Magazine Poésie

Ariettes oubliées (Verlaine)

Par Arbrealettres

Ariettes oubliées (Verlaine)

I

C’est l’extase langoureuse,
C’est la fatigue amoureuse,
C’est tous les frissons des bois
Parmi l’étreinte des brises,
C’est, vers les ramures grises.
Le choeur des petites voix.

Ô le frêle et frais murmure!
Cela gazouille et susurre,
Cela ressemble au cri doux
Que l’herbe agitée expire…
Tu dirais, sous l’eau qui vire,
Le roulis sourd des cailloux.

Cette âme qui se lamente
En cette plainte dormante
C’est la nôtre, n’est-ce pas?
La mienne, dis, et la tienne,
Dont s’exhale l’humble antienne
Par ce tiède soir, tout bas?

II

Je devine, à travers un murmure,
Le contour subtil des voix anciennes
Et dans les lueurs musiciennes,
Amour pâle, une aurore future!

Et mon âme et mon coeur en délires
Ne sont plus qu’une espèce oeil double
Où tremblote à travers un jour trouble
L’ariette, hélas! de toutes lyres!

Ô mourir de cette mort seulette
Que s’en vont, – cher amour qui t’épeures, -
Balançant jeunes et vieilles heures!
Ô mourir de cette escarpolette!

III

Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur?

Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits!
Pour un coeur qui s’ennuie
Ô le chant de la pluie!

Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui écoeure.
Quoi! nulle trahison?…
Ce deuil est sans raison.

C’est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon coeur a tant de peine!

(Verlaine)


Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

  • VENDANGES de Paul Verlaine

    VENDANGES Paul Verlaine

    es choses qui chantent dans la tête Alors que la mémoire est absente, Ecoutez, c'est notre sang qui chante... O musique lointaine et discrète ! Ecoutez ! Lire la suite

    Par  Fleurdusoleil
    POÉSIE, TALENTS
  • Mon rêve familier 2.0 (libre interprétation du poème de Verlaine)

    Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant D’une information inconnue, et que j’aime, et qui m’aime, Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même Ni... Lire la suite

    Par  Lilzeon
    POÉSIE, TALENTS
  • Verlaine (Federico Garcia Lorca)

    Verlaine (Federico Garcia Lorca)

    La chanson que jamais je ne dirai s’est endormie à mes lèvres. La chanson que jamais je ne dirai. Parmi les chèvrefeuilles était un ver luisant et la lune... Lire la suite

    Par  Arbrealettres
    POÉSIE
  • Le rossignol (Verlaine)

    rossignol (Verlaine)

    Comme un vol criard d’oiseaux en émoi, Tous mes souvenirs s’abattent sur moi, S’abattent parmi le feuillage jaune De mon coeur mirant son tronc plié d’aune Au... Lire la suite

    Par  Arbrealettres
    POÉSIE
  • Soleils couchants (Verlaine)

    Soleils couchants (Verlaine)

    Une aube affaiblie Verse par les champs La mélancolie Des soleils couchants. La mélancolie Berce de doux chants Mon coeur qui s’oublie Aux soleils couchants. Lire la suite

    Par  Arbrealettres
    POÉSIE
  • Marine (Verlaine)

    Marine (Verlaine)

    L’Océan sonore Palpite sous l’œil De la lune en deuil Et palpite encore, Tandis qu’un éclair Brutal et sinistre Fend le ciel de bistre D’un long zigzag clair, E... Lire la suite

    Par  Arbrealettres
    POÉSIE
  • Voeu (Verlaine)

    Voeu (Verlaine)

    Ah! les oaristys! les premières maîtresses! L’or des cheveux, l’azur des yeux, la fleur des chairs, Et puis, parmi l’odeur des corps jeunes et chers, La... Lire la suite

    Par  Arbrealettres
    POÉSIE

A propos de l’auteur


Arbrealettres 2788 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazine