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Une sentence attribuée à Socrate par Shahrastani

Publié le 30 octobre 2007 par Vincent

Avant de rendre les deux tomes de Shahrastani à la bibliothèque (vu que je suis en retard, je vais être suspendu), je voulais m'intéresser aux énigmes que l'auteur attribue à Socrate. Il nous dit: "On a de Socrate des énigmes et des symboles (alghaz et rumûz) qu'il proposa à son disciple Archigénès, et il donna la solution dans le livre intitulé Phédon; mais nous les présenterons détachés et à la suite". Notons au passage qu'énigmes et symboles, voilà ce qu'on a tendance à atrribuer à Platon dans la philosophie arabe,  ce qui est un argument pour préférer Aristote à Platon, le premier étant censé être plus clair. N'en soyons pas étonné, c'est ce que j'ai coutume d'appeler le phénomène d'attraction, lequel fait que dans la philosophie arabe on peut attribuer à un auteur proche des pensées ou des faits qui ne sont pas les leurs (par exemple, on considère que Platon faisait de la philosophie en marchant - alors que c'est ce qu'on attribue à Aristote. Mais comme  on considère qu'Aristote a succédé à Platon - sic - il y a une logique dans cette erreur).

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Pour en revenir à ces sentences, il se trouve qu'elles sont le plus souvent attribuées (dans la littérature arabe) non pas à Socrate mais à Pythagore (on n'est plus à une inexactitude près). Trois aphorismes (sur 43 environ !) sont éventuellement rapprochables du Phédon original - que Shahrastani n'a pas visiblement pas consulté (remarquez, il ne serait pas le premier à recopier des infos sans préciser d'où il les tient et sans vérifier ses sources) . Ces sentences sont pour le moins obscures. Par exemple:

Emplis le vase de parfum.

(par où il faudrait comprendre d'après la note des traducteurs - emplir son esprit de sagesse)

Tue le scorpion par le jeûne.

(il n'y a pas de note de la part des traducteurs mais celle-là n'est pas dure à interpréter, le scorpion, c'est l'âme charnelle, le désir, le nafs - qu'il faut affaiblir puis tuer par le jeûne, c'est évidemment plus musulman que grec a priori)

Enfin, j'en arrive à une autre sentence - sans note du traducteur là aussi - bien mystérieuse:

Ne flaire pas la pomme.

Et là, le spitz japonais avec sa modestie légendaire, a une explication et il est tout étonné que le traducteur ne l'ait pas

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signalé, ne serait-ce qu'à titre d'hypothèse (certes dans le domaine de la philosophie arabe les hypothèses sont légion et il est compréhensible de ne pas les multiplier en vain). Dans le monde arabe et persan, le Phédon est connu sous le nom de Kitab at tuffaha - Le livre de la pomme - titre latin: De Pomo (remarquons que c'est nous qui faisons le rapprochement, les arabes ne sont pas forcément doutés que le Phédon et le De Pomo étaient en réalité une même oeuvre) .En vertu du phénomène d'attraction évoqué plus haut, ce ne sont pas les derniers instants de Socrate qui sont racontés mais ceux d'Aristote (LE philosophe qui a fini par s'imposer dans le monde oriental). Selon les versions donc, Socrate ou Aristote vit ses derniers instants en tenant une pomme dans la main dont le parfum l'aide à se rattacher au monde terrestre.

Donc (roulement de tambours) Ne flaire pas la pomme signifierait Ne sois pas attaché aux choses de ce bas monde.

Bon, c'est une hypothèse ceci dit. Ne crions pas victoire - ce serait trop beau. Toujours est-il que cela peut donner une petite idée de toute la difficulté que rencontre le chercheur lorsqu'il examine les sentences attribuées à tel ou tel philosophe grec. C'est tout sauf évident !


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