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Les profils ICC

Publié le 21 décembre 2009 par Thibaut Hofer

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Les profils ICC

NIVEAU ALCHIMISTE

Les profils ICC sont indispensables en colorimétrie et gestion de la couleur.

Comment s’intègrent-ils dans la chaîne graphique libre? D’ailleurs, le peuvent-ils?

Chaîne graphique
Tous systèmes d’exploitation

ÉTAPE 1

Petite histoire du profil ICC

Les différentes étapes de la chaîne graphique intègrent plusieurs espaces colorimétriques. Ces espaces s’étendent physiquement sur un sous-ensemble de couleurs avec des données X, Y et appelé gamut. Chacun de ces gamuts s’étend différemment et vise à se rapprocher le plus possible de la vision humaine, en incluant les contraintes matérielles du support auquel il est rattaché.

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(SVG sur Wikimédia Commons, voir licence)

Le schéma ci-dessus démontre la difficulté qu’il peut y avoir à faire coïncider les zones de couleurs couvertes par l’écran, sur lequel vous travaillez, et par l’imprimante, destination finale de votre fichier de travail: non seulement le gamut imprimante est plus petit, mais il recouvre en outre des zones de couleurs non couvertes par le gamut écran.

Pour faire coïncider les différents espaces et sous-ensembles de couleurs présents dans la chaîne graphique, tout en préservant au mieux la correspondance des couleurs, l’International Color Consortium a créé des profils de caractérisation qui ont aujourd’hui pris son nom : les profils ICC.

ÉTAPE 2

Comment fonctionne un profil ICC?

Tout le travail d’un profil ICC est de faire correspondre les couleurs de façon progressive entre deux espaces colorimétriques indépendants, par exemple entre RVB (incluant votre gamut écran) et CMJ (incluant le gamut imprimante).

L’opération fait intervenir deux profils différents: l’un est le profil source, l’autre le profil de destination. Le premier, dans notre exemple, est un profil RVB (par exemple sRVB), le second un profil CMJN (par exemple ISO Coated).

Lorsqu’elle s’effectue entre deux profils, par exemple d’un profil RVB à un profil CMJN, la conversion transite par un espace de traduction. Chaque profil renferme plusieurs tables de correspondance qui décrivent les nuances du profil source en vraies couleurs. Ces vraies couleurs sont rendues dans l’espace de représentation le plus large et proche de la perception humaine : le L*a*b.

Les gamuts de deux profils indépendants ne sont pas relatifs. Comme le montre le schéma de comparaison des gamuts à l’étape 1, les sous-ensembles concernés se chevauchent en majorité, mais pas partout. La correspondance entre ces zones ne peut se faire directement d’un profil à l’autre. C’est là qu’intervient le codage L*a*b : ce codage transitoire en vraies couleurs permet d’attribuer des références communes entre les deux profils. Même si la conversion reste nécessairement destructrice, ce procédé est le moins générateur de décalages de couleurs.

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Avertissement: la conversion entre deux profils CMJN se fait aussi par l’intermédiaire du L*a*b. C’est une erreur de penser qu’une conversion entre deux profils du même sous-ensemble ne générera pas d’erreurs. Seuls des profils de lien (device link profiles) permettent de convertir un profil CMJN en un autre profil CMJN en limitant les décalages.

ÉTAPE 3

Profils ICC et taux d’encrage

Le taux d’encrage maximal, taux de couverture d’encre ou TAC (total area coverage) est un étalon de superposition des encres pour créer les tons foncés.

taux-encrage
(image de martwork, voir licence)

En CMJN, les tons foncés sont produits par le mélange des trois couleurs primaires de l’impression: cyan, magenta et jaune. Les tons foncés générés par ce mélange tirent sur le brun. Pour imprimer des gris vraiment gris, il a fallu ajouter une quatrième couleur: le noir.

Lorsque ces quatre encres sont mélangées pour créer un noir intense (appelé noir quadrichromique), leur superposition peut générer des dégâts sur le papier (humidité excessive, coulures, maculage, relief…). Le taux d’encrage maximal est généralement porté à 300%.

La plupart des profils intègrent une automatisation de la limite d’encre, exprimée en %. Les sous-couleurs mélangées pour obtenir le noir seront remplacées par une valeur en noir.

ÉTAPE 4

Où trouver les profils ICC?

Les profils ICC se trouvent bien évidemment sur le site du consortium, mais pas seulement.

Les profils doivent répondre à des spécificités régionales et techniques: machines, papier, encres, etc. C’est pourquoi il existe des associations et organisations de certification qui reprennent les recommandations et supports de l’ICC pour les adapter aux contraintes précitées.

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(image de dennis13, voir licence)

GRACoL et SWOP
IDEAlliance publie des méthodes et profils de calibrage répondant aux normes et certifications américaines sous la forme d’une suite de profils GRACoL, énumérés pour l’heure jusqu’à 7 et d’un très récent procédé proof-to-print baptisé G7. Le profil SWOP est un autre profil américain adapté aux processus d’impression sans sécheur.

Ce qui caractérise les standards américains: encres moins saturées que leur équivalentes européennes, taux d’encrage maximal très supérieur.

>>> Télécharger les profils GRACoL et SWOP 2006.

Fogra et ECI
La Fogra est une association européenne, basée en Allemagne, qui édite un kit d’étalonnage baptisé Altona, produit des papiers dédiés à l’épreuvage, mais surtout une norme de caractérisation dont l’édition la plus récente porte le numéro 47, et sert de support à la création de profils.

L’European color initiative est un regroupement d’experts de la couleur qui partagent leurs compétences pour mettre au point des profils basés sur les recommandations de l’ICC, en concertation avec la Fogra. Ils collaborent également à la suite Altona et au développement de la norme PDF/X-3. L’ECI est très active, et publie des profils à une régularité proche de l’annualité. Les profils CMJN de l’ECI ISO Coated V2 répondent aux problématiques rencontrées sur les presses européennes (notamment le TAC), et leur profil RVB (eciRGB_V2) englobe totalement le sous-ensemble ISO Coated, évitant ainsi de gros soucis de correspondance entre profils.

Ce qui caractérise les standards européens: un taux d’encrage maximal à 330% (et une version limitée à 300% seulement) malgré des couleurs saturées.

>>> Télécharger les profils de l’ECI.

ÉTAPE 5

Profils RVB, profils CMJN

Les profils ne vont pas toujours par paires. Si l’ECI présente ce gros avantage de publier des profils concordants pour les modes RVB et CMJN, c’est une exception liée à la particularité de l’ECI: le rendu des couleurs dans l’industrie graphique. Le photographe, qu’il s’agisse d’impression en local ou de DFAP (digital fine art printing), se contentera d’un profil moniteur en RVB. Outre l’eciRGB, on distingue notamment deux profils RVB parmi les plus répandus:

  • sRGB est le plus courant. Conçu conjointement par HP et Microsoft, il est donc présent par défaut sur une majorité de postes de travail. S’il a l’avantage de favoriser la correspondance des couleurs par sa popularité, son gamut reste limité.
  • Adobe RGB est moins répandu, mais son gamut plus large offre des possibilités de rendu de couleurs bien plus précises. Il reste néanmoins inférieur à l’eciRGB en terme de gamut.

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Gamut sRGB
(SVG sur Wikimédia Commons, voir licence)

Quel profil pour quelle utilisation?
Le choix d’un profil RVB dépend de votre point de vue et de votre configuration. D’aucuns diront que, l’eciRGB étant couplé avec l’ISO Coated, il est adapté à tout écran de prépresse s’appuyant sur ce profil CMJN. En revanche, on pourra vous rétorquer que, bénéficiant d’un gamut très large, ses couleurs ne pourront être reportées à l’impression, et qu’il vaut mieux le réserver à la photographie ou au DFAP. Le mieux reste de considérer sur épreuve la correspondance entre votre espace de travail RVB et l’impression CMJN.

Et le CMJN?
Le choix d’un profil se fait dès que c’est possible avec l’imprimeur. Si votre ISO Coated limité à 300% passera très bien, votre imprimeur peut avoir son propre profil, calibré par ses soins ou par un organisme professionnel comme la Color Academy, et qui sera préférable à tout autre.

ÉTAPE 6

Les profils ICC sont-ils libres?

Les profils répondent à une norme: l’ISO 12647-2. Ce sont des standards renfermant des données: ces standards sont ouverts, mais pas libres. Chaque créateur de profil ICC peut, à l’instar d’Adobe, accompagner le fichier d’une EULA particulière.

Un nombre croissant d’applications open source s’appuient sur ces standards ouverts, par exemple dans la chaîne graphique comme Gimp, Inkscape ou Scribus, ou agissent directement sur les profils, comme SampleICC.

L’intérêt de l’universalité des profils dans le rendu des couleurs a pris tellement d’importance dans l’open source que Firefox reconnaît les profils ICC depuis sa troisième version, et que Gnome color manager le permettra prochainement en natif sur tous les systèmes d’exploitation en gtk.


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