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— le passé simple~~~~~~! / — meh

Publié le 24 mars 2009 par Lazare
— le passé simple~~~~~~! / — mehA Zakopane, en 1972 ou 13 naît, de la réunion des gamètes de Georg et d'Amélia, Ewa Frangipan. Petite déjà elle montre des intérêts très prononcés dans des domaines aussi divers que le saut à skis et les châteaux de cartes : voyons. Pour ne pas être ce que d'aucuns esprits chagrins pourraient qualifier de désagréable on donnera l'avis consensuel voulant que ce ne soit pas l'improbable proximité du Wielka Krokiew qui soit la cause principale de son envie de simili-voler avec des planches fartées (et malgré tout ceci est trop vrai (pas pour être beau, ça ne voudrait rien dire et serait plus crétin encore que l'expression initiale) pour ne pas toucher à la joliesse médiocre du conditionnement et de ses approchants). Après avoir, à cinq ans, réellement vu ce qu'il était possible de faire sur un tremplin, elle emmerdera ses parents pendant quelques temps, jusqu'à ce qu'ils cessent l'opposition factice—séparons donc l'autorité parentale du crétinisme, tout comme la débilité enfantine de quelques pointes d'intérêts—qui servait de barrière de coton entre Ewa et son futur, lui permettant pour son sixième anniversaire d'aller quémander informations et exercices auprès des autorités concernées ; passé le premier semblant d'entraînement, elle rentra chez elle si excitée que sa mère, grande amatrice de tarots et autres bizarreries à cartes (de la lecture d'avenir à la belote coinchée) décida avec un pincement au cœur de lui refiler un jeu de cartes (classique, 52, pas de tarot) pour la calmer, lui expliquant variantes de patiences et de réussites pour reprendre ses esprits. Cela fonctionna au-delà de ses espérances, mais sans prendre les voies initialement supputées : bien loin de prendre le tout, de retourner, d'étaler, dans cet ordre ou un autre, de foutre la reine de trèfle sur le trois de pique et ainsi de suite, elle posa une carte (as de carreau) contre une autre (dix de carreau), faces dehors, trouva en quelques tâtonnements l'angle adéquat et admira son travail. Menée par l'ennuyeuse folie du moment, elle monta tout le paquet en des paires uniques éparpillées sur la surface de la table ronde, avant de s'apercevoir que l'épanchement horizontal pouvait être évité et contourné, comme se le sont déjà dit architectes, égyptiens et autres, éco- et ergonomes, en une élévation, un édifice vertical, imposant, qu'il soit pointu, rhomboïdal ou parallélépipédique. Deux cartes, deux cartes, une en lien, deux au dessus, on regarde, on détruit. Deux, deux, deux, une puis une, deux et encore deux, une et deux : quinze, etc. On regarde, on détruit, etc. Alors qu'elle commence le troisième étage d'un château à base quatre et que se forment des schémas annulant le plus possible la surface au sol au profit de la hauteur, son père passe dans le coin et lui fait part de son savoir dans le domaine de la construction, mais maintenant il est l'heure de manger, débarrasse ton petit bordel s'il te plaît on verra ça après le dessert.
Ce qu'ils n'ont pas fait, son père profitant de la cuisson trop longue d'une côtelette (à point, chérie, à point…) pour fuir la demeure familiale ; il ne reviendra jamais, n'écrira pas, estimant que ce serait un manque de respect envers sa femme, sa fille et ses convictions, qu'elles soient sculptées par des décennies idéologiques ou par le simple fait de ne pas ensuite succomber au syndrome du « je suis ton père » (existant depuis bien longtemps (exemples basiques tout en restant acides à peine : 1 (variante) : — Œdipe, je suis morte mais je suis ta mère / — NOOOOOOOON ; 2 : — Télémaque, je suis ton père / — menteur / — mais si / — ooh) et placé sous d'autres formes dans à peu près tout depuis quelques millénaires mais qui n'a trouvé son incarnation populaire centrale et pris son envol indélicat qu'avec les tribulations de la famille Skywalker)—il saura à l'occasion observer avec larmichettes au coin de l'œil (le gauche) les exploits sportifs de sa fille. Pas spécialement bouleversée par le départ de son pater, la jeune Ewa continue ses apprentissages coordonnés durant quelques années. Le seul fait réellement notable dans l'évolution de son contrôle se situera le lendemain, quand elle s'apercevra qu'un seul jeu ne saurait suffire à ses envies.
En grandissant elle affinera ces deux arts, utilisant l'un pour se calmer de l'autre ; elle ira jusqu'à dire que le saut à ski est la seule activité humaine permettant une approche sensible de l'anamorphose, que ce soit pour le sauteur ou pour le public. Etrangement peut-être, elle ne fera jamais de rapport entre la dominante verticale descendante (on peut bien dire ce que l'on veut, la période de saut (par métonymie ou extension probablement : le saut n'est qu'impulsion) elle-même est majoritairement constituée de chute) de l'un et celle verticale ascendante de l'autre, qui se combinent peut-être en une volonté d'équilibre et de stabilité, la représentation la plus proche d'elle-même se situant au centre, ce qu'une version épinalement imagée pourrait représenter comme une figure construisant un gratte-ciel de piques purs au sommet d'un tremplin ou une connerie comme ça. Elle fustige les colleurs, car quiconque est suffisamment doué dans la manipulation des valets et des rois devrait avoir trouvé sa propre façon (elle est convaincue que plusieurs existent, foulées par les sensibilités) et les angles propices à la succion microscopique de l'air, même effet adhésif (la glace fond), fausse irréversibilité en moins, économie et contentement personnel en plus.
En 1989 elle entre sur le circuit professionnel du saut à skis, chose pour laquelle on peut quand même préciser qu'il s'agit d'un circuit masculin (la partie féminine de ce monde n'ayant pas encore grand-chose d'officiel) (dérogations et tout le tremblement) et n'est donc que peu, voire prou, voire pas du tout traversé par les femmes, ce qui rend sa performance d'autant plus remarquable (ce n'est pas un "remarquable" qualitatif, le saut à skis est l'un des sports ou les femmes peuvent, selon toute la vraisemblance de qui n'y connait rien, participer à des compétitions masculines (qui seraient à la base indéterminées mais si investies par les hommes que etc.), sans que la différence d'une seconde ou plus sur cent mètres ou la plus faible puissance musculaire se fasse réellement sentir ; peut-être après tout Ewa est-elle une monstresse qui ne s'épanouit que dans le saut à skis, sans autre question ; et c'est plutôt cela : pas de leurre, le saut à skis, contrairement à d'autres sports (course automobile, curling, jiu-jitsu, danses de toutes sortes), requiert une constitution physique que la motivation de la plus concentrée des femmes ne saurait normalement surmonter (face aux professionnels mâles), ce genre de choses). Pour une raison inconnue ou une coquetterie étrange, Ewa change de nom pour l'occasion (uniquement pour la compétition, conservant son état civil et son identité bureaucratique initiales/tiaux). La modification consiste en un simple retournement du n de son nom autour du g, un petit point de symétrie à vrai dire ne faisant sûrement pas partie de la lettre mais de l'espace qu'elle recouvre typographiquement : Ewa Frangipan devient Ewa Fraguipan. Pendant quelques années, la télévision en général et la sportive en particulier iront de leur fameux résultats nationaux, constante partoutement retrouvée : saut à skis : à Zakopane, la victoire revient à l'allemand Jens Weissflog et la deuxième place à Andi Felder ; notre petite locale, Ewa Fraguipan termine à la trente-deuxième place (17 janvier 1990) ; comme si savoir qui était troisième n'importait pas plus, et l'un dans l'autre, son résultat et par extension tous les résultats comptaient moins que l'annonce d'une performance, l'existence de cette performance, aussi médiocre soit-elle, de quelqu'un né sous le même drapeau, ou que l'adhésion potentielle du public valait plus que ce sur quoi elle s'attache.
En débutant sa carrière de professionnelle, elle abandonne les études, qui ne lui avaient de toute façon que guère plu—lassée plus que rebelle, elle partira sur la voie de l'autodidactisme culturalo-intellectuel léger. Elle monte petit à petit à travers les compétitions et les sauts, passant de plus en plus souvent en deuxième manche et marquant donc quelques petits points, atterrissant de plus en plus souvent de plus en plus près puis de plus en plus loin du point K ; sa progression est, comparativement à d'autres champions futurs et passés, lente—sa maturité sportive n'est pas en adéquation avec sa décision d'entrer si tôt sur le circuit mondial—, mais reste régulière : elle termine la saison 1989/1990 en quarante-deuxième place du classement général, se débrouillant pour avoir une vie convenable en dehors ; sur 1990/1991, elle terminera vingt-troisième ; en 1991/1992, dix-neuvième. La saison 1992/1993 la voit enfin entrer plus que “ponctuellement” dans le top 10 : elle finira douzième. Il lui faudra attendre fin 1993 pour atteindre un podium et des promesses de succès prochains, malheureusement contrés par une blessure au mollet droit. La saison 1993/1994 peut être considérée comme blanche, entachée/ornée d'un exploit stabilisateur. Début 1995, c'est la consécration : une victoire, arrivant après une longue confirmation sur un crescendo ultrapide de performances dansé depuis la compétition précédente, première d'une série qui se déroulera sur la fin de saison 1994/1995 : c'est donc dès le premier janvier 1995 qu'elle atteint son début de sommet à Garmisch-Partenkirchen, reléguant le sieur Ahonen sur la deuxième marche du podium—des airs solennels joués au trombone ricochent sur les gesticulations de désormais-admirateurs. Deuxième après le premier saut, elle profite d'un bond exceptionnel pour coiffer tout le monde au poteau. Elle qui aurait pu faire un coup d'éclat en remportant la tournée des quatre tremplins (la vierschanzentournee, comme il se dit) (elle avait fini quatrième à Oberstdorf quelques jours plus tôt et était bien placée pour le classement final) fera un résultat blanc à Innsbruck (chute au premier saut, heureusement sans gravité) et ne pourra pas participer, contusionnée et mécontente, à Bischofshofen. On s'arrache (toutes proportions gardées) ses interviews et ses photos, que l'on colle avec un rythme plus dynamique qu'avant sur des T-shirts, mugs ou simples affichettes ; les membres fondateurs de son fan-club s'emplissent de fierté et accueillent à bras ouverts nouveaux arrivants et fonds ; on parle d'elle, même si le cadre de sa célébrité ne dépasse pas celui de la Pologne, et encore. La fin de la saison se partage entre résultats blancs-ou-presque et podiums : de tristes sires fustigent son irrégularité, son inconsistance, son manque de robustesse : quiconque a des yeux et/ou des informations remarquera ce qui semble être de la malchance ; en dépit de ses résultats en dents de scie, elle finira quatrième du classement général.
On peut aisément voir le 28 janvier 1996 comme une nouvelle étape, même si elle n'est que symbolique : sa victoire à Zakopane signe à la fois son premier succès local (la veille Ewa ne termina que deuxième) et son accession au rang de leader de la coupe du monde™, qu'elle ne quittera plus de la saison, remportant ainsi son premier championnat et battant durant la fin de saison record de tremplin sur record de tremplin sous les hourras et houris des sportifs connexes, des polonais, d'un pan frigide et en mal d'icône du féministe en général, qui trouvera probablement très drôle et profond aussi de brûler des soutiens-gorges dans la neige, animant une réunion impromptue d'animaux glacés et de festifs fumeurs de haschich.
Par un ensemble de voies n'ayant a priori pas énormément de rapport les unes avec les autres, l'agréable teinte abricot de sa combinaison fétiche (il suffit d'allumer sa télévision au bon moment pour observer que la couleur est rare), qu'on s'imaginait dans les danoises chaumières en train de fendre l'air et la neige, se retrouva bientôt sur beaucoup de torses féminins : les rédactrices de mode et les jeunes filles, toutes vaguement à la fois et sans savoir pourquoi (une retransmission vue d'un œil quand elles passaient devant la télévision pour prendre le téléphone, par exemple), se vêtirent dès le printemps 1996 de chemises et de hauts couleur orange pâle, pastel un tantinet, sage en apparence et juteux si l'on y porte la bouche. La symbolique de ce fruit échappait à Ewa qui, lorsqu'elle avait choisi (car elle avait choisi) quoi prendre, s'était enveloppée de ce qui lui semblait mignon mais pas provocateur, seyant sans être appeau à pervers. La demande devenant puissante, les quantités de jupes et de chemisettes abricot allaient en augmentant : d'abord pris au dépourvu, le petit monde de la mode polonaise, qu'il soit intensif ou extensif (la mode ne dépassera pourtant pas les frontières, du moins pas d'une manière significative—on trouvera quelques pointues pâlorangement vêtues de Paris à New York, mais rien de comparable au phénomène qui vivra trois ans durant en terres polskaises et qui existe encore, à moindre échelle, maintenant). Pendant les quelques sauts estivaux, de compétition ou de détente, auxquels elle participa entre deux saisons neigées, elle fit la rencontre de trois journalistes, chacune ayant retracé assez laborieusement l'arrivée de cette mode, par la recoupe et le tri d'informations, d'abord restreintes à la mode puis, les premières se révélant infructueuses, aux mêmes en liaison avec des phénomènes de société divers (speakerine populaire, conseils donnés dans un livre de cuisine tout juste sorti et écrit par ladite speakerine, et cetera tant qu'il est possible de voir de l'abricot plus que l'habitude ne le dicte), jusqu'à trouver la révélation tant attendue en la personne de la jeune et menue Ewa (un mètre cinquante-huit) et sa combinaison.
La première de ces journalistes, une certaine S. Kubica, atteinte d'une légère déformation lui donnant des hanches larges et un pelvis lascivement visible, était la “correspondante locale” d'un obscur magazine de mode londonien

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