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Moi et mes quatre maris : l’égalité devant la polygamie!

Publié le 03 janvier 2010 par Gonzo

NadineJupe

Les sociétés commencent par la polygamie et finissent par la polyandrie…
L’homme baisse et la femme monte; c’est fatal

(Goncourt, Ch. Demailly, 1860, p. 200).

Jeune journaliste dont la photo révèle qu’elle ne correspond pas exactement aux stéréotypes occidentaux sur la femme saoudienne, Nadine al-Bedair (نادين البدير) fait beaucoup parler d’elle depuis deux ou trois semaines, à la suite de l’article (en arabe) qu’elle a publié dans Al-Masry al-yawmi, un quotidien égyptien indépendant (comprendre : non gouvernemental).

« Moi et mes quatre maris », tel est le titre volontairement provocateur choisi par cette animatrice de Musâwât (مساواة : Egalité), une émission hebdomadaire de débats sur les problèmes de société en général, et notamment la question de la femme (arabe). Cela passe sur Al-Hurra, une chaîne d’information en arabe financée par le Congrès américain, lequel vient de lui voter un budget de 112 millions de dollars pour l’année 2010, ce qui porte l’addition totale pour le contribuable américain à 650 millions de dollars : A Bad Idea ! explique assez clairement James Zogby dans cet article (en anglais).

Apparemment, la journaliste ne se soucie guère de ce financement étranger d’une chaîne pourtant assez peu populaire auprès du public arabe en raison de son parti pris idéologique par trop visible. C’est en tout cas ce qu’elle affirmait dans cet article (en arabe) publié l’été dernier, lorsqu’elle avait déjà fait parler d’elle cette fois-ci pour ses tenues vestimentaires. Elle revendiquait alors pour les femmes arabes, et en particulier pour celles du Golfe, le droit de s’habiller comme elles l’entendaient, et donc de porter une mini-jupe (celle de la photo par exemple) si tel était leur envie. Ce qui lui importe, visiblement, c’est de donner le plus grand écho possible à ses convictions sur les droits de la femme, ce qu’elle a su faire brillamment grâce à son article dans la presse égyptienne.

Permettez-moi d’avoir quatre maris, ou cinq, ou neuf si je peux… Permettez-moi de faire comme vous. Permettez-moi de les choisir au gré de ma fantaisie. C’est ainsi que débute son plaidoyer pour la polyandrie (équivalent pour les femmes de la polygynie des hommes, l’une et l’autre constituant la polygamie abusivement réservé d’ordinaire aux seuls mâles !)

Dénonçant l’attitude des hommes qui s’accordent un droit qu’ils ne reconnaissent pas aux femmes, et rappelant incidemment que les sociétés arabes du monde musulman ont connu des épisodes où elle n’était pas la règle (à l’époque omeyyade notamment), Nadine Al-Bedair réfute l’un après l’autre les arguments justifiant la monogamie des femmes : Je ne pourrais pas en tant que femme avoir plusieurs hommes ? Je leur répondrai qu’une femme infidèle ou une marchande d’amour en ont bien davantage. Bien sûr que j’en suis capable ! Ils diront que la femme n’est pas psychiquement faite pour la multiplicité et je leur répondrai que tous les sentiments que possèdent la femme ne doivent pas être gâchés, qu’elle a un cœur et que ce serait péché que de le réserver à une seule personne. Si l’homme ne peut pas se satisfaire sexuellement d’une seule partenaire, la femme ne le peut pas affectivement. Quant à la question de la descendance, les test ADN règlent le problème.

لن تتمكنى كامرأة من الجمع جسدياً بين عدة رجال، قلت لهم الزوجة التى تخون وبائعة الهوى تفعلان أكثر، بلى أستطيع. قالوا المرأة لا تملك نفساً تؤهلها لأن تعدد. قلت: المرأة تملك شيئاً كبيراً من العاطفة، حرام أن يهدر، تملك قلباً، حرام اقتصاره على واحد. إن كان الرجل لا يكتفى جنسياً بواحدة فالمرأة لا تكتفى عاطفياً برجل.. أما عن النسب فتحليل الحمض النووى DNA سيحل المسألة.

Bien entendu, la journaliste passe rapidement sur une considération, et non des moindres, celle de la loi musulmane qui accorde aux hommes, sous certaines conditions, le droit d’avoir jusqu’à quatre épouses. Et c’est naturellement sur ce terrain que se sont déchaînées la plupart des critiques, celles d’hommes de religion mais aussi celles d’hommes politiques, à l’image de Khaled Fouad Hafez, le Secrétaire général du PND (le parti du président Moubarak), trop heureux d’épouser ( !) cette bonne cause et qui a déposé plainte, considérant que de tels propos ne sont pas loin du blasphème (article en anglais).

Cela étant, Nadine al-Bedair a également trouvé des partisans prêts à embrasser sa cause, ou à comprendre qu’il s’agissait pour elle de faire comprendre aux hommes la souffrance que pouvait représenter pour une femme ce que l’on peut considérer comme une forme de trahison, aussi « légale » fût-elle…

Légende pour ce site de mariage en ligne : Voulez-vous l’épouser ? Oui ? Non ? Annuler !

Moi et mes quatre maris : l’égalité devant la polygamie!

C’est d’ailleurs la ligne de défense adoptée par la journaliste dans un second article, publié quelque temps après sous le titre « Maintenant que vous avez appris le goût de la colère » (وبعدما ذقتم طعم الغضب ). Constatant que la plupart des réponses se sont contentées de ressasser les mêmes arguments, généralement sous formes d’anathèmes, sans apporter de vraie réponse aux siens, Nadine al-Bedair se réjouit d’avoir suscité autant de débats et de constater que, dans son pays, elle n’a reçu aucune condamnation officielle (article en arabe sur le site Alarabonline).

Signalant les législations adoptées en Tunisie et au Maroc, elle rappelle que tous les pays arabes [sauf le Soudan et la Somalie], même les plus conservateurs, ont signé la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’encontre des femmes (Cedaw). A ses yeux, la question de l’inégalité de traitement entre les deux sexes reste donc posée : L’homme ne divorce pas. Au contraire, il conserve la maison tout en pratiquant la pluralité [des épouses]. Quelle solution quand il refuse le divorce et que je n’obtienne pas le khul’ [sur cette forme de divorce, voir ce précédent billets’il ne peut me contraindre ? Si je me suis lassée de son corps ou s’il n’est plus pour moi qu’un frère, dès lors que je me suis lassée de ce machisme hérité génération après génération ?…

ومازال سؤالي عالقا أعيد طرحه اليوم…
الرجل لا يطلق بل يحافظ على البيت ويمارس التعدد في آن.
فما الحل (حين يرفض الطلاق ولا أحصل على الخلع) إن عجز عن إغرائي ؟ إن أصابني الملل من جسده أو شعرت أنه أخي بعدما ضقت من خلقه الذكوري الذي ورثه كابر عن كابر؟

On peut trouver qu’il y a un peu trop de gesticulation dans les prises de position de celle qu’on accuse de vouloir être la « Nawal Saadawi du Golfe » – du nom de la célèbre féministe égyptienne. Et regretter aussi qu’elle se montre aussi peu regardante sur les tribunes qu’elle occupe (on pense ici en particulier à son émission sur la très peu crédible Al-Hurra). Et remarquer enfin que, d’après les statistiques officielles, la polygynie (la polygamie si l’on préfère) reste tout de même un phénomène très marginal (1 % de la population d’après les statistiques officielles saoudiennes par exemple : voir cet article en arabe).

Il reste que l’ouverture d’un tel débat est un signe supplémentaire, d’autant plus qu’il est posé en des termes tout de même assez vifs !… Tout comme l’est la demande (article en arabe) de cette chercheuse saoudienne, Asmâ Husayn, qui souhaite voir les droits de la femme inscrits dans les programmes scolaires du Royaume…

Une raison d’être un peu optimiste, pour les femmes arabes notamment, en ce début d’année 2010 !


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