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Un livre à ne pas rater : "Comment ne plus être progressiste... sans devenir réactionnaire

Par Claire Et Greg
besset-bassedef.jpgComment ne plus être progressiste...  sans devenir réactionaire
Jean-Paul Besset. - Ed. Fayard, 2005. - 332 p. ISBN 2-213-62614-6, 20€

Voilà un livre à mettre entre toutes les mains et vite !  Très documenté, chiffres et sources à l'appui , chaque phrase de cet ouvrage est un pavé dans la mare des grands défenseurs de la croissance et du progrès sans limite et sans contrôle. Jean-Paul Besset, ancien rédacteur en chef du Monde et de Politis, se livre à un réquisitoire sans consession sur nos modes de vie actuels et sur l'aveuglement généralisé qui consiste à croire que le progrès technologique nous sortira de l'impasse écologique et sociale dans laquelle l'humanité se trouve.

Bon, c'est vrai que 300 pages ça fait un gros pavé mais il se dévore vraiment d'un bout à l'autre,  accumulant les preuves que nous sommes dans la mauvaise voie et que la seule solution consiste en un revirement radical de notre société et une remise en cause de notre glorification aveugle de la croissance et du progrès.

Nous autres écolos et objecteurs de croissance de tous poils, sommes souvent considérés comme de dangereux passéïstes réactionnaires. Jean-Paul Besset explique très simplement que "les réactionnaires sont ceux qui restent ligotés à un monde dépassé" et "refusent le changement d'époque" autrement dit ceux là même qui s'accrochent coûte que coûte au modèle actuel de croissance ! cqfd.

Pour vous donnez un peu plus envie de lire cet ouvrage incontournable, quelques extraits (et ci-dessous, l'intro du livre en pdf)  :

" Nous ne savons pas remplacer la nature. Nous faisons seulement comme si nous pouvions nous en passer en appelant ça le progrès."

[...]

"D’ores et déjà, 20 % des décès- dix millions de personnes, dont une bonne moitié d’enfants - sont attribués chaque année aux conséquences de ce que l’on appelle pudiquement la dégradation de l’environnement. Sait-on que les réfugiés fuyant sécheresses, pénuries, inondations, cyclones et pollutions sont plus nombreux que les migrants déjetés par les guerres ? Que la contamination de la source de la vie, l’eau, est devenue la première cause de mortalité dans le monde ? Que la moitié des gosses de la terre souffrent de privations extrêmes ? Que la sécurité alimentaire mondiale est rien moins qu’assurée ? Que la sixième grande vague d’extinction des espèces est en cours avec, pour la première fois, homo sapiens en invité surprise ? Que la population des bidonvilles atteindra deux milliards de personnes ? Que, parmi les 22 millions de produits chimiques commercialisés à travers le monde, certaines substances présentent des effets irréversibles qui accélèrent l’incidence des cancers, des maladies respiratoires, des perturbations hormonales, des malformations ? Que trois milliards de nouveaux habitants sont attendus sur une planète dont les fondamentaux de la vie sont appauvris ?

Le sait-on ? Oui. Que fait-on ? Rien, ou presque. Seule l’ignorance criminelle de quelques uns - parmi lesquels la plupart des décideurs et des intellectuels, assermentés aux rouages et à l’imaginaire de la machine technico-industrielle -, peut laisser croire que la catastrophe relève encore de l’ordre des aléas naturels ou des contingences accidentelles. Les hommes liges du statu-quo nous assurent que le pire est sous contrôle. Alors que ce que nous dit l’emballement des causes et des effets de la crise du vivant dessine une potentielle fin de l’histoire par ko de l’homme sur lui-même. Les « godillots » du principe de négation nous rabâchent qu’il faut continuer à accélérer nos consommations pour soutenir la croissance et diffuser le bien-être.

Alors que, justement, c’est la croissance qui est le problème."

[...]

"Unies par le même pacte sacré, s'appliquant à agir partout de la même façon - même si certaines populations ou couches sociales disposent de moyens plus prédateurs que d'autres - l'humanité toute entière communie dans la même croyance. Les riches la célèbrent, les pauvres y aspirent. Un seul eden, l'opulence, un seul rîte, la consommation, une seule prière : Notre croissance qui êtes aux cieux... Partout la même religion révère les même saints - développement, technologie, marchandise, vitesse, frénésie -, pourchasse les même hérétiques - les hors-logiques du rendement et du productivisme - dispense une même morale - avoir, jamais assez, abuser, jamais trop, jeter, sans retenue, puis recommencer encore et toujours. Un spectre hante ses nuits : la déprime de la consommation. Un cauchemar l'obsède : les soubresauts du PIB."

[...]

"Le monde est devenu idéologiquement unique. Il consomme et c'est à peu près tout."

[...]

"La pingrerie est d'abord affaire de réalisme. Les pays développés sont placés devant un choix trivial : ou bien continuer de profiter des richesses de la planète, le temps que ça peut encore durer, ou risquer le changement, avec la certitude que le train-train de vie s'en trouvera bouleversé et qu'il faudra se priver. Chacun sait bien, au fond, que les richesses ne sont pas extensibles à l'infini. Alors soit une minorité en conserve l'essentiel après l'avoir accaparé (70% des richesses sont concentrées aux Etats-Unis, au Japon et en Europe), soit elles sont réparties entre tous, auquel cas elles devront être divisées et partagées, réduisant d'autant les avantages acquis. Evidemment, le choix de garder le magot a été fait par les nations industrialisées, au nom de leurs "intérêts nationaux".

Le business mondial s'emploie à briser tout ceux qui risquent de s'inviter au banquet et de le perturber. Tout est bon pour maintenir l'essentiel de la population mondiale dans le "deuxième" ou le "troisième" monde et éviter que les remugles de la pauvreté n'entame la quiétude du premier cercle."

Et quelques chiffres piochés au fil des pages :

- 2 milliards d'êtres humains souffrent de carences nutritives (source FAO).
- Les vaches européennes perçoivent une subvention moyenne de 2€ par jour, soit plus que ce que gagnent 2,7 milliards d'êtres humains.
- Le 1% le plus riche de la population mondiale, dispose d'atant de revenus que les 57% les plus pauvres.
- La fortune de 3 personnes, est équivalente au PIB total des 48 pays les plus démunis.
- Si la température monte de 2 degrés, les débits des fleuves du sud et du sud-est européen diminueront de 50% (source Agence européenne de l'environnement).
- Livre blanc sur l'industrie chimique de la Commission européenne indique que "99% du volume total des substances se trouvant sur le marché ne sont pas soumises aux exigences d'essai et d'évaluation des risques pour la santé humaine et l'environnement."
- Chaque année en moyenne, le nombre d'enfants et d'adolescents - non concerné par le tabac - atteints par le cancer augmente respectivement de 1 et de 1,5%.
- Aux Etats -Unis, la richesse moyenne par habitant a triplé au cours de la deuxième moitié du XXème siècle. Or selon l'institut Gallup, le "sentiment de bonheur" y décline régulièrement depuis les années soixante.
- La moitié des enfants de la planète souffrent de "privations extrèmes" (source Unicef).

U
n livre qui devrait être une lecture obligatoire pour tous les énarques et politicards de France et d'ailleurs ! Après avoir lu ça, difficile de continuer à vivre comme si de rien n'était.

Quelques infos complémentaires :

- Le chapitre d'introduction du livre de Jean-Paul Besset en pdf .

- Interview de Jean-Paul Besset dans Politis.

- Conférence en ligne de Jean-Paul Besset :

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