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2 K pour un trône : Kasparov contre Karpov (4ème partie). La revanche mais laquelle ? 1986.

Publié le 22 décembre 2009 par Vinz

A l’issue du deuxième match en novembre 1985, mais le premier en réalité, Garri Kasparov est devenu le plus jeune champion du monde de l’Histoire des Echecs. Il a 22 ans et 7 mois quand il détrône Anatoli Karpov, qui avait régné 10 ans et demi après le forfait de Bobby Fischer. Mais la confrontation est loin d’avoir cessé. Dès 1986 les deux champions resservent un nouveau plat.

kasparov_karpov_1986 timbre

kasparovKarpov Leningrad 1986

Polémique sur le match revanche

Karpov n’a pas renoncé bien au contraire. D’ailleurs, il bénéficie d’une aide opportune de la FIDE qui a rétabli le droit au match revanche. Karpov attend début décembre pour le réclamer et demande que la rencontre débute entre février et avril 1986. Le président (et ami de Karpov rappelons-le) de la FIDE Campomanès soutient la demande de Karpov alors que la règle appliquée auparavant était d’attendre 12 mois à la date du début du premier match. Kasparov n’a pas tardé à s’insurger contre une nouvelle manœuvre de Karpov et de la FIDE. Dans une conférence de presse à Hilversum (Pays-Bas), Kasparov refuse les conditions du match telles qu’elles sont énoncées :  le match revanche n’avait pas été énoncé avant le premier match. Le 30 décembre Campomanès lance un ultimatum  pour le 7 janvier 1986 : ou bien Kasparov accepte que le match commence le 10 février, ou bien il est déchu de son titre.

Mais les temps semblent changer. Campomanès retire sa menace, les règlements de la FIDE stipulent que les deux joueurs ont deux semaines pour donner leur décision. D’autre part, Kasparov commence à élaborer l’opposition interne à la FIDE. Elle est emmenée par le Brésilien Lincoln Lucena et le grand-maître anglais Raymond Keene, qui seconda Viktor Kortchnoi lors du match contre Karpov en 1978. De plus, on peut supposer qu’au sein de la Fédération Soviétique, l’attitude consistant à soutenir Karpov n’est plus aussi unanime. D’ailleurs Vitali Sévastianov, le président de la Fédération, doit sentir qu’il n’est pas intouchable. Quant à Kasparov, il maintient sa position.

Et puis le championnat du monde commence à attirer l’argent de l’Occident, ce qui incite la FIDE à réfléchir (elle qui prélève 20% de la bourse globale). Londres dépose sa candidature, pour célébrer le centenaire du premier championnat du monde entre Steinitz et Zukertort. Leningrad a également déposé sa candidature. Les sommes commencent à grossir. C’est finalement la Fédération soviétique qui tranche sur la date de début du match : il aura lieu à la fin du mois de juillet. Et la FIDE décide que le match sera divisé en deux tranches : une partie à Londres, une autre à Léningrad. L’accord signé par les deux joueurs se fait totalement à l’écart de la FIDE, qui a perdu toute crédibilité et confirme la toute-puissance de la Fédération Soviétique pour ceux qui l’ignoraient encore.

De plus, parce qu’un autre cycle de qualification a commencé en 1984 et que le vaincu n’a pas pu y participer, il est stipulé que celui qui perd le match revanche disputera la finale du tournoi des candidats contre celui qui est sorti vainqueur de ce cycle. A la fin de 1985, quatre joueurs sont encore en piste : trois sont soviétiques (Andrei Sokolov qui a été plus tard naturalisé français, Artur Youssoupov, plus tard naturalisé allemand, Rafael Vaganian qui sera citoyen arménien) et un autre est occidental, le grand-maître néerlandais Jan Timman (D’ailleurs, la finale du cycle se déroule pendant la fin du match Kasparov-Karpov dans une indifférence quasi-générale).

La préparation.

Les deux champions se préparent finalement pour ce match. Ils suivent les mêmes habitudes. Kasparov choisit des matches assez cours (6 parties) : en décembre, il affronte Timman à Hilversum. La victoire est là (4-2, dont 3 victoires contre une défaite) mais la manière y est encore plus grande. En mai 2006, il affronte le grand-maître anglais Anthony Miles. Pauvre Miles ! Son imagination est bien loin de pouvoir s’opposer à la puissance et à la créativité du champion du monde : à Bâle, il n’arrive qu’à annuler une seule fois, Kasparov gagnant les cinq autres parties. Le champion du monde donne quelques exhibitions, dont une en simultanée contre l’équipe première de Francfort : le résultat est édifiant, Kasparov gagne 5 parties, en annule 3 contre une des meilleures équipes de la Bundesliga. Kasparov n’a pas joué en tournoi depuis 1983, passant son temps entre les exhibitions et la préparation.

Karpov se montre très actif. Il est au premier échiquier de l’équipe soviétique qui gagne le championnat du monde, quelques semaines après sa défaite. En mars 1986,  il surclasse le tournoi SWIFT de Bruxelles (7 victoires et 4 nulles). Puis en mai, il est à Bugojno en Yougoslavie : il l’emporte avec 8,5 points sur 14 (4 victoires, 1 défaite et 9 parties nulles), avec un point d’avance sur Sokolov qui l’a battu.

La partie londonienne.

Le tirage au sort se déroule le 27 juillet 1986, en présence de Margaret Thatcher (premier ministre britannique) et à la Chancellerie de l’Echiquier, autrement dit le ministère des finances britannique. Karpov tire les Blancs pour les parties impaires. Au classement Elo, Kasparov est favori (2740 contre 2705) mais en match, les écarts peuvent se niveler (comme s’accroître). Personne n’est dupe sur le suspens qu’engendre ce match. De plus, sur proposition de Kasparov, les deux champions ont décidé de donner l’intégralité de la bourse du match, pour sa partie londonienne aux victimes de la catastrophe de Tchernobyl. La FIDE a encore brillé par sa crédibilité en réclamant les 20% de droits sur cette somme.

Garri Kasparov, Margaret Thatcher et Anatoli Karpov lors de la cérémonie protocolaire du tirage au sort. Derrière, Lothar Schmid l'arbitre du match.

Garri Kasparov, Margaret Thatcher et Anatoli Karpov lors de la cérémonie protocolaire du tirage au sort. Derrière, Lothar Schmid l'arbitre du match.

Le match s’internationalise : l’arbitre est ouest-allemand, Lothar Schmidt qui avait arbitré le match Fischer-Spassky de 1972 et celui entre Karpov et Kortchnoi en 1978 (et donc habitué aux incidents en tous genres). Pour la première fois, deux soviétiques disputent un championnat du monde hors d’URSS.

Parties 1-4. Kasparov prend un léger avantage.

Karpov joue d2-d4 avec les Blancs. Un signe car l’ancien champion du monde avait ouvert ses premières parties contre Kasparov par 1.e2-e4. Mais les déboires de Karpov contre la Sicilienne de Kasparov l’ont définitivement convaincu de renoncer à l’affronter.

Kasparov sort déjà une nouvelle carte : la défense Grünfeld (1.d4 Cf6 2.c4 g6 3.Cc3 d5) qui correspond au tempérament du champion du monde. Surpris, Karpov ne cherche pas le duel théorique. Il choisit une variante calme, Kasparov égalise facilement et la partie nulle est conclue après 21 coups. Le round d’observation.

La partie 2 reprend un des débats théoriques du match précédent. Une variante technique de la défense Nimzo-Indienne. Karpov avait souffert avec les Noirs et il souffre encore malgré un échange des Dames rapide. Kasparov prend l’avantage jusqu’au 39ème coup où il manque un gain très évident pour lui. Karpov s’en sort bien, la nulle est signée au 52ème coup, après l’interruption de la partie.

Position après le 38ème coup noir. Quel coup manqua Kasparov qui aurait mené à un gain forcé ? voir en fin d'article.

Position après le 38ème coup noir. Quel coup manqua Kasparov qui aurait mené à un gain forcé ? voir en fin d'article.

Dans la troisième partie, Karpov tente autre chose contre la défense de Kasparov : il installe son fou blanc en g2. Mais cela ne produit rien. Aucun des deux camps ne prend le moindre risque. Karpov est même le seul à aventurer une pièce au-delà de sa quatrième rangée (et encore deux ou trois fois). Au 35ème coup, la partie insipide est nulle.

Quatrième partie. Karpov tente encore autre chose dans la variante de la deuxième partie mais il joue un peu passivement.  Kasparov sacrifie provisoirement un pion, que Karpov doit rendre sans pouvoir réduire la pression. La domination de la colonne ‘d’ est dévastatrice : c’est Kasparov qui gagne un pion. Karpov continue jusqu’à l’ajournement dans l’espoir de trouver quelque chose mais il se résigne à la défaite. Kasparov mène 2,5 points à 1,5.

Parties 5-7. Karpov réagit.

Kasparov joue une troisième fois la défense Grünfeld avec les Noirs. Karpov a prévu une variante relativement aiguë, la même que celle jouée entre Tigran Petrossian et Bobby Fischer en 1971. Cette partie, gagnée par Petrossian, a mis fin à l’incroyable série de 19 victoires de Bobby Fischer.

Malgré tout, Kasparov a préparé une nouveauté. La position est très tendue. Les pions blancs avancent dans le camp noir mais le champion du monde garde ses fous et est prêt à détruire l’impressionnante chaîne blanche. Sauf qu’il rate sa chance et Karpov étouffe Kasparov, qui n’a plus que son pion ‘a’ pour pousser et abandonner au 32ème coup. La défaite est cuisante et rapide. Karpov égalise à 2,5 points partout. Kasparov décide de prendre un temps mort.

19ème coup de la 5ème partie. Quel coup permet à Karpov d'avoir une position gagnante ? Les Noirs menacent g6-g5, sacrifiant un pion pour gagner le pion blanc e5 et attaquer le pion d6.

19ème coup de la 5ème partie. Quel coup permet à Karpov d'avoir une position gagnante ? Les Noirs menacent g6-g5, sacrifiant un pion pour gagner le pion blanc e5 et attaquer le pion d6.

Sixième partie. Pour la première fois, Kasparov pousse le pion roi au premier coup dans ce match. Karpov choisit la solide défense Petrov. Kasparov tente d’améliorer une partie jouée l’année dernière entre les deux joueurs. Karpov se défend précisément et c’est même lui qui impose une certaine pression. Kasparov ne craque pas et la partie est nulle au 42ème coup. 3-3 entre les deux hommes.

Septième partie. Kasparov et Karpov reprennent, avec les couleurs inversées, une variante jouée en 1985. La partie se tend avec le temps de réflexion qui manque. Les complications tactiques aboutissent à un sacrifice de qualité de Kasparov qui lui permet de gagner deux pions en retour. Karpov accepte la nulle au 41ème coup.

Parties 8-12. La lutte se durcit.

Huitième partie. On rejoue la même ouverture que la précédente (variante d’échange du Gambit Dame) mais Kasparov a les Blancs. Le champion du monde décide d’attaquer le roi de Karpov. Il sacrifie un pion pour éloigner la Dame adverse. Et Karpov réfléchit, réfléchit. Kasparov refuse de regagner le pion et mise autant sur son attaque que sur le zeitnot de Karpov pour que celui-ci craque. Et finalement au 31ème coup Karpov tombe au temps, avec deux pions de plus mais une position difficile. Kasparov remporte sa deuxième victoire et mène 4,5 à 3,5. Après cette défaite, Karpov décide de prendre un temps mort.

Position après le 31ème coup blanc. Les Blancs ont une forte attaque avec la menace de l'échec à la découverte de la Tour f6. Karpov ne trouve pas la solution dans le temps lui restant et perd la partie.

Position après le 31ème coup blanc. Les Blancs ont une forte attaque avec la menace de l'échec à la découverte de la Tour f6. Karpov ne trouve pas la solution dans le temps lui restant et perd la partie.

Neuvième partie. La même variante que la cinquième mais Kasparov choisit une ligne plus calme. Karpov n’insiste pas tellement et la répétition des coups amène une nulle rapide après 20 coups.

Dixième partie. Encore un gambit-dame, une valeur sûre dans les championnats du monde (cette ouverture a  été jouée dans chaque championnat du monde). Kasparov obtient un léger avantage positionnel, durable et difficile à contrer. La pression se renforce en finale. Mais avant d’ajourner, Kasparov commet une erreur selon ses dires. La finale devient nulle, ce qui est officialisée au 43ème coup. Une partie technique.

La onzième partie est la plus passionnante du match. Karpov améliore la 9ème partie avec un sacrifice de qualité. Kasparov n’accepte pas et réplique activement. C’est alors du coup pour coup. Les Blancs attaquent, les Noirs défendent et attaquent les Blancs à leur tour. Kasparov commet une erreur qui donne d’excellentes chances de gain mais Karpov se trompe : il peut sacrifier un de ses deux Cavaliers pour attaquer le Roi noir mais il choisit le mauvais. Kasparov défend parfaitement et peut-être a manqué quelque chose ensuite. Au 41ème coup la nulle est conclue. Le jury décidera plus tard d’attribuer le prix spécial de 10000 £ à cette partie, prix partagé et reversé aux victimes de Tchernobyl.

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La dernière partie londonienne est une nulle sans histoire. Au 34ème coup les deux joueurs s’accordent sur le partage du point. Avant d’aller à Leningrad, Kasparov mène 6,5 à 5,5 points. Sa situation est favorable puisque Karpov doit gagner deux parties de plus pour reconquérir son titre de champion du monde.

La tragédie de Leningrad.

Si la première moitié du match avait été serrée, elle a été dépassée par le scénario incroyable que nous a réservé la deuxième moitié du match.

Parties 13 à 16. Kasparov tue le suspens.

La treizième partie est une véritable guerre de tranchées. Chacun manœuvre derrière ses pions. Puis la position s’ouvre à l’avantage de Kasparov qui a les Noirs. Et au 33ème coup, Karpov prend le Cavalier noir en e4 avec son Fou. Kasparov peut prendre avec le pion f5 ou le pion d5. Il choisit la deuxième solution, pensant ouvrir la colonne d pour sa Dame. Mais Karpov réussit à bloquer et à arracher la nulle. Avec l’autre prise, Kasparov aurait eu un net avantage. Mais il maintient son avance (7 à 6). C’est la seule partie avec les Noirs où il a eu de bonnes chances de gain.

Quatorzième manche. Une partie espagnole tendue. Karpov semble égaliser au sortir de l’ouverture bien que Kasparov mobilise ses pièces pour attaquer le Roi noir. Mais l’ancien champion du monde commet quelques imprécisions. Kasparov a un énorme pion passé soutenu en d5 qui lui confère un avantage gagnant en finale. Ne pouvant rien faire, Karpov abandonne après l’interruption de la partie. Kasparov confirme sa bonne forme et mène 8-6. Le break est fait.

Dans la quinzième partie, Karpov dribble les schémas d’ouverture contre la Grünfeld de Kasparov. Il n’obtient pas grand-chose mais il a le sentiment qu’il pouvait améliorer son jeu. Mais la nulle avec les Noirs est une forme de victoire pour Kasparov qui mène 8,5 à 6,5.

La seizième est un sommet du match comme l’an passé. Les deux joueurs reprennent la variante de la 14ème mais Karpov joue de manière plus agressive : il sacrifie un pion pour envahir l’aile-dame de Kasparov. Celui-ci ne peut pas rester sans rien faire et lance une attaque peu évidente contre le Roi noir. La position est terriblement complexe mais objectivement elle est égale. Karpov, en manque de temps, craque et Kasparov réussit à forcer le gain de la Dame. Karpov doit abandonner. Il est déçu : à un moment il pensait que sa position était gagnante. On peut le comprendre car l’attaque de Kasparov était très difficile à conclure mais le champion du monde a encore prouvé qu’il jouait mieux que son adversaire dans les positions complexes. Reste que cette quatrième victoire est synonyme de titre pour Kasparov. Karpov doit gagner 4 parties sans en perdre une seule pour être champion du monde.

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Parties 17-19. Anatoli, lève-toi et marche.

Qui pourrait se remettre d’une telle défaite et croire encore en ses chances avec 3 points de retard ? La force des champions est une force de caractère, celle de croire encore qu’on peut gagner. C’est le sens de la phrase de Yogi Berra, l’ancien receveur des Yankees de New York : « Ce n’est pas fini tant que ce n’est pas terminé ». Karpov ignorait sans doute cette maxime mais il va l’appliquer. Même mort, Anatoli n’est pas encore enterré. Mais il n’a pas eu besoin de miracle.

Dix-septième partie. Karpov a amélioré la 15ème et Kasparov n’a pas cherché à dévier. Il se fait surprendre au 13ème coup. Le challenger prend un avantage décisif. Kasparov renonce au 31ème coup. Quelques semaines plus tard, le Hollandais Timman défia Karpov sur la même variante et trouva l’amélioration qui lui permit d’annuler facilement. Quoiqu’il en soit, Karpov revient à deux points (7,5 à 9,5).

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Le champion du monde n’a pas digéré la défaite et Karpov joue un système complexe avec les Noirs. Mais le champion du monde parvient à prendre l’avantage avec des coups compliqués et très difficiles à trouver. Seulement ces coups lui prennent beaucoup de temps et au moment de convertir son avantage, il ne reste que quelques instants de réflexion au champion du monde. En trois coups, il ruine sa position autour du 40ème coup. Karpov renverse la situation. Ce choc psychologique explique en partie la raison pour laquelle Kasparov ne défend pas au mieux. Une erreur au 58ème coup amène l’abandon immédiat du champion du monde. Karpov n’est plus qu’à un point (8,5 à 9,5). Le championnat du monde revient à la Une.

Position de la 18ème partie après 37 coups. Kasparov n'a plus que quelques secondes et ruine sa position gagnante en ne jouant pas Fc5 au coup d'après (il joue Th7+) et au coup suivant. Karpov s'en sort et finit même par l'emporter.

Position de la 18ème partie après 37 coups. Kasparov n'a plus que quelques secondes et ruine sa position gagnante en ne jouant pas Fc5 au coup d'après (il joue Th7+) et au coup suivant. Karpov s'en sort et finit même par l'emporter.

Dix-neuvième partie. Kasparov joue encore la défense Grünfeld et une variante tendue. Il joue toujours pour le gain. Karpov prend l’avantage et Kasparov perd vite le fil de la partie. Il sacrifie une qualité pour de contre-jeu. Le génie de Karpov est de rendre plus tard le matériel pour entrer dans une finale avec un pion de plus. Kasparov attend l’ajournement avant d’abandonner. Le hat trick se transforme en cauchemar pour le champion du monde qui a perdu tout son avantage en trois parties. Quant à Karpov, cet incroyable renversement de situation le laisse espérer un titre qui semblait inaccessible une semaine avant.

Comme souvent le scandale apparaît à ce moment-là. Il faut dire qu’on n’avait pas grand-chose à se mettre sous la dent. Les deux joueurs faisaient preuve d’une certaine amabilité. Mais après la 19ème partie, Kasparov surprend un de ses secondants (Vladimirov) en train d’écrire des notes sur des variantes d’ouverture. Aussitôt l’accusation d’espionnage surgit. Vladimirov explique que c’était pour son travail personnel. Pour éviter tout scandale, Kasparov lui demande de quitter l’équipe. Par prudence, le champion du monde décide d’abandonner la défense Grünfeld ; pas seulement parce que les notes copiées concernaient cette ouverture mais aussi par le triste bilan dans ce match (3 défaites et 6 nulles).

Parties 20-24. Kasparov s’arrache.

Les moments difficiles ont traduit la perte de confiance de Kasparov et son manque de lucidité. Avec les Blancs dans la vingtième, il ne cherche pas la bagarre. La partie est nulle au 21ème coup. Il lui faut récupérer en sachant que Karpov doit encore en gagner une pour reconquérir son titre.

Dans la vingt-et-unième, Kasparov choisit la solide défense Ouest-Indienne pour se rassurer avec les pièces noires. Le champion du monde a un pion ‘c’ faible mais il résout le problème en échangeant les pièces. Kasparov arrache la nulle en sacrifiant une pièce en finale. En éliminant les pions blancs, il empêche Karpov d’exploiter son avantage. Le champion du monde a colmaté les brèches : 10,5 partout.

Vingt-deuxième partie. Kasparov a les Blancs et rejoue la variante de la dixième. Karpov essaie d’améliorer le jeu noir. Les Blancs ont un léger avantage qu’ils renforcent avec une pression plus forte. Karpov tendu se montre imprécis. Kasparov gagne un pion mais Karpov active ses pièces pour compenser le matériel perdu. A l’ajournement la position ne semble pas claire aux yeux des analystes. C’est à Kasparov de mettre le coup sous enveloppe. Karpov sait quel coup gagne pour les Blancs, celui qui est inscrit sur la feuille de partie. Il a envie d’abandonner mais devant la foule présente à la reprise, il se décide à jouer quelques avant d’abandonner (46ème). Les deux joueurs analysent quelques instants. Kasparov remporte sa cinquième victoire, synonyme pratiquement de conservation du titre. Karpov doit en effet gagner les deux parties restantes pour être champion du monde.

Les Noirs ont un pion de moins mais ils ont joué Td2 qui attaque le pion d4. Kasparov doit jouer son prochain coup qu'il va mettre sous enveloppe. Quel est le coup gagnant ?

Les Noirs ont un pion de moins mais ils ont joué Td2 qui attaque le pion d4. Kasparov doit jouer son prochain coup qu'il va mettre sous enveloppe. Quel est le coup gagnant ?

Le titre est conservé dès la 23ème. Karpov change d’ouverture. Il doit affronter le système hérisson des Noirs alors que les deux camps ont joué leurs fous en fianchetto. Mais Kasparov ne joue pas pour la nulle. Il est actif et pose des problèmes à Karpov qui accepte la nulle au 32ème coup. 12 à 11 pour Kasparov qui conserve son titre.

Ceci étant dit, il faut un résultat final. Karpov tente de gagner pour obtenir le match nul mais Kasparov défend sans trop de soucis. La position est égale avant l’ajournement et la partie est nulle. Kasparov gagne le match par 12,5 points à 11,5. Chose étonnante, 8 des 9 parties décidées ont été gagnées par les Blancs (contre 3 sur 8 en 1985 et 2 sur 8 en 1984 sur 48 parties). Cela poussa le joueur hongrois Andras Adorjan, et ami de Kasparov, à poser la question suivante (pour Europe Echecs)au téléphone :

- »Que pensez-vous de l’apartheid ? »

- Tout le mal possible répond Kasparov mais pourquoi cette question ?

- Parce que sur 9 parties gagnées, 8 l’ont été avec les Blancs.

Finalement Kasparov a confirmé son titre mais tout le monde s’attend à un quatrième match entre les deux K à l’automne 1987. Anatoli Karpov doit affronter Andrei Sokolov et l’écart est quand même énorme.

A suivre…

Réponses aux questions.

1. Il faut exploiter deux thèmes tactiques. Le clouage et la fourchette (aux échecs elle est autorisée et même recommandée). Le dernier coup de Karpov (Tf3) l’autorise. Kasparov joua Ce3 mais s’il avait joué Tc7 il aurait gagné la partie. En effet, le Cavalier aurait été cloué et les Blancs menaçaient Cxe5 (le Cavalier d7 ne pouvant reprendre). Si les Noirs jouaient Rd6 par exemple, alors Kasparov aurait joué Txd7+ Rxd7 et Cxe5+ attaquant le Roi et la Tour f3, restant avec deux pions de plus. Cette position a été un argument de vente de la marque Fidelity pour illustrer le niveau de ses ordinateurs.

2. Il faut empêcher g6-g5 en laissant le Fou f4 défendre le pion e5. Comment faire ? Cf3 est la réponse logique. Mais les Noirs peuvent jouer Fc6, l’échanger contre le Cavalier et jouer g6-g5 qui aboutira à la menace. Mais Cg1-h3 pare cette menace ! En cas de Fou c6, les Blancs peuvent jouer f3 et jamais les Noirs ne peuvent briser le centre de pions.

3. Apparemment ce n’est pas évident mais un facteur est à prendre en compte : la position du Roi noir. En jouant 41.Cd7 Kasparov lance l’attaque finale. Après 41…Txd4 42.Cf8+ Rh6 (sur Rg8 ou h8 les Blancs jouent Tb8 avec une menace mortelle d’échec à la découverte en g6) les Blancs ont pu exploiter la position du Roi noir et gagné quelques coups plus tard.


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