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Affreux, sales et… touchants

Publié le 03 janvier 2010 par Boustoune

Le cinéma belge a pris la bonne habitude de nous livrer chaque années de sympathiques petites comédies au ton très particulier, doux-amer et ancré dans un contexte social difficile. Après les très bons Eldorado et Moscow Belgium, voilà donc La merditude des choses, le troisième long-métrage de Felix Van Groeningen, qui a été très apprécié lors de sa présentation à la Quinzaine des Réalisateurs, au 62ème Festival de Cannes.

Le film est l’adaptation d’un roman autobiographique à succès de Dimitri Verhulst (*) et, comme son titre l’indique, il décrit une vie peu reluisante, celle d’un écrivain de 35 ans baptisé Gunther Strobbe. L’homme, confronté à la perspective de devenir père, sombre dans la dépression et se met à repenser à son adolescence dans une famille de fous furieux, qui explique comment il en est arrivé là.

A l’âge de douze ou treize ans, il vivait avec son père et ses trois oncles sous le toit de sa grand-mère. Et c’était plutôt… mouvementé. Les quatre bonhommes passaient le plus clair de leur temps à se saouler à la bière, rivalisaient de vulgarité et de plaisanteries salaces, draguaient des filles faciles et les butinaient sous les yeux du jeune garçon, se lançaient des paris stupides qui en faisaient les attractions principales du village.
Pas facile, dans ces conditions, de se garantir une éducation convenable. Avec cette bande de joyeux hurluberlus comme seul modèle et comme unique repère, on est fatalement mauvais en classe et on n’a guère d’autre horizon d’avenir que de devenir délinquant – comme ses oncles – ou facteur/pilier de bar – comme papa…

Au début, le gamin était plutôt à l’aise dans cet univers déjanté. Il ricanait des bêtises de ses aînés, de leur langage de charretier. Mais peu à peu, il a réalisé que cet univers était résolument hors normes, qu’il lui faudrait s’en extraire pour pouvoir vivre une vie meilleure, loin des difficultés matérielles, loin de la détresse affective dans laquelle étaient finalement plongés ces quatre hommes. D’autant plus, que, sous l’effet de doses d’alcool de plus en plus fortes, les frères Strobbe montraient un visage de moins en moins sympathique. Gunther s’est fait piquer par son oncle la fille dont il était amoureux, a vu son père se montrer de plus en plus distant, et surtout de plus en plus violent… Alors il a choisi de partir en internat pour avoir la chance d’obtenir enfin une éducation digne de ce nom et trouver sa voie
Mais la rupture avec ce clan de grandes gueules caractérielles n’a pas été des plus simples, montrant un Gunther tiraillé entre son besoin d’émancipation et l’affection qu’il portait malgré tout à ces poivrots magnifiques.

On peut le comprendre, car ils sont à la fois vraiment ignobles et totalement irrésistibles, ces frères Strobbe. La grande force du réalisateur, c’est d’avoir su trouver les acteurs capables de jouer ces énergumènes hauts en couleurs avec la démesure adéquate, mais sans jamais tomber dans le cabotinage éhonté. Koen De Graeve (Cel, le père), Wouter Hendrickx (l’oncle Lowie, dit « Petrol »), Johan Heldenbergh (l’oncle Pieter, dit « Baraque ») et Bert Halvoet (l’oncle Koen) sont tous très drôles et très justes dans ces rôles pas si faciles de types affreux, sales et… touchants. Tout comme le sont le jeune Kenneth Vanbaeden (Gunther à 13 ans) et Gilda de Bal (la matriarche de ce clan de dégénéré, la seule à avoir encore la tête sur les épaules).

Grâce à leurs performances, le film séduit par son mélange de comédie trash et de chronique intimiste douloureuse. Mais il pâtit également un peu de la mise en scène un peu trop sage de Felix Van Groeningen, qui se contente d’illustrer sans éclat les tribulations de cette bande de joyeux zozos… Etonnant, car, comme ses acteurs, le bonhomme possède un drôle de tempérament et un sacré culot. Ceux qui les ont vus déambuler à vélo sur la Croisette, nus comme des vers, devant les regards médusés ou outrés des vieillards azuréens et des bourgeoises bien-pensantes savent de quoi je parle et en rient encore…

La merditude des choses se nourrit de cette énergie potache et vaguement provocatrice, mais ne parvient pas à l’exploiter totalement. Il manque le brin de folie supplémentaire qui aurait mis en valeur l’aspect comique décapant de l’œuvre. Mais pas la note d’émotion finale qui lui confère  une toute autre envergure. 
Du coup, le film de Felix Van Groeningen se laisse voir avec plaisir et possède suffisamment d’arguments pour faire rire et toucher de nombreux spectateurs. Une curiosité à découvrir…

(*) : « Die Beschissenheit der Dinge» de Dimitri Verhulst– éd. Literaturvlg Luchterhand (en flamand, pas de traduction française disponible à ce jour)
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La merditude des choses
La merditude des choses
De Helaasheid der Dingen

Réalisateur : Felix Van Groeningen
Avec : Koen De Graeve, Kenneth Vanbaeden, Wouter Hendrickx, Johan Heldenbergh, Bert Halvoet, Gilda de Bal
Origine : Belgique
Genre : l’abus d’alcool est dangereux pour la santé
Durée : 1h48
Date de sortie France : 30/12/2009

Note pour ce film : ˜˜˜˜˜

contrepoint critique chez : Les Inrockuptibles
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