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Ma SaintéLyon 2009

Publié le 10 décembre 2009 par Vinz

Je coupe tout de suite tout suspense :

  • J’ai fini ce parcours de 69 km entre Saint-Etienne et Lyon.
  • J’ai mis 8 h 49 min. Soit 4 min de plus que ma prévision.
  • J’ai fini 1686ième sur 3652 classés à l’arrivée (4700 au départ). Complètement accessoire.
  • Je suis 784ième sur 1522 classés à l’arrivée (2030 au départ) dans ma catégorie des seniors mâles. Que de chiffres.
  • 149 pulsations cardiaques par minutes en moyenne. 185 au maximum (je ne sais pas quand).
  • 7276 kilo-calories brûlées. Une dose de Kinder Bueno d’avance.
  • Je n’ai plus de courbature après 48 h et monte Fourvière et la Croix-Rousse pour la Fête des Lumières.

Maintenant passons aux choses sérieuses :

La semaine précédente

Gérer un marathon qui démarre à 9h du matin le dimanche, c’est un classique que je commence à connaître pas trop mal. Mais, la SaintéLyon nécessite une autre organisation car le départ est à minuit. La question est alors de choisir entre progressivement avancer ses heures de levés ou repousser ses heures de couché. Et on mange quand dans ce cas là si on ne veut pas être en pleine digestion pendant la course et si on ne veut pas se soulager au milieu de la nuit dans un discret coin de bois.

Le soutien des anciens est alors crucial pour répondre à ces questions et les miens sont Catherine, Patrick et Bruno. Les solutions sont simples :

  • Manger des pâtes toute la semaine pour apprendre au corps à synthétiser de plus en plus de sucres lents à partir d’une même ration. Non pas pour faire des réserves.
  • Boire 3 litres d’eau par jour pour une hydratation maximale des muscles. Ceci afin d’éviter les crampes par une concentration trop forte en acide lactique.
  • Aucun entraînement pendant cette semaine. Il faut éviter la prise de risque qui pourrait anéantir des mois d’efforts. Ce n’est pas un examen où l’on révise jusqu’à la dernière minute.
  • Dormir 10 heures par nuit. On ne fait pas de réserve de sommeil mais on met en place un rythme, une décontraction et on s’habitue à être hanté par la SaintéLyon même les yeux fermés.
  • Solutionner tous les petits soucis du quotidien pour avoir l’esprit libre.
  • Ne pas écouter des musiques qui ne soient pas de ses goûts car elles ressortent pendant les temps morts de la course à cause de la fatigue. Moi, je me suis retrouvé avec Dave au milieu de la nuit…

Le départ

Le départ de la SaintéLyon ce n’est pas à minuit le dimanche 6 décembre 2009. C’est plus exactement à la sortie du bureau le vendredi soir. A partir de cet instant, il n’y a plus qu’une chose qui compte et chaque heure a été pensée et planifiée pour la course. Le repas de pâtes de vendredi a été à 18 h. Le temps de boire encore quelques décilitres et c’est couché tôt vers les 21 h. 12 heures de sommeil…  Me demandez pas de le refaire sans une bonne raison sportive. Je ne sais habituellement pas le faire. Mon train de vie c’est couché minuit par obligation et debout à 8 h avec la tête du mec pas content s’il n’y a rien dans l’assiette pour se motiver à se lever. Samedi matin, dans l’assiette, y’a des pâtes. Ça ne change pas.

Le samedi matin, c’est la préparation du sac. Je ne vais pas vous faire la liste précise mais il faut prévoir le avant le pendant et le après. Merci à Catherine pour l’information du duvet bien pratique. Puisque les sacs sont transportés par navette du départ à l’arrivée, on peut se permettre. J’avais fait ma liste des choses à y mettre donc ce fut clair net et précis. Midi, pâtes. Et le secret pour tenir : la sieste de deux heures en début d’après midi. Franchement, je n’ai pas dormi mais j’ai tranquillement essayé et me suis finalement reposé le corps et l’esprit.

16 h, départ pour prendre le bus au palais des sports de Gerland direction le parc des expositions de Saint-Etienne. Le billet est un aller-simple. Je retrouve mes compères Patrick et Bruno et nous faisons la route ensemble. Ça parle encore un peu dans le bus mais ça se calme vite et chacun rentre dans une concentration bien personnelle même si on est encore à 6 h du départ. Y’a les adeptes du baladeur sur les oreilles, ceux qui ont leur casquette jusqu’au nez et la plupart ont un regard vide vers la masse noire à droite de l’autoroute : les monts du Lyonnais, le parcours.

Petit intermède humoristique : le chauffeur de bus s’est perdu en arrivant à Saint Etienne et on s’est retrouvé en pleine campagne, dans la nuit et sur de toutes petites routes dignes des chemins que nous allions prendre plus tard à pied. Quoique nous ne sommes pas mieux que le chauffeur nous autres coureurs car au parc des expositions de Saint-Etienne, il y a plusieurs hall. Et nous avons pris le premier en face après une vague indication SaintéLyon. Nous nous sommes retrouvés au milieu d’une foire agricole avec vaches, poules et cochons. Juste le temps de respirer le bon air du lieu confiné et on s’échappe pour ne pas succomber à l’appel de la paille fraîche.

Dans le hall réservé à l’accueil des coureurs, il y a quelques stands marchands comme d’habitude, des écrans géants mais surtout beaucoup de place au sol… Je comprends alors que nous avons encore 5 h à attendre et nous devons nous faire une place. Cinq minutes pour récupérer son paquet dossard-casquette-puce et pour contrôler sa puce et nous voilà dans l’attente. Comme à la plage en plein mois de juillet, c’est un étalement de corps que dorment, lisent, discutent et qui profite de la chaleur du lieu. Moi qui pensais avoir froid… Le but est de ne pas se précipiter et de se reposer. Pas facile de dormir mais le but n’est pas là. Il faut parvenir à se concentrer, se détendre et parfois bouger. Par exemple en faisant un tour en enjambant les sacs et en cherchant un hypothétique chemin dans cette masse. Le stress a raison de la dernière ration de pâtes emportée dans les premières minutes. Manger ça détend toujours un français.

  • 20 h, faut accueillir Catherine sous les acclamations du public.
  • 20 h 30, faut visiter le hall avec le ravitaillement pour bouger un minimum.
  • 21 h, faut chercher les étiquettes pour les sacs. J’ai pas un peu mal au mollet ? Ne pas penser…
  • 22 h, faut mettre les sacs dans les bus pour le retour. Mince il pleut.
  • 23 h, faut commencer à se mettre en tenue. J’ai pas un peu mal au genou ? Rester concentrer…
  • 23 h 30, faut sortir. Chouette il ne pleut plus.
  • 23 h 55, faut allumer sa frontale pour la photo.
  • 23 h 58, faut serrer la pince aux complices coureurs de la nuit et à Michèle qui va marcher sur toute la distance.

La course

La course, à se demander pourquoi on appelle ça une course alors que c’est plus un défi personnel le long d’un parcours partagé. Ce terme n’est vrai que pour une vingtaine de coureurs.

Evidemment, ça marche les premiers cents mètres. De toute façon, la puce ne se déclenche qu’au passage du portique de départ. On a le temps. C’est le moment de profiter du public car on se doute qu’il n’y en aura pas trop au fond des bois dans quelques kilomètres. Y’a de l’ambiance. Y’a des flash qui ne nous détruisent pas encore les yeux. Y’a un truc qui se passe autour de nous que l’on a du mal à vivre tellement c’est en dehors de la bulle que l’on a construit pendant des heures. Vivement l’arrivée que l’on puisse lâcher les nerfs et profiter de tout et de tous.

Il fait chaud en cette nuit de décembre autour de Saint Etienne. 4°C dit l’enseigne lumineuse, c’est la température idéale. Le goudron est mouillé mais c’est encore du goudron.

Dès les premiers kilomètres il faut se répéter les maximes suivantes :

  • Ne pas se laisser happer par un rythme qui n’est pas le sien, celui du coureur qui dépasse ou qui est devant.
  • Courir le plus détendu possible. Ne pas forcer. Ne pas tirer sur les foulées. Ne pas accélérer. Rester relax même si ça signifie trottiner quand ça commence à monter et marcher quand le mur est là.
  • Si les coureurs autour de soi sont en train de marcher c’est qu’il vaut mieux marcher au lieu de courir. Dans ce cas, j’estime la majorité toujours a raison par rapport à mon expérience d’une telle distance.
  • Boire toutes les quinze minutes. Manger toutes les trente minutes. J’ai réglé ma montre pour qu’elle sonne tous les quarts d’heure. Je ne l’entendrais jamais durant toute la course à cause du bonnet, des élastiques de la frontale sur les oreilles et du bruit de mes pas. Mais je sais qu’elle est là à me surveiller. Je n’ai jamais manqué mes ravitaillements prévus.
  • S’étirer comme à la fin d’un entraînement à chaque relais. Il y a trois ravitaillements spéciaux où des relayeurs sprinters sont postés. Il y a trois arrêts pour deux mouvements de trente secondes par jambe. C’est quoi six minutes de perdues sur près de 9 h… Finalement, je crois l’avoir fait une ou deux fois de plus. Juste pour suivre à la lettre les conseils de Catherine. Même si elle en a profité pour me doubler par deux fois alors que je les faisais.
  • Ne pas prendre de risque dans les descentes. Rester derrière un gars, c’est bien. Trop près c’est mal. Donc soit se laisser distancer de quelques mètres soit le doubler à un moment sans danger.
  • Se rappeler ses entraînements pour le brevet d’araignée motrice afin d’éviter de trop glisser dans les chemins. Ne cherchez pas cette formation, mon cousin Ivan est le seul à la dispenser et c’était il y a vingt-cinq ans lors d’une semaine aux skis. N’empêche que ça sert. Et le fait de courir détendu permet de ne pas être perturbé ni sujet aux crampes si ça dérape un peu.
  • Détendre les bras de temps en temps. Ils sont lourds ces machins en haut du corps qui servent peu pour courir à ces modestes allures. A la montée, on les colle aux hanches ou aux brettelles de la poche à eau dorsale.
  • Détendre la tête de temps en temps en regardant le paysage. Saint-Etienne en bas à gauche au début, puis Rive de Giers en bas à droite puis Lyon toujours en bas mais devant. Il n’y a pas de brouillard, les lumières des villes sont claires. La lune est timidement présente et l’on se demande si ce n’est pas une frontale de plus. La file de vers luisants est agréable à regarder mais ça consomme de l’énergie de se retourner pour l’observer ou de lever les yeux. Ce ne sont pas les frontales que l’on voit mais les bandes réfléchissantes éclairées par les suivants. Et assez vite, il n’y a plus que les bandes qui réfléchissent. Tiens, Lyon a disparu. Déjà que je ne reconnaissais pas les quartiers, là je ne vois plus rien. Nous approchons et les collines finales vers Chaponost, Beaunant, Sainte Foy les Lyon et Fourvière nous cachent la ville. On se retrouve dans le noir complet sans repère du travail encore à faire pour en finir.
  • Se protéger les yeux quand on arrive dans un village, une ville ou un croisement avec des voitures aux phares éclairés. Malgré la lumière de nos petites lampes, nos yeux sont en mode nocturne. Donc il faut un temps certain pour se réadapter aux lumières des ravitaillements ou des flashs des appareils photographiques.
  • Economiser les muscles, les voûtes plantaires ou les genoux qui font les premiers souffrir en compensant légèrement sur l’autre. Surtout pas complètement pour ne pas risquer le sur-incident bloquant. Pour moi, ce fut un genou qui me fit souffrir. Le dos aussi car ça tape dans les descentes quand on n’a plus la force d’amortir les chocs avec les cuisses. Heureusement, la boue n’est pas rentrer dans mes chaussures pour y glisser un petit caillou blessant ni humidifier de trop mes pieds afin d’y allumer une ampoule. Tout à tenu presque bon. Deux jours après tout semble aller mais le repos est nécessaire pendant quelques semaines.

La course, ce n’est que ça. Se répéter en permanence ces petites choses, les appliquer et bénéficier au fil des kilomètres des bienfaits de chaque concept, idée, conseil et avancer. Toujours avancer.

Une ligne droite presque plate sur du goudron, ce sont des kilomètres qui incrémente son compteur. Il ne faut pas perdre le rythme pour accumuler les bornes. Ce n’est pas qu’à l’entraînement qu’il faut enfiler les kilomètres comme des perles à un collier qui prend de plus en plus de valeur. Il faut avoir le même état d’esprit pour cette nuit car chaque kilomètre pris en courant est un kilomètre en moins à faire. De toute façon, en marchant cela aurait été pire. Plus long, plus consommateur en énergie mentale pour redémarrer et moins galvanisant en terme de motivation et d’autosatisfaction. Les plus beaux, ce sont ceux où l’on court presque au sommet d’une côte. Elle n’est pas encore finie mais déjà on relance. On n’attend pas le plat ou la descente. On est encore dans le coup quand on arrive à reprendre la course avant le col.

Au milieu de tout ça il y a les ravitaillements où l’on se frotte les uns aux autres pour un verre de coca ou un morceau de pain d’épices. Normal vu le nombre de coureurs. Finalement, rien de bien nécessaire quand on a une poche à eau toujours pleine grâce à des robinets de remplissage hors des tables surchargées. Et les poches gonflées de barres de pâte d’amande ou de figues. Un dîner à la chandelle en solitaire à chaque montée. Un festin de sucres lents pour éviter la fringale, la routine et le coup de moins bien. Ça n’a pas suffit car j’ai par deux fois eu l’esprit qui divaguait trop pour être lucide. Les ombres tournent, les autres coureurs semblent fumer, sourire, déguisé alors qu’il n’en est rien.

Finalement, il y a les quais du Rhône et le parc de Gerland. Seul dans le petit matin, j’ai un arrêt de motivation sur la longue ligne droite mais ce n’est pas le lieu ni l’endroit pour ça. On tête un peu d’eau, on s’insulte pour reprendre contact avec la réalité : on va finir la SaintéLyon. Puis on arrive à l’entrée du parc de Gerland. Là, une spectatrice crie « Vous ne finirai pas en 10 h, ni en 9 h mais en moins de 9 h.« . Mince alors, ça fait deux heures que je n’ai pas regardé ma montre. Et ça ne vaut pas la peine. J’arrache mon bonnet et ma frontale qui depuis longtemps ne sert plus à rien. Je sprinte, tout est relatif, les dernières centaines de mètres et j’arrive au palais des sports de Gerland.

Bruno est là pour m’accueillir. Il a du abandonner pour cause de maux de tête. Catherine est arrivée quelques minutes avant moi. Patrick arrive 2 heures après courbé et traînant ses crampes comme un fardeau. Michèle arrivera bien plus tard encore. Nous avons fait la SaintéLyon 2009.


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