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Vous êtes déjà venus ici...

Publié le 09 mars 2009 par Lazare
Du petit bois Il m'est arrivé de rater pas mal de trains. Un jour, à la frontière espagnole, j'en ai loupé un qui m'obligea à passer la nuit à Cerbère (au passage, Cerbère est une des villes – c'est un village en fait; un village de pêcheurs, de retraités mal habillés & de contrôleurs SNCF - les plus étranges que j'ai jamais visité, toute entière construite autour d'un immense pont ferroviaire... & puis, franchement, comme nom pour une ville frontière on a pas fait mieux). Une fois installés on a décidé d'aller se soûler de l'autre côté, à Port-Bou & là où je veux en venir c'est que, titubant, la gorge pleine de Tinto, je me suis trouvé le nez collé sur une plaque en marbre & dessus ceci: « Dans cette maison s'est suicidé Walter Benjamin » ou un machin du genre. Ça aurait pu être un moment très solennel (je venais de finir Tout le Fer de la Tour Eiffel de Mari), une des ces cristallisations mystiques & fortuites qui fondent la nouvelle vie d'un nouvel homme, oui, ça aurait pu... si un groupe de touristes anglais n'était pas venu me roter dessus. Quoiqu'il en soit, le soir même j'ai écrit un poème dessus dans notre petite chambre & je me suis juré qu'en rentrant je lirai Sens Unique dont la couverture commençait à prendre sérieusement la poussière sur mon bureau.
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Je l'avais acheté quelques mois auparavant parce que j'y avais lu deux trois phrases sur Marseille - réflexions qui correspondaient exactement à ce que je ressentais alors pour ce bordel urbain & bruyantissime. Mais en m'y plongeant un peu plus je suis tombé sur ça: « Les oeuvres achevées ont pour les grands hommes moins de poids que ces fragments sur lesquels leur travail dure toute la vie. » La phrase de Benjamin doit être comprise dans un sens de réflexion continue, de travail constant qui ne saurait trouver de fin en soi, si ce n'est cette quête incessante, mais elle éclaire (pour moi) certaines choses d'une lueur particulière. J'irai même plus loin en disant qu'elle représente (pour moi toujours) une sorte d'idéal esthétique. Je chéri le fragment comme d'autres chérissent la phrase parfaite (remarquant que l'un n'empêche pas l'autre, bien au contraire). Je chéri l'idée d'un livre tenant tout entier sur ce morcellement de l'écriture comme Flaubert appelait de tous ses voeux un roman ne tenant sur rien d'autre que le style. Ces fragments allument des feux dans ma conscience & cherchent à arracher des mondes entiers à ces foyers qui illuminent des séquences bien définies (les scènes de la vie d'un faune par exemple).C'est du petit bois. Sans y penser non plus: les phrases simples & brillantes, les raisonnement limpid____ ça n'est pas tout à fait ça. Ça n'est certainement pas le lieu où je veux vivre. Le foisonnement incertain & les répétitions & les hésitations & la mauvaise foi (à tous les coups) voilà ce qui structure ma pensée, voilà ce qui fait de moi une si mauvaise maison pour les mots. Voilà pourquoi un tel intérêt pour ces « fragments », ces inachevés qui n'en sont pas vraiment. Voilà aussi pourquoi un livre comme Autres Électricités d'Ander Monson m'a rendu si fébrile, si impatient.
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Particules fragmentaires De manière purement formelle on peut se permettre d'introduire la chose ainsi: un circuit imprimé représentant le fonctionnement d'un appareil radio est un plan de ville, une constellation, la liste des personnes mortes pendant l'hiver, quelques grains de beauté sur le visage d'un gamin qui vient juste de tuer un chat dont le nom serait Orion, le résumé aléatoire d'un livre qui fut d'abord éparpillé en miettes dans une vingtaine de revues différentes (peut être la fragmentation du récit prendra t'elle ici toute son importance lorsqu'on aura appris que, effectivement, les chapitres d' Autres Électricités furent d'abord publiés séparément – la liste exhaustive de cette dispersion est disponible à la fin de l'ouvrage )... un livre éparpillé puis recollé, réamorcé par un travail de l'imaginaire, un peu comme ce qui est demandé au lecteur des Fragments de Lichtenberg: on y découvre un roman & peut être même une histoire. Nous revoilà dès lors avec tous ces fragments dans les mains, si essentiels & on pourrait prendre la communauté de Houghton & les personnages d'Ander Monson comme prisme. La petite communauté de Hougthon rompu à la sévérité de morts récurrentes qui bourgeonnent à chaque fois que la glace en a décidé ainsi & dont la densité du maillage est incongru tant elle accentue en même temps la solitude de chacun. Curieusement, l'élément le plus tangible du livre est tout ce qui n'y est pas/plus, le vide, le manque, cette distance qui intervient régulièrement avec le souvenir d'une mère disparue, d'une amie assassinée, d'un amour noyée, d'un frère manchot (peut être l'histoire centrale), d'un père absent (« Ton père n'est plus lui-même mais une simple ribambelle de mots encodés dans l'air de la nuit, en oripeaux de radio ondes courtes »... Aïeuh). La distance qui sépare chacun de ces personnages est déraisonnable en ce sens qu'elle les fige dans une solitude insupportable. Bien évidemment le morcellement du récit est aussi un procédé formel qui vise à mettre en avant la non-cohésion d'un certain lien social. Oui. Certes. Mais surtout/& aussi une absence de sens qui ne cherche pas forcément de réponse.
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Une introduction hasardeuse au chapitre suivant portant sur la ville américaine comme espace émotionnel En presque vingt huit ans passés dans la deuxième ville de notre Belle République les incitations imaginaires furent nombreuses & quasiment incessantes mais il n'a fallu qu'une seule phrase prononcée par une coiffeuse borgne dans un village des Alpes du sud (Monêtier-les-Bains pour être précis, d'où je tape ces quelques mots) pour me plonger dans un monde vacillant allègrement entre le quotidien le plus indolore & une série de connexions où l'absurde & le surréalisme semblent travailler dur pour tout foutre en l'air. Colette Manette (ça n'est évidemment pas son vrai nom mais elle a droit à toute ma discrétion même si il est peu, mais alors très peu probable, que les membres de la communauté de Monêtier-les-Bains ne tombent un jour sur ces lignes), donc: Colette Manette est borgne mais ça ne l'empêche d'être une coiffeuse disons... diligente à défaut d'être révolutionnaire. En plus de ça, elle parle beaucoup:
« Vous chavez (elle machouille quantité de choses alors même qu'elle fend la bise dans mes cheveux: aujourd'hui des navettes trempées dans du thé), depuis que cha ch'habite ici, palabrait Colette Manette, pas loin avant qu'on nous ait offert chette satanée... gloupr... bon ché navettes... chette coupe dorée pour des types qui se trimballent en mi-bas, eh ben quoi, ça nous fait dans les alentours de 98 si chuis dans le tas, ben donc voilà que depuis ce temps là, à chaque fin de saison c'est le même tsoin-tsoin. _ C'est à dire?" Elle déglutit tant qu'elle peut. C'est sûrement pour dire quelque chose d'important & attention, voici venir la fameuse phrase dont je parlais plus haut & qui m'a plongé dans une torpeur créatrice sans nom: "Eh ben la vallée elle connaît une vague exponentielle de suicides, voilà donc de quoi il en retourne M. Bruyant. _ « Exponentielle » dites vous? _ Pile dans le mille. C'est le mot qu'ils ont utilisé dans le Dauphiné. L'ai pas compris d'abord puis y'a machin qui m'a dit que c'était comme une bombe qui faisait beaucoup de dégâts puis encore plus de dégâts la fois après & ainsi voilà donc à chaque fois suivante (Couique! Couique! ma nuque) Vrai? _ Pile dans le mille chère Manette. _ Oh! appelez moi: Cholette. _ Cholette? _ Non, CHOlette... (avale avale petite coiffeuse & couique & requoique!)... Colette, pardon. Les madeleines. _ Pas de soucis." Elle s'enfourne un nouveau gâteau dans la bouche puis un autre. Comme du charbon dans la chaudière. " Vous savez, vous êtes tout frais par ici M. Bruyant, mais un jours vous aurez droit à vot' bleuet. Comme tout le monde. Vouais, vouais. _ Un bleuet Colette? _ Vouais, parce qu'on les retrouve dans la flotte glacée de la Guisane où qu'y font un saut & leur bouche est bleue comme... ben voilà quoi, comme un bleuet en fait. _ Oh. _ Mon premier moi j'y ai pas cru tout à coup. Croyais qu'il faisait un sieston. Tu parles d'un sieston fiston! Ah! Tout habillé dans la baille & j'ai eu beau lui ficher un coup de pied dans les côtes il a même pas bronché. Mort tout plein. _ Votre premier? _ Ben vouais, j'en suis à mon quatrième là. _ Exponentielle, hein? _ Mmmm & encore c'est rien, Pipo de la station service eh ben il en est à son septième lui. Record en cours. _ Mais qu'est ce qui leurs prend à se jeter dans la rivière en fin de saison? Comme ça._ Le climat. La solitude. Trop de génépi peut être. Qu'est ce que j'en sais moi. Chuis pas journaliste au Dauphiné. Moi, j'coupe d'la tignasse: Couique! Couiqueeuh! _ Ah. _ Une petite mise en plie de rien du tout M. Bruyant? _ Non merci Colette, mes cheveux ne supportent pas la violence des séchoirs. » Oh, mes amis, cette histoire est d'une véracité affolante... rien de tel qu'un de ces petits villages paumés...
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Emotional landscapes Dans son Dictionnaire des Lieux de l'Imaginaire Manguel ne fait pas référence à Monêtier-les-Bains ni au Houghton de Monson d'ailleurs, ce qui est tout à fait normal vu que le premier existe vraiment & que la date d'édition du second est toute récente. Il n'y ait fait aussi nulle part mention de lieux comme Twin Peaks (auquel Monêtier, j'ai le regret de le dire, ressemble comme deux gouttes d'eau) ou Ice Haven, voilà pourtant deux portails d'un imaginaire américain que l'on ne saurait ignorer. A l'image de la chronique familiale dont nous parlions dans un récent article, l'armature fictionnelle de la bourgade comme lieu de liaison entre un monde rationnel & un univers surnaturel & incontrôlable (un peu le rôle que tenait la forêt dans les récit médiévaux... ou dans Twin Peaks puisqu'on en parle) est une constante dans la culture américaine. Que ce soit au cinéma ou à la télé ou en littérature l'utilisation de petites villes comme reflet singulier d'un certain visage de la communauté confrontée à ses plaies les plus profondes, comme scène théâtrale d'une tragédie inexplicable & inexpliquée reste d'une pertinence assez remarquable. Sans parler de fautes de goût du genre Smallville, c'est bien dans la petite ville isolée, repliée sur elle-même, qu'il se passe les choses les plus intéressantes: le Fargo des frères Cohen, Twin Peaks, la banlieue policée de Weeds, Ice Haven, Springfield, le Castle Rock de Stephen King, South Park, le Savanah de Berendt, le Concord de Thoreau & Emerson, Houghton... on peut s'arrêter là mais la liste est longue. On y retrouve une trame commune qui s'articule pratiquement de la même façon que le récit de La Vie Mode d'Emploi de Perec sauf que l'on s'émancipe du seul immeuble parisien & de ses occupants pour embrasser un réseau bien plus vaste. Dans ce genre de récit l'unicité de chaque articulation y est d'autant plus frappante qu'elle demeure en perpétuelle interpénétration avec les autres (les fameuses bulles d'écume de Sloterdjik qui s'agglutinent entre elles, parfois s'imprègnent l'une de l'autre mais restent uniques ou, plus prosaïquement, comme dans Sin City – la BD pas le film – où chaque volume raconte l'histoire d'un personnage qui croise sur son chemin d'autres personnages, lesquels joueront les premiers rôles dans les volumes suivants). C'est à ce niveau de la construction qu'on se rend compte qu'une petite ville sans histoires est bien plus intéressante qu'une mégalopole pour y jouer une pièce de théâtre. C'est une scène dont le côté jardin est à taille humaine & qui rend l'apparition de l'étrange (weird) encore plus saisissante. Il suffit d'allumer la mèche & d'attendre: dans Twin Peaks c'est la mort de Laura Palmer qui met à nu toutes les traîtrises & les complots d'une bourgade sans histoires donc (dixit Jean Renault & son vrai faux accent français en or massif) où les doghnuts flottent sur des litres & des litres de café noir, noir comme une nuit sans lune (dixit l'agent Cooper); dans Ice Haven c'est la disparition de David Goldberg (mentalement copiée sur le fameux crime de Leopold & Loeb, lui-même réutilisé par Meyer Levin dans Compulsion... Crime en français), dans Bazaar de Stephen King c'est l'ouverture d'un nouveau magasin en ville etc etc... dans Autres Électricités les sources de l'éclatement du récit sont nombreuses & instables: la mort de Liz, celle de Carrie, celle de la mère du narrateur. Le vide & le manque sont partout. Mais l'interpénétration reste la même - ainsi l'arbre généalogique des relations entre les personnages présent dès les premières pages, avec liste complète de ces derniers suivi d'un petit descriptif & de quelques mots clés... didascalies de lecture & non plus de jeu comme au théâtre. On retrouve ce « générique » à la fin de Ice Haven, par exemple, où les personnages présents anonymement sur la couverture se retrouvent fichés sur la quatrième (la tête d'un agent de police est là, au-dessus, comme pour chercher le coupable). Ice Haven sur ce point (introspection rétro-active sur le récit même, limite: métafiction à la Mulligan Stew) va plus loin que Autres Électricités dont il nous ait simplement indiqué que le protagoniste principal (si tant est qu'il y en est vraiment un) est « par moments peut être l'auteur ». Dans l'histoire de Daniel Clowes, c'est le personnage de Harry Naybors, le critique de comicbooks, qui tient le rôle de mise en abyme. Il intervient au début de l'histoire dans une sorte d'introduction d'avant lever de rideau & réapparaît à la fin pour donner quelques pistes de lectures, quelques clés savamment distillées. Tout comme le reste des personnages de Clowes, lui aussi est fondamentalement seul. Seuls aussi, ceux d'Ander Monson.
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Deux idées fausses: la neige recouvre tout & les interventions intempestives ne servent à rien Au XIXème siècle le roman se voulait mimétique paraît-il, le roman balzacien en tout cas, avec sa chronologie sans faille, son sempiternel passé simple, son récit à la troisième personne, son discours indirect libreBREF! Tout un arsenal technique d'une efficacité jamais démentie jusqu'à ce que Joyce, Broch, Musil & Proust viennent un peu foutre le bordel. Le roman s'était déjà révolutionné sans discontinuer (parfois sans s'en rendre compte). Les surréalistes sont passés par là aussi. Aujourd'hui, lorsque je lis un livre comme Autres Électricités je peux apprécier les différents niveaux d'évolution qu'a connu le roman... encore faudrait-il s'entendre sur la définition d'un tel mot & personnel____ Oui? Quoi? Une intervention? A propos de... Ah! Eh bien je t'en pris. Fais donc:
ODOT: J'ai lu le Monson en trois heures pour Chronic'art. C'est abyssalement triste, mais beau & ça m'a aussi fait penser au Ice Haven de Daniel Clowes. Par contre, je trouve ta chronologie du roman complètement elliptique & simplette. Joyce & Proust n'ont pas « foutu le bordel » dans le roman français: le naturalisme & le roman sont des « inventions » du XIX ème siècle dont la vitalité au XX ème est, avant tout, une affaire de conjectures. Limiter les jongleries, l'hypertexte & les fragments au modernisme ou, pire, au post-modernisme, c'est absurde: ils étaient déjà là dans la littérature baroque, ils étaient encore là pendant le romantisme & Mallarmé est mort en 1898... & c'est quoi ton délire avec les esperluettes? PEDRO: Moi ça ne me dérange pas du tout qu'on dise que Joyce & Proust ont « foutu le bordel ». De manière froidement objective, ça manque évidemment de subtilité historique, mais après tout... je dis ça, je dis rien. FAUSTO: Je suis plutôt d'accord avec Odot même si le « roman » invention du XIX ème merde quoi! Non. Age d'or en France, en Angleterre & en Allemagne sans doute, mais pas invention. Par contre ouais... cette espèce de rupture, comme si il y avait une révolution au XX ème siècle je ne suis pas convaincu non plus. C'est la reprise d'une tradition qui voudraient nous faire oublier 1532, 1605, 1760, 1944, 1955, 1972 etc etc... Faut pas répondre à ceux qui disent: le roman c'est le réalisme XIX ème, en leurs répondant qu'on préfère les fouteurs de bordel quand ça n'est vraiment pas ça. Au-delà de ça, j'aime ton papier mais ce dernier paragraphe est à récrire quitte à virer des pans entiers. En fait, la fin de ton commentaire sur la ville de province est déjà (presque) une bonne fin. ANTONIO: Je vous trouve un poil psycho-rigides sur la fin, Odot & Fausto. Lazare dit juste que Proust, Joyce, Musil & Broch_____ LAZARE: Virginia Woolf aussi. Virginia Woolf. Hum, Gide? Un poil plus tard.ANTONIO: Euh, oui. Si tu veux... où j'en étais... Ah! Oui, voilà: donc ce qu'il disait c'est que tous ces auteurs là foutent le bordel dans une tendance XIXèmiste, pas qu'ils révolutionnent l'histoire littéraire. A la limite on pourrait reformuler le texte, histoire d'éviter les contre-sens, mais personnellement, je ne lis aucune erreur. FAUSTO: Psycho-rigides? Tu veux que je te crame la barbe? ODOT: C'est une question de précision. Si Lazare veut publier que Pynchon est né en 1789, c'est son droit le plus strict. Mais du moment qu'il en parle ici... OTARIE: Ces histoire de dates ça me dit quelque chose... Sinon, en rapport au papier: je me demande si tu ne ferais pas mieux de déplacer d'un côté les lieux géographiquement isolés (Twin Peaks ou le truc froid du bouquin en question) & de l'autre les lieux qui sont pris comme isolés mais présents au sein d'une zone urbaine ou je ne sais pas quoi plus grand... hum... je m'aperçois que ça ne veut pas dire grand-chose... du moins ça a l'air plus logique quand j'y pense, même si la limite peut être ténue. Je l'ai bien aimé le livre. ODOT: Ce que je dis c'est qu'on a pas la même définition du roman. Le roman n'a pas été créé au XIX ème siècle. Il vivait jusque là dans un état, disons... d'incertitude. En revanche, le « roman » comme objet délimité & majeur de la littérature est bien une « invention » du XIX ème. Je maintiens.
LAZARE: L'idée d'utiliser cette amorce venait simplement d'une difficulté à introduire ma conclusion sur la beauté obscure & poétique des fragments chez Monson. Mais maintenant je me rends compte que ça peut être assez intéressant & c'est pourquoi je propose 1) soit je vire ce dernier paragraphe comme l'a proposé Fausto ou 2) soit j'y incorpore toutes vous réactions dans une sorte de parenthèse métafictionnelle en forme de dialogue portant sur la qualité de cette chronique & de l'utilisation du terme « roman » notamment au XIX ème siècle. ODOT: Très marrant cette idée de parenthèse.
Bon je reprends... alors, rien de franchement révolutionnaire ici. On a vu des romanciers, depuis Sterne, malmener leurs lignes avec plus de rage que ça & le simple fait de mettre des dessins de circuits imprimés entre les chapitres ou un arbre généalogique en incipit n'y changera rien. La grande force du livre de Monson c'est l'utilisation de ces fragments de textes, de vie, qui vont chercher derrière les mots d'autres moyens d'appréhender le manque, les zones cachées de chaque histoire (« ...cette histoire est un réflexe contre le chagrin. »). « La moitié obscure » selon les mots de King. Un autre mode de connivence entre deux franges d'un même monde qui sont si différentes & qui, pourtant, sont irrémédiablement collées l'une à l'autre. De là vient cette beauté bizarre qui émane du livre: Autres Électricités c'est aussi un recueil de merveilleux poèmes. De la poésie en prose - une écriture calme branchée sur courant alternatif, pleine d'une étrange attraction qui brille de quelques invocations: mots; instructions; nécrologies mélancoliques; corrélations inattendues; schémas vaporeux; assemblages de signifiants qui seront ensevelis à la prochaine chute de neige... à la prochaine virgule. Cette neige garante d'une sorte de pureté mais seulement pour quelques heures, le temps que viennent les premières traces de pneus, de pisse de chiens mêlées à la boue. Oui, c'est un Spleen de Paris transfiguré dans cette étrange péninsule de Keweenaw qui ne mène nulle part. Juste à un texte magnifique.


Ander Monson, Autres Electricités (Cherche-Midi)
Daniel Clowes, Ice Haven (Cornelius)
David Lynch & Mark Frost Twin Peaks (DVD)


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