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Clap de fin sur Marrakech

Publié le 23 décembre 2009 par Madeinmorocco
Leïla Slimani est journaliste à Jeune Afrique depuis octobre 2008. Les questions de société et le Maghreb sont ses sujets de prédilection. Les stars sont rentrées chez elle, les robes chamarrées et les smokings ont été rangés dans leurs housses et, dès dimanche matin, on a replié le tapis rouge autour duquel tant de badauds se sont pressés durant le Festival international du film de Marrakech (4-12 décembre). Voici quelques souvenirs que je vous livre avec bonheur car, si l’on en croit Jean Luc Godard, « pourquoi parler d’autre chose que de cinéma ? Avec le cinéma, on parle de tout, on arrive à tout »…
Le jury : Kiarostami, Ardant, Kusturica et les autres…

Cette année, les organisateurs du festival avaient jeté leur dévolu sur des personnalités du cinéma d’auteur avec, d’abord, l'Iranien Abbas Kiarostami, président du jury. Un choix qui n’a pas énormément « parlé » aux foules – peu de gens connaissent bien l’œuvre de Kiarostami - mais qui était en revanche adapté à une programmation composée essentiellement de films indépendants ou de premiers films.

Tout au long de la semaine, Fanny Ardant a joué à merveille son propre rôle. Avec sa voix inimitable, elle a souvent répété : « Je ne suis pas là pour juger mais pour discuter avec mes amis du jury. » Ravie d’être à Marrakech, elle n’a cependant pas pu (ou su ?) profiter de la ville. « Quelle merveille de passer ses journées au cinéma et de pouvoir, le soir, s’enfermer dans sa chambre pour lire », nous a-t-elle confié.

L’ex-femme de François Truffaut n’a en effet pas montré le bout de son nez dans les soirées people de la ville ocre. On a en revanche aperçu, presque tous les soirs, le fringant réalisateur palestinien Elia Suleiman accompagné de sa superbe amie, la chanteuse Yasmine Hamdan. Alanguis sur les canapés du lounge du Palace Saadi, ils ont tenu compagnie à un Emir Kusturica étonnamment timide et à une Vahina Giocante chaque soir plus élégante.

Les journalistes vedettes… ou pas !

Détrompez-vous, couvrir un festival de cinéma, ce n’est pas tous les jours une partie de plaisir. Enfin, ça dépend pour qui… Le jour de l’ouverture du festival, toute la presse cinéma est là : Canal plus, Euronews, mais aussi TV5, le Nouvel Observateur, Grazia, Paris Match… Traités en véritables stars, plusieurs journalistes vedettes se font prêter des robes de créateurs, ont des places réservées au premier rang et quittent le festival dès que le week-end est terminé. Lundi, ne restent donc que les vrais mordus du cinéma, les forçats de l’information et bien sûr les médias nationaux… qui semblaient cette année plus nombreux que jamais. Mais, il faut le reconnaître, tous les journalistes n’étaient pas totalement spécialistes du cinéma. Avant une conférence de presse, un de mes confrères ne m’a t-il pas demandé avec candeur : « Mais c’est qui ce Kusrusturica ? » La plupart des journalistes ont néanmoins joué leur rôle, se bousculant après les projections, accumulant les interviews et courant régulièrement aux points presse. Chaque soir, les photographes rivalisaient d’audace pour s’asseoir le plus près possible de leurs proies.

Irruption du prince Moulay Rachid…

Et puis, un jour, alors que nous rédigions dans l’urgence nos articles, voilà que le prince Moulay Rachid fait irruption dans la salle de presse. Avec une simplicité confondante, le frère du roi s’est enquis de nos nouvelles, nous a souhaité bon courage… Et a même insisté pour prendre une photo avec nous. C’est aussi ça, la magie d’un festival !

Fêtes, fêtes, fêtes…

Il ne faut pas se mentir, c’est aussi pour les fêtes que beaucoup de starlettes, de producteurs en mal de reconnaissance et de vieux journalistes aguerris assistent à des festivals de cinéma. Cette année, le démarrage a été difficile, mais la semaine s’est terminée avec des fêtes de toute beauté. Au bout de deux jours, les restaurateurs et gérants de boîtes de nuit de la ville ont pu pousser un ouf de soulagement : l’ambiance était bien à la fête, comme prévu. Les quelques happy few qui avaient pu obtenir le bracelet magique permettant d’accéder aux soirées officielles se retrouvaient tous les soirs au lounge du Saadi. Canapés de velours rouge, alcool gratuit et jolies filles… Comme des abeilles autour du miel, de jeunes comédiennes s’accrochaient à des réalisateurs en vogue, tandis que les producteurs se faisaient assaillir par des scénaristes débutants.
Mais les plus belles fêtes de la semaine, organisées par des artistes, se sont déroulées en marge du festival. L’équipe des Barons, excellent film belgo-marocain de Nabil Ben Yadir, a réussi à attirer dans un riad niché au fond d’une ruelle de la médina quelques beaux spécimens de la « nayda » marocaine. Mannequins à crêtes, chanteurs en dread locks décolorés et joueurs de percussions ont su réchauffer en diable la froide nuit de Marrakech.
Le célèbre styliste Amine Bendriouch, connu pour ses tee-shirts « Hmar » ou « Bikheer » (Imbécile heureux), a quant à lui investi une usine désaffectée de la banlieue de Marrakech pour organiser un défilé psychédélique. On y a croisé Momo, le directeur du festival marocain de musique underground « L’Boulevard », ravi d’être à Marrakech « pas pour le festival paillettes mais pour assister à ce genre de contre-fête ! », nous a-t-il dit. Dans les hangars, des invités très hétéroclites ont pu découvrir un atelier de ferronnerie, une exposition de tableaux et même une performance picturale en direct. Décidément, même à Marrakech, la « nayda » casablancaise a fait tourner les têtes !

Marrakech, ville mystère

« Cette ville est si merveilleuse, on ne peut échapper à sa magie ». Ces mots sont d’Emir Kusturica, revenu conquis d’une promenade dans le souk. On ne peut qu’être d’accord avec le réalisateur serbe tant la ville ocre, baignée d’un superbe soleil d’hiver, a insufflé au festival son mystère et son énergie. Les Marrakchis, connus dans tout le Maroc pour leur joie de vivre et leur esprit festif, n’ont pas dérogé à la tradition. Tous les matins, des dizaines de jeunes étaient devant le Palais des congrès, prêts à investir les salles obscures…
Dans la salle, les jeunes réagissaient bruyamment : applaudissements, rires ou sifflements venaient ponctuer les films. Souvent, on se croyait dans n’importe quel cinéma populaire de la ville et, même si certains s’en offusquaient, on ne pouvait s’empêcher de trouver ça rafraîchissant.
Le soir, sur la place Jemaa-el-Fna, entre les échoppes illuminées et les stands de grillades, une foule compacte se pressait devant les projections de films et restait parfois plusieurs heures debout, les yeux rivés sur l’écran. Un badaud enthousiaste : « Ce genre d’événement correspond tout à fait à l’esprit de cette place, qui est le cœur populaire de Marrakech ! » Les taxis, qui restaient stationnés jusqu’à 5h du matin devant les boîtes de nuits de la ville, avaient de quoi se réjouir eux aussi. « Avec le festival, les affaires marchent bien. Au petit matin, on va chercher les derniers fêtards qui font la fermeture des boîtes. A Marrakech, nous sommes habitués à une intense vie nocturne ! », nous a dit l’un d’entre eux.
Enveloppée dans ses murailles ocres, serties de roses et de palmiers, Marrakech était sans doute la plus belle star du festival. Avec en toile de fond ses montagnes enneigées, elle s’est révélée encore une fois un sublime écrin du cinéma mondial.

Jeune Afrique

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