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Une poupée qui parle pour Noël

Publié le 12 décembre 2009 par Magda

Une poupée qui parle pour Noël

Une maison de poupée (Ibsen) au Théâtre de la Colline, Paris, jusqu’au 16 janvier 2009

Je suis allée voir Une maison de poupée d’Henrik Ibsen au Théâtre de la Colline à Paris, mise en scène par Stéphane Braunschweig, futur directeur des lieux.

Cette célèbre pièce raconte, de façon plus qu’étonnante, l’émancipation d’une femme de la bonne société norvégienne en 1879. Nora n’hésite pas à quitter son époux, Torvald, et ses enfants, pour aller vivre seule et travailler par elle-même, ayant découvert que Torvald était incapable de la comprendre et de lui parler comme à une adulte.

C’est évidemment, en 1879, un pavé dans la mare, au point que Lord Chamberlain fit interdire le texte en Angleterre et qu’en Allemagne, la comédienne interprétant Nora força Ibsen à modifier la fin de la pièce, faisant rester l’héroïne dans son foyer.

Chaque représentation d’Une maison de poupée est évidemment une invitation à réfléchir sur la manière dont les femmes ont été et sont encore considérées, dans un monde dominé par un système juridique, économique et social écrit et pensé par des hommes.

La mise en scène de Braunschweig, cependant, ne restitue pas toute la force de rébellion du texte d’Ibsen. Dans un dispositif scénique écrasant et vide, classique des scénographies de Braunschweig, les héros sont effectivement réduits à l’image de poupées… de poupées qui parlent. Un ami, acteur allemand de Berlin, me racontait récemment : il y a une blague qui dit : “Quand il y a une pause dans les dialogues, c’est du théâtre allemand. Sinon, c’est du théâtre français.” Rien, dans cette mise en scène, n’arrête le bavardage des acteurs, si ce n’est une tarantella bienvenue (très joliment dansée par Chloé Rejon).

A force de laisser ses personnages dans leur état bourgeois, incapables apparemment de s’arrêter pour prendre une respiration métaphysique, Braunschweig ravale parfois Une maison de poupée au rang d’un épisode de Desperate Housewives. Ce n’est pas faute d’avoir de bons acteurs – Chloé Rejon est vivante, étonnante, et aussi charmante qu’une poupée d’ailleurs ; Philippe Girard a la classe des Marielle est des Noiret. Ce n’est pas faute d’être un bon metteur en scène – Stéphane Braunschweig m’avait bluffée avec Brand (Ibsen), 5 heures de prophétie sur fond de déserts de neige, superbe! et avec Les trois sœurs (Tcheckhov) toujours si mal mis en scène d’habitude.

Dommage. Il est encore d’actualité de jouer et rejouer Une maison de poupée. Même devant ce public intellectuel et raffiné du Théâtre de la Colline? Oh oui, même devant lui. Mais où est le nouveau Peter Brook qui aura envie d’emmener Une maison de poupée en Afrique? Monte-t-on Une maison de poupée en Lybie?


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