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Au Québec: les hôpitaux tuent 4000 personnes par année

Publié le 01 janvier 2010 par Suzanneb

Cela peut vous sembler incroyable mais il s’agit pourtant de la réalité.

Au Canada, les chercheurs estiment que les IN sont à l’origine de 8 500 à 12 000 décès par année. Ceci confère aux IN le quatrième rang au classement des principales causes de décès dans la population canadienne (après le cancer, les maladies du cœur et les accidents vasculaires cérébraux), alors qu’elles occupaient le onzième rang il y a deux décennies.

La plupart des données publiées sont parcellaires, concernent principalement les IN au SARM (Staphylococcus Aureus Résistant à la Méthicilline) ou au C.difficile, mais pas l’ensemble des IN. De plus, ces données sont trop souvent plus ou moins confidentielles, peu accessibles et compréhensibles par les usagers du système de santé et le public.

Il manque au Canada comme au Québec dans le domaine de la santé une culture de la responsabilité et de la transparence.

Ces faits ont été rapportés bien des fois dans nos médias de masse, je pense en particulier à l’émission «ENJEUX» à Radio-Canada,  2004-06-01, LES HÔPITAUX QUI TUENT.

Le document le plus récent que j’ai trouvé date de mars 2009, on le trouve sur le site du SCFP (Syndicat Canadien de la Fonction Publique):

Infections associées aux soins de santé : document d’information 

On trouve une liste impressionnante de 142 références au bas de cette page.

Infections nosocomiales… l’hécatombe continue

Les hôpitaux du Québec pourraient éviter plus de 5000 infections nosocomiales par année, tout en épargnant bien des souffrances inutiles aux patients.

Radio-Canada.ca Informations – Québec refuse d’étendre son plan – 17 juillet 2009

Les médias parlent des IN

ACTUALITÉ – Hôpital Maisonneuve-Rosemont

Cet automne j’ai publié un billet concernant entre autres, le décès de M. Fernand Larochelle, suite à des complications liées au Clostridium difficile attrapé à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Cette semaine sa fille Johane m’apprenait que son oncle, (le frère de M. Larochelle) est actuellement dans un état critique après avoir subi une intervention chirurgicale au même hôpital. L’homme de 60 ans a partagé une chambre pendant 6 jours avec un patient infecté par une infection nosocomiale, il a quand même reçu son congé sans dépistage, à la connaissance de la famille. Une semaine plus tard il quitte son domicile en ambulance. Sur son dossier il est indiqué que «si ce patient se représente, prévoir l’isolement».

On le place à l’Annexe, une pièce regroupant 6 personnes infectées mais «on ne sait pas quel type d’infection». Quatre jours plus tard, le diagnostic tombe: C-DIFFICILE. 

Nous venons de perdre l’aîné de cette famille il y 2 mois, la famille a très peur et n’ose pas le visiter.  Ses frères et soeurs habitent le même quartier et n’auront d’autre choix que d’utiliser le même hôpital si la maladie se pointe. Ils ont peur.

Le plus hilarant dans tout ca c’est qu’il a dû subir cette intervention chirurgicale suite à l’oubli d’un drain dans son abdomen, lequel l’a fait souffrir pendant des mois.  On détecta ce corps étranger en juin 2009 et 6 mois plus tard on l’enlève par laparoscopie.  6 mois !!!

Les gens doivent savoir afin d’être vigilants lors de leur séjour dans un hôpital. Que fait le gouvernement devant cette prolifération de bactéries dans les hôpitaux ?  Cela ne semble pas important, après tout il ne s’agit que de vies humaines.

Johane Larochelle

Incompétence crasse

Est-ce que vous êtes au moins aussi effrayé par ce genre de constat que vous l’étiez en plein coeur de la 2e vague de grippe A ? Non ? Voici quelques points de comparaison:

Comparons les décès

Infections nosocomiales

Chaque année au Québec, 11% des patients hospitalisés sont victimes d’infections nosocomiales, soit environ 90,000 /an, de ce nombre 4,000 en meurent.

Grippe pandémique A

Cumulatif en date du 23 décembre 2009 11h HNE =>  106 décès.

Santé-Canada – Décès associés à la grippe H1N1 au Canada

Comparons la compétence des responsables

Ici au moins, dans les 2 cas on assiste à la même incompétence crasse.

Infections nosocomiales

Les établissements ont l’obligation légale d’assurer des soins sécuritaires:

Jusqu’à 90% des infections nosocomiales sont évitables. Leur prévention est de la responsabilité des établissements de soins qui ont l’obligation légale de disposer des ressources nécessaires – humaines, matérielles et budgétaires – pour assurer une qualité sécuritaire des soins. 

Source: infectiousdiseases_day.pdf

Grippe A

Faut-il encore rappeler le chaos organisationnel, le manque de transparence et l’ignorance des faits dont ont fait preuve les autorités sanitaires pendant cette pseudo-pandémie de grippe porcine ?

Comparons la couverture médiatique

Avant de reprocher aux médias de masse leur manque d’intérêt pour le problème des infections nosocomiales, il faut tenter de comprendre ce qui les fait vivre.

Pour s’assurer une bonne audience, les médias de masse doivent évaluer entre autres choses, l’intérêt du public pour la nouvelle. Et pour mesurer cet intérêt, ils calculent le nombre de communications reçues du public (emails, téléphones, lettres, plaintes…), ils analysent divers sondages (qu’ils iront jusqu’à commander eux-mêmes pour mieux alimenter la nouvelle).

Par exemple:

  • un jour donné, une station de télé québécoise reçoit 200 emails à propos d’une nouvelle concernant un adolescent décédé en Ontario prétendument de la grippe A;
  • le lendemain, à l’annonce de nouvelles éclosions d’infections nosocomiales dans nos établissements de santé québécois, aucune réaction du public;
  • le jour suivant, une nouvelle concernant de la corruption au sein d’une administration municipale vaut à la station une centaine de emails;

On a tout lieu de croire que les médias publient ce que le public veut savoir. Si on ne veut rien savoir (autruche) on ne saura rien.

Implication

Pour conclure, si nous trouvons ça normal, si nous ne sommes pas inquiets, si nous ne pouvons pas imaginer qu’un jour ou l’autre chacun de nous a de fortes chances d’être hospitalisé, si nous ne réagissons pas… rien ne changera.

Il n’est pas normal que 4000 québécois par année entrent à l’hôpital pour se faire soigner et meurent d’une contagion évitable.

Vous vous souvenez la chanson de John Lennon « Power to the people ! » ?  bin c’est le temps de la chanter… sinon ce sont les docteurs qui vont continuer de chanter: « Power to the doctors ! »

Nous sommes plus nombreux qu’eux, nous avons plus de poids… pour peu que nous en prenions conscience.

À vous de jouer !

Lorsque les médias se donnent la peine de publier des chiffres concernant les infections nosocomiales, nous pouvons réagir.

Cette semaine, Éric Yvan Lemay écrivait dans le Journal de Québec…

Nombre record d’éclosions

Après le C. difficile, place au ERV

(…)

Depuis le début de l’année, on rapporte 38 éclosions d’entérocoques résistants à la vancomycine [ERV] dans les établissements du Québec, le plus haut taux depuis qu’on tient des statistiques en 2004. De ce nombre, 24 ont été rapportés sur l’île de Montréal.

« C’est un travail ardu. Il faut détecter les patients porteurs dès leur arrivée pour éviter toute transmission », dit la Dre Renée Paré, de la Direction de la santé publique de Montréal.

Si certaines éclosions ne durent que quelques semaines, d’autres s’étendent sur des mois, touchent des dizaines de patients et rendent la vie dure aux hôpitaux qui y sont confrontés.

Circulation restreinte

C’est le cas à l’Hôtel-Dieu du CHUM, où la bactérie est présente de façon presque continue depuis un an.

Hier, on comptait huit patients isolés dans une aile aménagée spécialement pour les cas d’ERV au pavillon Royer.

Après avoir eu recours aux services d’un gardien pendant des mois pour contrôler la circulation et demander aux gens de se laver les mains, on a installé des portes automatiques pour limiter les déplacements. « On a aussi du personnel supplémentaire pour nettoyer et désinfecter », dit la porte-parole du CHUM, Lucie Dufresne.

On n’est toutefois pas en mesure de dire combien de personnes ont été touchées au cours des derniers mois.

« Il y a des hauts et des bas. On travaille fort pour l’enrayer. »

Gardien de sécurité

L’hôpital du Lakeshore a également dû prendre des mesures, hier, pour limiter les visites. Un agent de sécurité a été posté au quatrième étage ouest-médecine, où sept patients porteurs de la bactérie ont été ciblés.

L’établissement affirme qu’aucun patient ne présentait de symptômes.

Ce sont surtout les patients ayant un système immunitaire plus faible qui sont à risque. Ils peuvent développer des infections urinaires ou dans des plaies.

Comme ils développent une résistance à l’antibiotique vancomycine, les soigner devient alors très ardu.

À l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, on doit aussi faire face à plusieurs cas. Depuis Noël, 12 patients ont été ciblés comme porteurs dans l’établissement. Le mois précédent, on en comptait une vingtaine.

C’est le territoire du centre-ville de Montréal qui est le plus touché avec un indice de 106,76 cas par 100 000 personnes-années, alors que la moyenne pour l’île est de 1,5.

Journal de Québec – Après le C. difficile, place au ERV - 30 déc 2009

En complément d’information

4. Comment les ERV se transmettent-ils? ( site du MSSS )

Les ERV se transmettent d’un patient porteur à un autre patient par les mains contaminées du personnel soignant. Le personnel se contamine les mains lors des soins au patient ou en touchant à certains objets de l’environnement contaminés par le patient (ex. : toilette, poignées de porte, commutateurs de lumière). C’est pourquoi la meilleure protection est le lavage des mains par le personnel soignant et par le patient.

MSSS Comment les ERV se transmettent-ils ? (cliquez sur l’item 4)

Le MSSS publie également des bulletins de surveillance des infections nosocomiales à Clostridium difficile.

Le dernier à être publié sur le site web du MSSS date du mois d’août 2009. (document .pdf)

En fait nous ne manquons pas de mesures ni de plans pour contribuer à faire diminuer les IN. C’est de contrôle que nous manquons, de contrôle et d’intérêt pour ce fléau.

Écrivons à nos députés, écrivons aux médias pour exprimer ce que nous ressentons. Il faut agir sinon rien ne changera. N’attendons pas d’être branchés à 3 fioles d’antibiotiques pour faire quelque chose. C’est maintenant !

Toute démarche visant à faire baisser le nombre d’infections nosocomiales doit être encouragée avec empressement. Je vais donc m’empresser de solliciter votre bon cœur pour le bénéfice de la santé publique.

Devenez membre d’ADVIN

10$ par année pour que des procédures soient engagées auprès de divers ministères, organismes, devant les tribunaux, pour le soutien aux victimes, pour obtenir qu’un de ces jours, tout le personnel des hôpitaux aient la bonne idée de se laver les mains entre deux patients, pour obtenir que le taux d’infections nosocomiales soit connu pour chaque hôpital.

Les patients ont le droit de savoir !

10$ par année pour ces 4000 personnes qui décèdent (au Québec seulement) chaque année, d’une infection nosocomiale.

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