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Tout le monde veut prendre sa place : le fumiste

Publié le 13 avril 2009 par Plumard

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Homme ou femme, le candidat devra bénéficier d’une expérience de 5 à 15 ans. Il sera amené à travailler en autonomie. Á la rubrique « formation », il est mentionné « indifférent ». J’étais pourtant convaincu que certaines filières prédisposaient à la fumisterie. Le secteur de l’esbroufe souffre-t-il d’une crise des vocations, justifiant que les recruteurs soient soudain moins regardant sur les diplômes ? J’en doute. Le poste est basé à Calais – tout compte fait, c’est son seul inconvénient.

Le salaire n’est pas mirobolant, mais c’est tout de même honnête : aux alentours de 9 euros de l’heure. Bien des plaisantins ne s’en tirent pas à si bon compte. De manière générale, la farce n’a jamais été très rémunératrice, hormis dans l’art contemporain peut-être. Et encore : nombreux sont les artistes qui rament vraiment avant de parvenir à mystifier une municipalité pour sous-tirer quelques subsides. Bref, ce poste est une aubaine. Par les temps qui courent, peu de fumistes parviennent à vivre de leur art ; je veux être l’un deux.

Monsieur l’employeur,

Je n’atteins pas les 5 années d’expérience requises, ce cap fatidique qui aurait fait de moi un fantaisiste patenté. Qu’importe, pourquoi ne pas tenter ma chance ? Un bon fumiste n’est-il pas avant tout un bon communicant, un « storyteller » enthousiaste ? J’ai pour moi d’être encore jeune et vif d’esprit, j’ai de l’ambition à revendre et, même si je manque encore un peu d’assurance, je suis certain d’être votre homme.

J’ai été à l’Université et j’ai beaucoup appris. J’ai observé un grand nombre de gens peu fiables et pas vraiment sérieux qui, lovés dans de moelleux fauteuils de bureau ou s’exprimant avec emphase depuis des petites estrades,  étaient d’authentiques grossistes en fumisterie. A leur contact, j’ai acquis les réflexes et postures du professionnel.

Je sais, Monsieur, que les fumistes constituent une corporation difficile d’accès. Y être accepté est un honneur auquel peu peuvent prétendre. Manifestement, les fumistes de Calais sont en sous effectif et vous proposez de rejoindre vos rangs sans même passer de concours. Sachez que je connais la difficulté de ces derniers, qui nécessitent souvent d’y investir l’énergie de toute une vie (ce qui explique peut-être l’apathie qui affecte certains candidats dès lors qu’ils ont obtenu le précieux sésame). Aussi, si votre choix par miracle se porte sur moi, croyez-moi, Monsieur, je ne vous décevrais pas. J’emploierais tout mon zèle pour démentir l’image négative qui, trop souvent encore,  est  associée aux fumistes (oisiveté, nonchalance, mauvaise foi etc.)

Veuillez, Monsieur, accepter mes plus fumeuses salutations.

Malheureusement, les choses sont moins simples qu’il n’y paraît. Après une recherche sur wikipédia, je m’aperçois, désapointé, que le fumiste n’est autre qu’un ouvrier s’occupant d’installer et de réparer les conduits de cheminée. (L’usage de ce mot pour qualifier un plaisantin ou un farceur ayant pour origine un vaudeville de1840 : « la famille du fumiste », dans lequel un homme exerçait le métier de fumiste.)

Du coup, j’abandonne sur le champ ce projet de reconversion. Et je retourne à ma captivante lecture : « Tribulations d’un précaire » de Iain Levinson. C’est l’histoire d’un américain qui, après une licence de lettre, enchaîne une quarantaine de petits boulots précaires. Un livre « drôle » et  « juste » d’après Le Monde. Faut bien s’occuper.


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