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Carence En Magnésium?

Par Mélina Loupia
"Je déteste quand tu m'engueules". Et il a filé dans sa chambre sans que je l'invite à le faire. Vexé. Quand Arnaud se retranche ainsi, il sait que j'ai raison, il sait qu'il a tort et sa colère, il va la tourner contre lui sur son territoire. Autopunition en signe de demande d'absolution. Il s'est endormi dans ses larmes. Il est 13 heures et on n’a pas encore mangé. C'est les vacances. Ma sœur cadette a donné la vie pour la première fois jeudi dernier et j'ai hâte de faire plus ample connaissance de ma mini-nièce que j'ai aimée au premier regard. J'ai reçu hier l'une des plus belles mises en lumières récompensant mes écrits. J'ai des papiers à rédiger dont les annonces me parviennent de plus en plus régulièrement et signifient non seulement un revenu supplémentaire mais une expérience enrichie. Cette semaine, la fête des morts sera joyeuse avec l'anniversaire de ma sœur aînée et les 2 jours de repos consécutifs de Copilote. Jérémy et Nicolas sont partis pour la semaine. Je passe mes journées avec mon petit dernier. Nous nous en étions réjouis tous les 3. Non pas de l'absence des frères en ce moment ennemis, mais du vaste champ des possibles que cette nouvelle et rare configuration familiale augurait. Les journées plus courtes qui donnent envie de se prélasser au fil des heures. Les matinées silencieuses, douces, réveillés naturellement par la nuit lassée de nous. Les repas pris en duo à midi et en trio le soir. Les soirées calmes au gré du programme télé et des interrogations de chacun. La sensation de profiter de chaque seconde sans rien gérer ou presque. C'est ce que j'avais proposé à Arnaud. Me consacrer entièrement à lui. Il allait pouvoir m'utiliser à sa guise. Nous en avions besoin tous les deux. Ainsi, depuis samedi matin dernier, tout a été fait conjointement. Toutes les limites fixées à 5 ont été élargies, tout ou presque a été permis. Je profitais d'Arnaud comme mon enfant. Il profitait de moi comme sa mère. A toutes ses questions de plus en plus déroutantes, j'ai répondu. A toutes ses demandes matérielles j'ai accédé. A tous ses caprices j'ai cédé. J'ai eu le bonheur de connaître la béatitude de ces mères américaines proprettes que l'on voit attendries et chérissantes rien qu'à l'idée de sermonner leurs chérubins dès leur retour de cure de désintoxication ou pris en flagrant délit à dévaster le jardin des voisins. Quel bonheur d'acquiescer tout le long de la journée et de soupirer en souriant. Mon enfant pompe mon oxygène vital, envahit mon espace personnel, interrompt systématiquement la moindre tache que j'entame et me coupe la chique en me demandant s'il a raison de penser que demain, lui aussi, il sera un homme préhistorique, ou comment se fait-il que je ne puisse plus émettre de chèque alors que mon carnet en est encore rempli. Mais quelle joie de ne le voir vivre qu'à travers mes yeux. Une trêve, une parenthèse brève dans nos vies respectives. Le bénéfice a été grand mais de courte durée. Ce matin, en même temps que le soleil dans le ciel, ma plénitude avait disparu, comme chassée par le vent trop violent de la nuit. Les jouets que j'avais autorisé Arnaud à laisser errer dans la salle à manger tant qu'il n'aurait pas terminé la construction d'une résidence de luxe pour figurine japonaises à venir ont agressé ma vue d'entrée de jeu. Sa petite voix est apparue soudain criarde, alors qu'il me demandait encore une fois si c'était sûr que le facteur serait bien là demain, vu que jeudi c'est la fête des morts et que ce matin, le vent souffle trop fort pour garantir la sécurité des avions qui sont sensé acheminer le courrier vers l'agence postale la plus proche, que j'ai dû aller lui montrer hier, ce à quoi il s'est interrogé sur la fiabilité de la conduite du facteur qui lui, devait lui apporter son colis en fin de matinée. "Si pour faire 5 kilomètres il doit mettre 4 heures, soit il conduit pas très bien, soit il flâne maman." En temps normal, je lui aurais répondu que les deux mon capitaine, mais là, c'est un long soupir qui a remplacé ma répartie légendaire. Assise devant l'écran de Marilion, la poussière qui le protégeait déjà la veille m'est apparue vile et porteuse de miasmes, témoin muet de l'abandon domestique dont je faisais preuve avec délice depuis 3 jours. Le café est devenu amer au fur et à mesure de l'avancée de la matinée. Même les cigarettes, que j'affectionne tout particulièrement avant midi et en quantité semblaient avouer le crime qu'ils étaient en train de commettre dans mon corps. Quand le téléphone a sonné, vers 13h, le numéro que je ne connaissais pas ne m'a pas donné envie d'afficher mon sourire commercial. C'était Jérémy. Tout semblait aller bien et je n'ai pas pu m'empêcher de le sermonner. Lorsque visiblement déçu de notre échange, il a passé le combiné à Nicolas, je n'ai pas été plus tendre. Polie et autoritaire, les bisous en plus. Le repas a été pris à la hâte. Le petit voisin de dessous est venu jouer, il est encore là. Je reçois actuellement des mails dont j'appréhende le contenu avant même de découvrir les expéditeurs et les contenus. Je rédige des papiers pour les journaux mais le cœur n'y est pas. J'envisage soudain cette semaine comme nulle et non avenue. Malgré tout l'aspect positif du lendemain, rien n'y fait. Je viens de pleurer comme une jouvencelle devant une fiction américaine et une publicité pour de la pâte à tartiner au chocolat. Le chocolat. Je devrais en manger plus. Peut-être ai-je une carence en magnésium?

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