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Sortie DVD: Pigalle la nuit

Publié le 22 décembre 2009 par Gicquel

Pigalle la nuit

« Pigalle la nuit » de Hervé Hadmar et Marc Herpoux (Studio Canal)

Sortie DVD le 05 janvier

Autrefois il y avait la BBC. Aujourd’hui Canal + a pris la relève des très bonnes séries TV. « Reporter », «Mafiosa » , « Braquo » et puis ce « Pigalle , la nuit » , une merveille de (télé) film qui renoue avec le polar, les films d’ambiance et ce Paris que l’on découvre chaque jour, ou chaque nuit un peu plus.

Pigalle la nuit

Igor Skreblin , Yasmine Belmadi et Simon Abkarian trois joyeux loustics pas vraiment méchants

A partir d’un fil rouge conventionnel, les scénaristes-créateurs, Hervé Hadmar (le réalisateur) et Marc Herpoux nous parlent de la nature humaine, de manière très singulière.

De retour en France, Thomas  s’aperçoit que sa sœur Emma  qui vivait dans l’underground parisien, a disparu. En partant à sa recherche, il plonge dans le monde de la nuit, dans ses travers et se retrouve pris entre deux feux; deux patrons de boîte de nuit se disputent la suprématie du quartier.

Le rôle est tenu par Jalil Lespert , qui le conduit parfaitement de bout en bout, surtout que le scénario l’entraîne parfois dans des situations tendues. Il faut alors chaque fois recomposer un personnage d’une extrême complexité.

Pigalle la nuit

Ils le sont d’ailleurs tous ici, complexes et ambigus ; chaque rôle est disséqué dans ses moindres détails, et la façon dont les comédiens s’approprient leur nouvelle identité est assez bluffant. Simon Abkarian a depuis belle lurette endossé des costumes assez différents pour ne laisser aucun faux pli à celui de Nadir. Patron du Sexodrome, il est le roi de Pigalle jusqu’à l’arrivée de Dimitri, qui, malgré ses origines Russes, semble bien connaître le quartier où il dirige le Paradise. C’est Eric Ruf en personne, au regard perçant de l’homme à qui on ne le fait pas et qui surtout a sa petite idée derrière la tête. Il faudrait encore citer Sara Martins, Armelle Deutsch, et l’incroyable Pom Klementieff, que l’on vient de quitter en gentille petite amoureuse (« Loup » vu au cinéma, dans ce blog). Très effeuillée cette fois, elle joue avec des choses que ma mère m'a rigoureusement défendu de nommer ici. «On a tous sa part de coquin» déclare l’ingénue.

Et puis il ne faut surtout pas manquer Catherine Mouchet, dans un rôle très particulier (je ne vais quand même pas tout vous raconter), étonnante de naturel et de simplicité, dans le jeu de piste qu’elle mène avec la caméra de Hervé Hadmar.

Pigalle la nuit

Un réalisateur un peu trop friand des fondus enchaînés et floutés, mais totalement maître d’une mise en scène pensée à la fois dans le cadre du décor et du récit. On devine que le tournage s’est fait en direct, ce qui donne des scènes de rue d’une incroyable vérité, et d’une vitalité qui pose son empreinte sur tout le film.

Cette option fait partie d’un vrai travail d’écriture cinématographique, qui ici et là s’amuse de quelques clins d’œil; j’ai cru ainsi reconnaître dans la scène de la forêt un hommage à «Miller’s Crossing» de Joël Cohen. Il y a aussi cet aperçu de «Irina Palm» de Sam Garbaski (également dans ce blog), avec dans le rôle d’un patron de boîte de nuit Miki Manojlovic (sa ressemblance avec Abkarian est assez frappante), qui contre toute attente s’éprend d’une femme étrangère à son milieu interlope.

La même situation se retrouve dans Pigalle avec Catherine Mouchet, qui s’échappe à la comparaison grâce là encore à une astuce du scénario. De temps à autre, l’histoire nous emmène dans un univers quasi fantastique, où derrière le miroir d’Alice, se cache peut-être la vérité.

Archie Shepp en personne est le fantôme de ce rêve éveillé qui n’oublie pas que dans une autre vie il demeure ce musicien de jazz incomparable. Seul son saxo réussit à faire sourire Thomas. Et nous aussi.

Pigalle la nuit

LES BONUS :

Là encore, près d’une heure de bonheur intégral où l’on apprend que les deux scénaristes ont vécu spécialement dans ce quartier, pour écrire leur film. Le regard de Thomas découvrant ce monde interlope, c’est leur propre vision d’une fiction qui ressemble beaucoup à la réalité.

Du producteur au réalisateur, et les comédiens aussi, tout le monde insiste ainsi sur l’influence d’un tournage qui tient lieu de captage. Au plus près des gens, à tel point que sur certaines scènes de bagarre des témoins ont appelé Police Secours. « C’est ce que j’appelle tourner en life » dit très modestement Hervé Hadmar (ça ne doit pas être facile tous les jours de filmer au milieu de la foule). Et Simon Abkarian de saluer alors «l’inconfort de la situation qui rapporte du confort à la narration ». Pour parler de son métier, le comédien a plusieurs formules. A voir et à entendre.

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