures, des projets, des groupes se créent sur le net ou ailleurs. C’est plein de promesses et d’énergie, d’envie de s’engager, mais on ne sait pas où ça va. Des nouveaux leaders apparaissent, dont vous, Cécile. Vous êtes un magnifique exemple de l’incarnation d’une nouvelle génération en politique : honnête, sincère, engagée, accessible et déterminée. Mais y a-t-il une place pour d’autres types de leaders ou de porte-parole, des gens qui agissent sur le terrain ou des intellectuels qui ne sont ni militants ni élus ni professionnels de la politique ?

Des acteurs dont on attend qu’ils s’expriment sur tous les sujets de l’écologie politique : les enjeux sociaux et environnementaux de la transformation de notre économie, les nouvelles formes de solidarité et de partage… Cela va de la réduction du temps de travail à la politique de transport et de mobilité, à l’urbanisme et à la transformation de l’habitat, à l’éducation et à la formation professionnelle ou la transmission des savoirs, l’agriculture biologique ou raisonnée contre l’agriculture intensive.
C’est également la justice, la politique de santé, la fiscalité et son volet sur la taxation financière, proposition qui paraît incontournable aujourd’hui. Enfin, c’est aussi les questions liées à l’économie de la connaissance, la réflexion autour de la notion de progrès, la recherche fondamentale et l’innovation.
Les ateliers des journées de Nîmes, les comités locaux d’Europe écologie, les blogs des eurodéputés, les divers rassemblements et groupes sur Facebook ou ailleurs, les publications et les interventions des uns ou des autres. Il y a une densité d’expressions et de propositions permettant de sortir de la médiocrité ambiante qui continue à nous « polluer » et à nous détourner des vrais sujets.

3. Un véritable besoin de structure.

Tout groupe de personnes qui s’unit dans un temps déterminé et avec un objectif quelconque, finit par se donner une forme ou une autre de structure. Même si celle-ci peut être flexible et varier dans le temps, elle doit s’adapter aux personnalités, facultés et intérêts des membres du groupe. Il y a des risques à ne pas structurer une formation politique telle que celle-ci.
C’est tromper que de prétendre qu’il existe des informations purement objectives. C’est également tromper que de prétendre qu’un groupe peut perdurer sans structure, il peut ainsi se transformer en « écran de fumée » qui favorise les plus forts ou les plus initiés, ceux qui peuvent établir leur hégémonie indiscutable sur les autres.
De même que la philosophie du laisser-faire dans l’économie de marché n’a pas empêché les puissants d’établir un contrôle sur les salaires, les prix ou la distribution des biens, l’absence de structure est souvent défendue par ceux qui détiennent déjà du pouvoir, qu’ils en soient ou non conscients.

Quelques principes pour une structuration démocratique d’Europe écologie.
Développer des formes d’organisation compatibles avec son fonctionnement, des formes qui s’adaptent à différentes situations. Des principes peuvent ainsi être adoptés pour éviter de tomber dans une structuration excessive :

  • la délégation de l’autorité par des méthodes démocratiques sur des activités précises sur la base de l’engagement ou de l’intérêt manifesté par les personnes sur les tâches en question.
  • La responsabilité, condition de réussite du principe précédent. Les personnes en charge d’une activité sont responsables de celle-ci devant les personnes qui l’ont désignée.
  • La distribution de l’autorité au plus grand nombre pour éviter la création d’un monopole du pouvoir et pour que celles qui se trouvent dans des positions d’autorité en consultent d’autres dans l’exercice de cette autorité.
  • Rotation des postes et des responsabilités sur la base de la capacité, de la motivation et de la responsabilité. Pour favoriser ces mouvements, développer des apprentissages pour permettre d’assumer différents types de responsabilité.
  • Diffusion de l’information à tous, le plus fréquemment possible, de manière à développer l’efficacité du groupe.
  • Accès aux ressources et proposition, échanges, partage pour mutualiser ces ressources entre les membres du groupe.

4. Pour quel projet d’écologie Politique ?

Je ne détaillerai pas le projet d’écologie politique comme l’ont fait Gorz ou leurs proches.Rappelons simplement que le programme d’Europe écologie le reprend dans ces grandes lignes aussi ben sur le plan environnemental que social, éducatif ou économique.

Ayons toujours en tête qu’il faut se battre sur tous les fronts simultanément. Le combat sur le climat avec l’échéance de Copenhague aura d’autant plus de sens que l’on s’occupe en parallèle du climat social et de la montée du chômage. Nous devons être la force politique qui propose une réduction massive du temps de travail (progressive à 32, 28, 24 heures hebdomadaires) ou établi sur une durée totale du travail en heures ou en années. Consacrons-nous au partage du travail à tous les niveaux, pour que tous puissent avoir accès à un travail décent, y compris les moins qualifiés ou les plus démunis. Ces mesures étant forcément conditionnées par une réforme de la fiscalité, à un basculement de la fiscalité du travail vers la fiscalité écologique et vers la taxation des activités financières (taxe Tobin…)
C’est aussi une transformation de l’éducation et de la formation tout au long de la vie, par l’ouverture à d’autres types d’intervenants non professionnels de la question : parents, collègues, anciens… C’est une politique ambitieuse de recherche et d’innovation, y compris l’innovation sociale.
Enfin, c’est une réflexion de fond sur les valeurs de l’écologie politique et un vrai projet de civilisation où le centre n’est pas à l’économie et ou les hommes ne se définissent pas par leur emploi, ou par ce qu’ils valent mais bien par ce qu’ils sont et par ce qu’ils apportent aux autres.

Pour mener à bien un tel projet, avec de tels enjeux, nous avons besoin de toutes les énergies et volontés disponibles.

Europe écologie a suscité un espoir et une volonté d’engagement magnifiques, ne passons pas à côté de cette occasion unique.

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