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Questions – réponses sur la dette publique (1) par A.B. Galiani.

Publié le 04 janvier 2010 par Cabinetal

Spirale2010.jpgDe façon régulière, je suis amené devant différents publics à présenter l’évolution de la dette publique et ses conséquences sur la vie économique. Voici, en 3 billets, quelques unes des remarques (en italique) qui me sont les plus fréquemment objectées. Et bien sur, voilà les réponses qui sont données.

Un Etat n’a pas le souci de rembourser, sa dette n’est donc pas une créance sur les générations futures :

Sans doute, l’Etat dispose d’un horizon temporel beaucoup plus vaste qu’un particulier ou même qu’une entreprise ; il sera très vraisemblablement encore là dans 50 ou 100 ans, ce qui n’est pas le cas des simples individus que nous sommes. Est ce pour autant qu’il n’a pas le souci de rembourser ? D’aucun font observer que l’Etat fait « rouler » ses dettes (le « roll over » cher au monde de la finance). Dès qu’une échéance tombe, il emprunte à nouveau. Un tel mode de fonctionnement n’a rien de bien inquiétant, bien au contraire. En offrant une « épargne sans risque », il présente des garanties de placement aux agents économiques les plus fragiles, tout en gérant ses besoins ponctuels de trésorerie. Dans ce cas, la dette de l’Etat n’a rien de dramatique.

De même, lorsque l’Etat emprunte pour financer un investissement, ce dernier génère les revenus supplémentaires qui permettent le remboursement. Il n’y a pas non plus dans ce cas de créance tirée sur les générations à venir.

Hélas, la dette de l’Etat en France ne présente pas ces caractéristiques. D’une part, elle finance des déficits. A la différence de « l’emprunt d’investissement », remboursé par les nouveaux revenus générés, il s’agit ici « d’emprunt de consommation ». Prenons un exemple : si j’emprunte pour acheter un logement, mon niveau de vie à venir est modifié que de façon marginale ; je percevrai des loyers (ou, s’il s’agit de ma résidence principale, j’économiserai des loyers) qui seront utilisés pour le remboursement du prêt. En revanche, lorsque j’emprunte pour acheter une chaîne hifi dernier cri – ou tout autre bien de consommation -, j’ai anticipé la dépense de mes revenus à venir ; dans ce cas, le remboursement du prêt réduira mon niveau de vie pendant un temps égal à la durée d’amortissement. Or, c’est bien ce que finance la dette de l’Etat. En effet, les déficits sont des déficits de fonctionnement, ils proviennent de la consommation finale de l’Etat. Autant dire qu’il ne reste rien aux générations à venir.

De plus, la dette publique est croissante, de façon continue, depuis 35 ans. En effet, si après avoir acheté à crédit ma chaîne hifi, je ne veux pas me serrer la ceinture, il faut que je continue à emprunter... C’est la spirale de l’endettement. L’Etat emprunte pour rembourser, ce qui s’appelle, en terminologie pénale, de la cavalerie : ainsi, en 2009, l’Etat aura emprunté environ 250 milliards d’euros (l’équivalent de 70 % de son budget annuel), dont 140 milliards pour couvrir son déficit et 110 milliards pour régler ses échéances.

Dans ce cas, observera-t-on, il n’y a jamais de remboursement, donc les génération à venir ne seront pas mises à contribution ? En effet, loin d’être un simple « roll over », la dette de l’Etat ressemble à une espèce de fuite en avant, selon le principe qui affirme : « j’emprunte donc ne changeons rien». Il y a pourtant une limite, que différents pays ont déjà atteinte. C’est aujourd’hui le cas de la Grèce. La dette publique (constituée pour l’essentiel de la dette de l’Etat) représente aujourd’hui 272 milliards d’euros, soit 113 % du PIB. Elle atteindra, fin 2010, 300 milliards, plus de 120 % du PIB. Les investisseurs, ceux qui prêtent aux Etats, ont désormais un doute extrêmement fort sur la solvabilité, c’est à dire la capacité à rembourser, de l’Etat grec. Ils prêtent donc plus difficilement, en exigeant une « prime de risque » plus importante, c’est à dire que la Grèce empruntera désormais à plus cher. Et il est temps pour elle d’engager des réformes structurelles de maîtrise de ses dépenses publiques, sinon elle pourrait se retrouver même dans l’incapacité de trouver des préteurs. D’autres pays se retrouveront dans une situation similaire, dans les années à venir, surtout dès que le risque de contrepartie lié aux entreprises se réduira.

Au demeurant, raisonnons ab absurdo : s’il est exact que la dette n’est pas une créance sur les générations à venir, pourquoi continuer à payer des impôts ? Il suffirait aux Etats d’emprunter à hauteur de leurs besoins. Pourtant, aucun ne l’a jamais fait ! Il y a surement une raison.

L’Etat dispose d’un vaste patrimoine bien supérieur à sa dette :

L’art de comparer ce qui n’est pas comparable ! Imagine-t-on un instant la possibilité pour l’Etat de céder son patrimoine pour rembourser ses emprunts ? C’est un non sens. On ne peut comparer une dette exigible et un actif non exigible. Hormis une fraction réduite effectivement cessible, l’Etat a besoin de son patrimoine pour accomplir sa mission. L’imagine-t-on vendre ses écoles, ses gendarmeries, ses centres administratifs ? Il faut partir du principe que « ce qui n’est pas cessible vaut 0 ». Accessoirement, en supposant que l’Etat veuille procéder à une telle liquidation, il faudrait prendre en compte : - qu’un actif très spécialisé (une école par exemple) subit une forte décote en cas de vente ; - que des ventes massives provoqueraient une chute de la valeur des actifs.

Enfin, une telle cession ne s’attaque pas aux causes des déficits.

(à suivre)


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