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Lettre à Jacques Séguéla

Publié le 30 novembre 2009 par Antoine Dubuquoy

seguela_president_jury.jpgMon Cher Jacques,

Tu me pardonneras ce tutoiement, nous sommes dans la com' tous les deux. Et dans la com' on se tutoie. Même si on n'a pas été pianistes dans le même bordel... A propos de pianistes, justement, parlons-en. Je suis un ado de la fin des 70s. Un étudiant en école de commerce des années 80. Tes années. Les années de la pub flamboyante. Et je dois l'avouer, tu fais partie de ceux qui m'ont donné l'envie de travailler dans la pub. Put-être même es-tu celui qui a déclenché le processus de fascination pour ce monde merveilleux, où l'on faisait décoller des Citroën du pont des porte-avions. Où les filles étaient toujours belles, montraient le haut. Où on écoutait émerveillés Bernard Cathelat aux heures de prime-time nous parler des socio-styles. Les années où les gourous s'appelaient Philippe Michel, Jacques Feldman, Daniel Robert. Les années où tu nous vendais du Mitterrand. Où l'on était tous de gôche, de cette gôche sympa, parisienne, branchée. On étaient cool. On étaient dans la pub. On voulait faire partie de ce cénacle. De ce milieu de semi-artistes. De demi-dieux, portés au pinacle. Les années où Jean-Paul Goude organisait des célébrations du bicentenaire de la révolution sur les Champs-Elysées. Les plus belles années.

Les dieux de la finance s'en sont mêlés. Les marchands du temple ont jeté leur dévolu sur la pub. La pub est devenue une industrie. les hommes en gris formatés par McKinsey, le BCG, Arthur Andersen, ont organisé, formaté, pondu du process. Financiarisation, culture du résultat. Pur business. Les artistes sont devenus des businessmen. Le mojo a changé de mains. Côté gourous, on a plutôt pensé à Jean-Claude Dru. La disruption. Les façons de repenser la com'. Les vieux pubards des 80s sont devenus de bons clients des plateaux télé. Des spin doctors, des conseillers-mercenaires, à qu'on demandait ad libitum de décliner la recette qui avait permis à la Force Tranquille d'emporter l'adhésion d'un peuple... Réplication, copier-coller...

Et le monde a changé. Internet y est pour beaucoup. Le paradigme s'est transformé. Un maelström, un ouragan permanent. Une accélération du temps et des échanges. Finie la communication top-down. Le discours à sens unique des mass-media. Power to the people. Le pouvoir au peuple, qui directement, sans filtre, immédiatement peut exprimer un avis, quel qu'il soit. Tu es resté dans ta posture d'artiste vieillissant, Jacques. Je parle, on m'admire en silence. Sauf que... Sauf que tu as oublié que le public soit ne t'écoute plus car occupé à autre chose, tant l'offre et les alternatives sont multiples. Soit va réagir immédiatement. Adulation, tacles. Tout est possible. En quelques minutes, voire quelques heures, tu peux voir détruite une réputation que tu as mis des années à bâtir. C'est le nouveau paradigme. Le coup de la Rolex, c'était un peu crétin, mais rattrapable. Chose faite. Internet, la plus grande saloperie. C'était une réflexion de vieux con, bonne pour des fins de banquets de chasseurs émêchés... Gros tâcle. Et puis la dernière sortie. Yaka boycotter Google. Et pis c'est tout. Du Philippe Lucas dans le texte... Oui Jacques... Yaka. Fokon. Tu nous a fait rêver. Là c'est toi qui est dans le rêve. Dans l'illusion d'un monde que tu ne comprends plus. Pas grave, Jacques. Il faut savoir dire stop.

pianiste seguela.jpg
Tu aurais pu devenir un vieux sage, une légende à la Bill Bernbach, à la David Ogilvy.  Mais tu parles trop. Tu pontifies. Tu radotes. Arrête de courir, camarade, le monde t'a dépassé. Tu tentes de courir après. Mais il est trop tard.

C'est dommage.

Je garde de toi, le meilleur, d'il y a plus de 20 ans... Une éternité... Et tu sais quoi, Jacques, quand on te cherche sur Google, en

séguéla google.jpg
associant ton nom à "publicité"... Ta vie, ton oeuvre sont indexés... En revanche, quand on te cherche en tant que "Séguéla" tout seul, tu es associé à tes derniers verbatims, pas vraiment tes meilleures créas... Les mômes ont la mémoire courte. S'ils ne savent pas qui tu étais, ils n'en sauront pas plus sur toi sinon tes derniers "bons mots" chez Ruquier...

Voila, tout est dit.

Bien à toi.

Mr Dubuc, fils de pub 2.0


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LES COMMENTAIRES (1)

Par pat 21
posté le 23 février à 12:36
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Belle diatribe ornée d'un vocabulaire recherché !!! Dommage que les "fôtes" d'orthographe soient destructrices