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Paris 1961, Marseille 1973, Lausanne 2009 ou l’histoire tristement ordinaire du racisme "arabophobe" - BOADICEE

Publié le 30 novembre 2009 par Lalouve
Paris 1961, Marseille 1973, Lausanne 2009 ou l’histoire tristement ordinaire du racisme "arabophobe".
mardi 1er décembre 2009 (00h12)

Quel rapport entre la France en 1961 et 1973, et la Suisse en 2009?

Réponse : l’Arabophobie.

Ou plus exactement, le racisme "arabophobe".

Je vais parler d’"arabophobie", à défaut, car à la réflexion je crois que parler d’"islamophobie" ne rend pas compte assez justement de la situation réelle, et donne immédiatement lieu à des levées de boucliers, parfois justifiées, de la part de tous les défenseurs de la laïcité.

En parlant d’islamophobie, on s’approche d’une vérité, mais on la présente mal (et je ne m’étends pas sur ce que cela peut cacher parfois comme sous entendus idéologiques).

Laissons donc l’Islam de côté, ou plus exactement, ne nous y attardons que comme un des "marqueurs" d’une culture, des origines de certains peuples, parmi d’autres "marqueurs" comme le nom de famille, une couleur de peau, les traditions culturelles etc.

Parce que finalement, à la réflexion, je crois que ce n’est pas l’Islam qui pose problème à certains.

L’Islam n’est là que comme indicateur d’une certaine spécificité culturelle, d’une (supposée) origine d’ailleurs parfois ancienne.

En témoignent d’ailleurs les propos récent d’un Ministre de l’Intérieur...Peu importe qu’"ils boivent de la bière et mangent du cochon" (et donc, par déduction, ne soient pas musulmans pratiquants), le "problème" ce n’est pas quand il y en a "un" c’est quand il y en a "plusieurs"...

C’est "l’Arabe", ou tous ceux qu’on désigne par là, même s’ils sont Français de grands parents et de parents français, qui pose problème à certains....

Pourquoi?

Faut-il y voir la marque d’un "choc des civilisations", d’un phénomène qui serait rationnellement explicable, en dehors de tout racisme ou xénophobie?

Y a-t-il des éléments historiques qui feraient de "l’Arabe" et a fortiori, de l’Arabe musulman, une catégorie de personnes dont il faudrait spécifiquement se méfier, comme étant particulièrement "invasive" et prosélyte?

Certains le prétendent.

L’Histoire, de ce point de vue, est toujours (re)faite au profit des occupants du pouvoir en place.

Il y a quelques siècles, la religion était alors une des formes politiques suprême, partout dans le monde.

L’organisation sociale de cette partie du monde dans laquelle nous vivons actuellement disons, l’Europe, une partie de l’Asie mineure et de l’Afrique du nord, était partout et majoritairement religieuse.

Mais la religion n’était pas exactement ce que nous connaissons aujourd’hui.

Il ne serait venu à l’idée de personne alors de contester la prééminence politique du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel, dans l’organisation de la Cité. Tout le monde considérait comme normal que untel et untel se tape sur la gueule au nom de telle ou telle religion, pour défendre tel ou tel dieu.

Un normand catholique du XIème siècle eut trouvé parfaitement absurde, sinon vexant, qu’on fasse du caractère belliqueux, guerrier, une spécificité musulmane !

La seule exception notable de ce point de vue fut, jusqu’à très récemment, la religion juive.

Ce n’est pas un hasard si les premiers éléments proto-constitutionnels vers la construction des États modernes furent tous des éléments religieux, ou presque.

Ce n’est pas un hasard si l’historiographie dominante d’une partie du monde est datée pendant des siècles par des faits "religieux" ou prétendus tels.

C’est dû à l’essence même de la religion qui, contrairement à ce que l’on peut croire, n’avait alors rien à voir avec le personnel et l’intimité, mais était principalement politique. C’était une manière ancienne d’organiser la vie de la Cité, communément admise par TOUS, une manière qui dépendait du contexte, de l’état d’avancement de la production de richesses, des sciences, de la philosophie...

Ainsi, on nous fait souvent remonter jusqu’à Charles Martel et la bataille de Poitiers pour illustrer l’éternel combat que livrent les bons chrétiens contre les méchants musulmans.

On "oublie" seulement que Eudes, qui combattit avec Martel en 732 contre les Omeyyades, donna aussi à cette époque, sa propre fille en mariage à un dénommé Munuza, musulman, gouverneur berbère de la Septimanie, pour des raisons parfaitement politiques des deux côtés (puisque Berbères et Arabes étaient en guerre).

Je passe sur l’histoire des Croisades, par exemple, - qui, faut il le préciser, ne furent pas une invasion "arabe" en royaume Franc !- mais il est intéressant de se replonger dans ces morceaux d’histoire que l’on apprenait encore à l’école (et dont j’ignore aujourd’hui si elles sont toujours enseignées).

On pourrait, plus largement, faire un détour par la longue histoire des guerres dites "de religion" en France.

Pour prendre un autre exemple qui ne concerne pas l’Islam, qui peut croire que la Saint Barthélémy n’était pas avant tout un massacre politique? Il suffit, là encore, de se replonger dans l’histoire. Cela saute aux yeux. Il est la conséquence des déchirements militaires et civils de la noblesse française entre catholiques et protestants, notamment de la vendetta entre le clan des Guises et celui des Châtillon-Montmorency. Il est le résultat d’une sauvage réaction populaire, ultra-catholique et hostile à la politique royale d’apaisement. Il reflète également les tensions internationales entre les royaumes de France et d’Espagne, avivées par l’insurrection aux Pays-Bas.

La naissance du chiisme est également une belle illustration de la nature politique de la religion.

Et puis les progrès de la conscience humaine et surtout, le développement des forces productives, du commerce, des communications...ont fini par renvoyer de plus en plus la religion et le fait religieux à la sphère privée, intime, de la conscience personnelle. Au mieux, de la "communauté". Bien sur, toute religion garde encore en partie cette marque politique mais elle a été supplantée par "LA politique" elle-même, qui est une création, si j’ose dire, moderne (même si Platon et Aristote y consacrèrent de larges parts de leurs travaux). Machiavel parle encore DU politique et non de LA politique, si ma mémoire ne me fait pas défaut.

Mais donc, en relisant tout cela on se rendra bien vite compte qu’à l’échelle du monde et de l’histoire de l’humanité, on sera bien en peine de trouver des éléments particuliers démontrant une "cruauté" ou un "prosélytisme" particulier (presque "génétique" à entendre certains?) des peuples arabo-musulmans, qui seraient à même de justifier rationnellement (parce que certains essaient !!) une quelconque "arabophobie" ou "islamophobie".

C’est là que je voulais en venir tout d’abord.

"L’Arabe" serait il objectivement plus voleur, plus menteur, plus fainéant que d’autres? Certains le prétendent, mais il se trouve que tous les chiffres officiels (il y a des statistiques de l’INSEE sur la part de criminalité attribuable aux "étrangers") disent exactement le contraire.

Non, c’est ailleurs que dans des qualités supposées intrinsèques à "l’Arabe" ("qualités intrinsèques" qu’il n’a pas plus que "le Français" ou "le Juif") qu’il faut chercher la cause de cette arabophobie. C’est principalement dans la méconnaissance et l’absence d’analyse rationnelle de certains, manipulées par d’autres pour des motifs peu avouables. Je ferais ici volontairement des cas de maladie mentale connue sous le nom de xénophobie.

Qu’elle existe, autrement qu’en "fantasme de gauchiste", cette arabophobie, cela, c’est assez simple à démontrer.

C’est l’histoire contemporaine très récente qui l’enseigne.

Deux exemples français, donc.

17 octobre 1961, Paris : sous la houlette de Maurice Papon les "forces de l’ordre" répriment dans le sang une manifestation absolument PACIFIQUE, de plusieurs milliers de français d’Algérie, pour l"indépendance de l’Algérie. Plusieurs centaines de personnes sont sévèrement blessées, ou tuées.

Des dizaines, sinon des centaines de cadavres sont jetés à la Seine.

En toute impunité. Une plaque sur un pont suffit-elle à clore ce chapitre?

Eté 1973, Marseille : des dizaines de personnes d"origine maghrébine (ou supposée telle par leurs agresseurs), musulmans ou pas, sont blessées voire tuées, et un attentat particulièrement violent frappe le consulat d’Algérie, faisant plusieurs morts."Mort aux arabes" entache de nombreux murs de la cité phocéenne.

Les habitants de cette ville se souviennent de cet été de ratonnades -et le terme n’est pas trop fort. Il n’est pas exagéré de dire que lors de cet été tragique à Marseille, plusieurs dizaines de personnes d’origine maghrébine trouvèrent la mort dans des conditions insupportables.

C’est un ami et camarade de Marseille qui m’avait parlé très récemment de cette histoire qu’on n’enseigne pas ( sans doute parce que aux yeux de certains là encore c’est "un détail"?), je ne la connaissais pas il y a encore quelques jours, et il se trouve que suite à cette discussion, Canal+ a sorti ce qui est à ma connaissance le premier documentaire sur le sujet dans son émission "Lundi investigation" je crois, la semaine dernière. C’est un documentaire édifiant. Et je pèse mes mots.

Après cela, y eut-il des poursuites judiciaires?

Des enquêtes sérieuses, abouties, pour tenter de trouver les responsables de ces actes affreux?

Des condamnations?

Non. Ou plutôt si. Pour les faits de Marseille, lors d’un des très rares procès, la vie d’un arabe était estimée à 5ans d’emprisonnement avec sursis.

Sinon, rien. Ni au niveau des individus, ni au niveau de l’État.

Pas même de manière symbolique.

On ne pourra que trouver étrange, si on en avait besoin de s’en convaincre, que dans un pays totalement étranger à l’histoire des Arméniens et des Turcs, la France, on vote, le 29 janvier 2001, une Loi n°2001-70 "relative à la reconnaissance du génocide arménien de 1915" (et tant mieux pour les Arméniens !), mais qu’en 2009, on n’ait toujours AUCUNE loi sur le 17 octobre 1961, ni aucune commission d’enquête parlementaire sur ce qui se passa l’été 1973 à Marseille.

Moi je pense que ces deux morceaux de notre histoire récente, et leur traitement par l’Etat français, signent bien une arabophobie, allez, foin de néologisme, un véritable racisme de l’Etat français à l’égard des descendants de peuples qu’il a colonisés autrefois, notamment de ceux qu’on qualifie "d’arabes". Et tout cela se tient. Les colonisés d’autre fois sont devenus les boucs-émissaires d’aujourd’hui et cela n’est pas étonnant. C’est une manière de continuer à les coloniser, eux et leurs descendants.

De la même manière, si on n’a toujours pas compris ce dont il s’agit en réalité - je parle de la stigmatisation de "l’Arabe" et du musulman en particulier, non seulement en France, mais plus généralement en Europe, cf. la Suisse qui vient de voter l’interdiction de la construction de minarets ! -, on s’étonnera que les levées de boucliers de nos grands défenseurs de la laïcité en France, qu’ils soient de droite ou de gauche volent, in fine, au secours d’une décision manifestement populiste et xénophobe de nos voisins suisses, au nom de la séparation de l’Église et de l’État, du respect de la laïcité, sans toutefois avoir le courage d’aller jusqu’au bout des chiffres...

Mais sérieusement, la France est-elle un pays laïc?

Oui et non.

Oui, si on considère que l’enseignement et la santé sont par excellence des endroits où l’appartenance religieuse quelle qu’elle soit n’a plus sa place (et c’est tant mieux, et j’y tiens).

Non, si on considère qu’il y a encore dans ce pays plus 2.5 églises chrétiennes par commune, et que manifestement ça ne pose plus de problème à personne ou presque. A quand le dernier débat parlementaire sérieux sur ce sujet des relations entre l’Eglise catholique et la France, son ancienne "fille aînée"? - Une commission parlementaire sur les églises n’était elle au fond pas plus justifiée par le nombre qu’une commission parlementaire sur la burqa?...

Non aussi, si on considère que nous avons un Président de la République qui est aussi Chanoine de Latran.

Non, si on veut bien voir que les épouses des chefs d’Etat ou des Premiers ministres en visite au Vatican se couvrent le chef d’une mantille noire pour approcher le "très Saint Père".

En conclusion donc, plutôt non.

La France n’est pas un État 100 % laïc, contrairement à ce qui est toujours prétendu (et un simple examen de la fameuse loi de 1905 sur "la séparation de l’Église et de l’État permet de s’en apercevoir) ; elle est, à la rigueur, en voie permanente de la laïcisation (et cette laïcisation fluctue au gré de l’histoire sociale), et plus contre certaines religions que d’autres.

Moi aussi je suis laïque, au sens où je refuse le prosélytisme (mais pour tout le monde) et je refuse que le religieux gouverne ma vie et celle de mes enfants.

Laïque aussi au sens où c’est un objectif à atteindre, la FIN du fait religieux, la fin des religions, mais où cet objectif pour moi ne peut jamais être atteint par "la force des baïonnettes", d’autant que la religion est avant tout le "soupir de l’âme de la créature opprimée" (Marx), et que le combat pour l’absolue absence de toute religion, n’a AUCUN sens sans combat (réel) contre les ravages du capitalisme.

Face à un croyant qui place Dieu et sa foi au dessus de toutes choses, j’aurais toujours tendance à penser d’abord qu’il est dans l’erreur, que c’est sans doute par tradition et parce qu’il ou elle souffre de quelque chose, et à vouloir le convaincre de réfléchir, plutôt qu’à souhaiter sa mort, civile ou physique. Et pourtant, ma détestation des religions, et surtout des "cadres" religieux, est grande.

Mais je pense que le voile (la perruque pour les juives, ou le foulard pour les catholiques) sur la tête d’une femme, si elle l’a choisi, ne l’empêche pas de réfléchir. La Laïcité n’est pas un CAP de coiffure ou de perruquier. Bien-sûr, je préfère une femme non voilée, non perruquée, mais personnellement, je connais beaucoup de jeunes femmes agnostiques, athées, et aussi éloignées du religieux qu’on peut l’être, qui sont mille fois plus "dindes" que certaines de leurs congénères dites "religieuses"...

Je précise que je ne rappelle pas ces évènements de 1961 et 1973 pour souffler sur les braises, et justifier une quelconque haine, exciter une vindicte - je n’ai pas de haine, certainement pas de "haine de soi" en tout cas, mais j’ai une conscience, une mémoire, et un énorme ras le bol de l’hypocrisie actuelle.

Seulement voilà, vous ne m’enlèverez pas de l’idée que si les corps jetés à la Seine le 17 octobre 1961 avaient été ceux de "bons Français de souche" (sous entendus, pas des "colonisés", pas des "français de second ordre"), il y a belle lurette qu’une commission d’enquête eut été créée et qu’on aurait trouvé des coupables.

Idem pour "Marseille 73".

Au moins à la faveur d’une "alternance" de "gauche".

Bien sûr, il y a eu des choses pareilles qui se sont passées contre de "bons Français de souche", ceux que M. Besson adore (et qui ne le lui rendent pas nécessairement !), avant les années 40.

Les patrons français ont eu ainsi longtemps pour habitude de faire tirer sans vergogne sur leurs ouvriers grévistes.

1er mai 1891 : À Fourmies (Nord) la troupe tire sur les grévistes pacifiques : neuf morts, dont 8 manifestants de moins de 21 ans, parmi lesquels une jeune ouvrière qui restera comme un symbole, Marie Blondeau, et 35 blessés..

Les communistes, socialistes, et les anarchistes, quoi que pouvant s’appeler Dupont ou Durand, être blonds aux yeux bleus, et Bretons sur 15 générations, ont subi longtemps (et subissent encore parfois) un "traitement d’exception". Emprisonnement, déportation, voire, assassinat, lynchage.

Prosper Môquet, le père du jeune Guy, député communiste de la Seine, fut ainsi arrêté le 10 octobre 1939, dans le cadre de la vague d’arrestations de 43 députés du groupe communiste, et déchu de son mandat le 21 janvier suivant. Condamné comme ses camarades à huis-clos, par le 3e tribunal militaire permanent de Paris, le 3 avril 1940, à cinq ans de prison pour « reconstitution de ligue dissoute ».

Môquet est déporté en mars 1941, avec les 26 autres députés du « Chemin de l’Honneur », au bagne de Maison-Carrée en Algérie. Libéré en février 1943 après l’arrivée de De Gaulle à Alger, il devient après la guerre, député de l’Yonne d’octobre 1945 à avril 1951. En France. Il y a 70 ans.

En Italie, pour prendre exemple d’un autre pays européen, dans les années 70, s’il y eut aussi des ratonades et des crimes racistes (et il y en a encore), de très nombreux meurtres odieux ont eu lieu, commis par des Italiens contre d’autres "bons Italiens de souche" pour des raisons purement politiques. Combien de militants anarchistes, antifascistes, et communistes tués de sang froid en Italie ces 30 dernières années par les fascistes et leurs amis, et souvent en toute impunité? !

Le "prix du sang" que le capitalisme est prêt à faire payer pour maintenir localement sa domination, hélas n’est pas un prix "réservé" aux personnes issues de l’immigration.

Mais il est vrai que la répression, la stigmatisation de celle ci présente des caractéristiques particulières, un "quelque chose en plus", sans doute parce qu’il est plus facile d’exciter des différences prétendument visibles que "masquées". Ce n’est pas un hasard si au moment de la Seconde guerre mondiale, la propagande nazie et pétainiste portait un soin particulier à expliquer en images comment reconnaître "le Juif", à sa tête, à sa démarche, ses vêtements...Ensuite, on leur colla des étoiles jaunes, et ce fut quand même beaucoup plus simple pour tout le monde.

Pour conclure après toutes ces digressions, voilà ce qui me vient à l’esprit aujourd’hui.

Je ne suis pas "d’origine" maghrébine, ni arabe, ni musulmane.

Mes racines, à l’échelle de l’histoire, ne sont pas plus "100% françaises" que ceux-là pourtant, j’ai juste comme chance que ça ne soit pas "écrit sur ma gueule" ni sur ma carte d’identité.

En revanche, nombre de mes ami-e-s d’enfance (je dirais les 3/4) sont tous et toutes des "enfants d’immigrés" ou "d’origine...." comme disent les racistes.

Pour moi ils sont juste mes ami-e-s, français ou pas, dont les parents ou les grands parents étaient, au choix, des "bougnoules" c’est à dire des personnes originaires du Maghreb ou de Kabylie (car le raciste se fout de la culture et de l’histoire donc "tout ça" pour lui, c’est pareil), les "bamboulas" ou les "banania", les "macaronis", les "ritals", pour les Italiens, les Portugais "les portugalos", les Espagnols les "espingouins", les Polonais des "polaks", les Russes des "ruskofs", des "popoff", les personnes de confession juive des "youpins", bref, tous des "métèques" quoi...

Mais si je l’étais, "maghrébine", évidemment que, comme des dizaines et des dizaines de milliers d’autres, je me poserais de sérieuses questions au regard de l’état du monde, et particulièrement de la France, pays où je vis.

Ce qui est intéressant dans tout ça, dans le (non) traitement du 17 octobre 1961, de Marseille 1973 jusqu’au minaret suisse, c’est de constater la différence manifeste de traitement des uns et des autres.

Ensuite, d’analyser ce qui fait les "faux clivages" (nationalité, appartenance raciale, religieuse, ethnique, sexuelle...) pour se concentrer sur ce qui nous rassemble au delà, et au-delà des seules considérations "humanistes".

De les dénoncer aussi. Sans relâche.

De mon point de vue, l’égalité réelle, déjà existante, vient qu’entre ce que Idriss, français né en France de parents immigrés par exemple, son père de nationalité algérienne, musulman , et moi, dont les racines en France remontent à plus loin, nous sommes confrontés à la même situation générale face au capitalisme. Sauf que eux ont encore plus de problèmes que moi.

Et que cela sert exclusivement à nous diviser pour pouvoir permettre le resserrement de notre exploitation A TOUS (ou presque !).

En résumé : le capitalisme comme système particulier d’exploitation et de productions de richesses étant mondialisé, l’exploitation de l’homme par une minorité d’autres hommes étant elle aussi mondialisée, je crois qu’il est temps de se poser des questions sur ce qu’est aujourd’hui vraiment "la Nation" (pour moi c’est une fiction qui se nourrit de la réalité vue d’un certain point de vue), ET la République, en quoi elles servent désormais sans conteste une certaine forme d’État et surtout en quoi cet État sert une certaine forme d’exploitation et d’aliénation, et ce que cela a comme conséquences sur la vie de TOUS les habitants d’un territoire donné.

Non pas qu’il s’agisse de nier les différences culturelles entre tel et tel peuple donné, non pas qu’il s’agisse de faire de l’angélisme sur notre éventuelle difficulté à cohabiter entre être humains (quelle que soit notre origine !) mais de dire simplement, que ces difficultés ne sont pas spécifiques à la France ni surtout, à la relation "national/étranger", elles sont le fruit de ce qu’est l’Humain, et il y a une manière de les rendre vivables, et une manière de les rendre invivables.

Et justement, le capitalisme a pour objectif de rendre invivable tout ce qui est susceptible de différencier à la marge (c’est à dire, pas dans le fond) un exploité d’un autre. C’est une de ses armes favorites de tourner les employés contre les chômeurs, les immigrés contre les nationaux, les hétérosexuels contre les homosexuels et j’en passe.De créer des "catégories" qui sont là pour faire oublier l’origine unique de tous ces gens : le prolétariat exploité , qui doit se rassembler et lutter.

Il ne faut pas tomber dans le piège "la France on l’aime ou on la quitte".

Traduction suisse : "si tu veux un minaret sur une mosquée, rentre chez toi sale bougnoule".

Ça je le refuse. C’est la mort de la possibilité démocratique réelle, ça veut dire "on accepte, ou on ferme sa gueule".

NON. Et même au prétexte de "laïcité".

On peut aimer quelque chose ou quelqu’un, et avoir envie qu’il ou elle soit meilleur-e, l’affection, l’attachement, n’exclut pas la critique !

J’ajouterais que faire cristalliser cette arabophobie sur l’Islam (pour l’instant - mais on avait aussi eu l’hygiène avec "le bruit et l"odeur"), c’est le meilleur moyen de faire redevenir l’Islam en France une religion politique alors qu’aujourd’hui, majoritairement, il ne l’est pas.

Car qui sème la haine récolte la haine.

Je considèrerais donc comme une avancée très positive pour nous tous, athées, laïcs, agnostiques, antireligieux de tous poils, a fortiori communistes... que nous soyons capables de mettre de côté des questions qui me semblent tout à fait secondaires à l’heure actuelle (dans une certaine limite qui est celle de la neutralité absolue du service public) et qui seront traitées en leur temps par la force des choses, comme l’appartenance religieuse, pour nous retrouver et nous unir contre le rouleau compresseur capitaliste qui prend aujourd’hui de plus en plus le visage d’un racisme féroce.

Pour ma part, je n’ai aucune difficulté à dire que je me fous pas mal qu’on construise un minaret en France puisque TOUS LES ANS je me fais emm... dans mon quartier par une procession CATHOLIQUE qui dure une heure, contre laquelle personne ne dit rien, alors que leur messe en latin dans les hauts parleurs m’empêchent de faire la sieste (et ça, c’est SACRE !), que la plupart des églises chrétiennes sont vides 90 % du temps, et qu’à leur porte on y laisse crever les SDF de froid.

Moi, je refuserai de construire des minarets le jour où on commencera à réquisitionner les églises chrétiennes (100 000 en France) pour en faire des maisons du peuple.

Je refuserai de construire des minarets le jour où il n’y aura plus sur notre territoire AUCUN DROIT, même le plus infime, pour ces émissaires de la politique étrangère d’un État scélérat qui s’appelle Le Vatican et qu’on dit être des prêtres, un État qui a des vues radicalement opposées à celles qu’est supposé défendre la République française.

Un État qui a soutenu le nazisme, qui soutient la Mafia (le scandale de la Banque Ambrosiano et de la loge maçonnique P2 en Italie dans les années 80, ça parle à quelqu’un?).

Un État qui nous explique aussi, alors que l"épidémie de sida se propage toujours et tue toujours, que c’est le préservatif qui tue.

Un État qui ne condamne pas ses émissaires convaincus de pédophilie et pire, les couvre, mais se permet toujours d’excommunier ses fidèles homosexuels....

Quelle religion dans le monde a un tel État à sa disposition?

L’Islam?

Raté....

D’ici là, au vu du 17 octobre 1961 et de l’été 1973, et tant que ces crimes resteront scandaleusement impunis, personne, tout laïc sincère qu’il soit, ne m’empêchera de penser que, en France, pour une certaine catégorie de personnes, sous couvert de combattre "la religion musulmane" soi disant au même titre que "les autres", on ne fait là que se livrer à de l’arabophobie primaire, parce que l’Arabe c’est bien pratique comme bouc-émissaire, et qu’après tout, on ne peut décemment plus s’en prendre au "Juif" (et c’est tant mieux).

Et donc, d’être toujours extrêmement circonspecte et méfiante dès qu’il s’agira de légiférer sur le voile ou le minaret...

Aussi, chers lecteurs, encore un effort pour être vraiment révolutionnaires ! Combattez l’arabophobie qui se déguise sous l’islamophobie.

Nous aurons "la peau" des religions, de toutes les religions, le jour où notre monde présent sera bien meilleur qu’il ne l’est aujourd’hui.

Le jour où chacun mangera à sa faim, se fera soigner sans se ruiner, vivra en préservant son environnement.

Le jour où chaque enfant né dans le monde pourra espérer grandir normalement sans mourir quelques mois après du pallu ou du sida ou de la faim, sans malformations liées à "l’agent orange", pourra aller à l’école plutôt que coller les semelles de chaussures "Nike" ou de vendre ses fesses à 10 ans, pourra jouer sans perdre une jambe sur une mine.

Ce jour là nous n’aurons plus besoin de baïonnettes ni de décrets ni de guerres pour combattre le fait religieux. Nous serons alors nous mêmes ces dieux que beaucoup d’entre nous adorent et nous n’aurons plus besoin des idoles.


De : BOADICEE
mardi 1er décembre 2009

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