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Nicolas Sarkozy et l’art de l’antiphrase

Publié le 04 janvier 2010 par Monthubert

Pour ses voeux, le Président de la République a appelé à « redonner un sens au beau mot de fraternité », ce troisième mot de notre devise souvent oublié derrière la liberté et l’égalité. Une fraternité d’autant plus nécessaire dans une période de crise, et qui rappelle l’appel de Benoît XVI aux catholiques pour qu’ils soient solidaires de ceux qui sont touchés par la crise. Une fraternité qui est pourtant mise à mal par l’essence même de la politique de Sarkozy, et par sa rhétorique. En ce sens, la phrase « redonner un sens » n’est pas anodine, et sonne même comme un aveu chez quelqu’un qui ne fait que jouer sur la confusion des mots et la destruction de leur sens.
La rhétorique classique de Sarkozy est fondée sur la division, la mise en compétition. Avec lui, il y a les bons et les mauvais, les travailleurs et les fainéants, quelques bons immigrés et des musulmans remettant en cause notre identité. Il y a aussi quelques bons chercheurs et les autres à qui il faut faire faire autre chose que de la recherche. Et toute sa politique est fondée sur des procédures de destruction du collectif, au profit de l’individualisation. Mise en place de primes dites « au mérite », comme la prime d’excellence scientifique, où un individu concentre les gains tirés d’avancées dues à une équipe, un environnement et des prédécesseurs, « autonomie » des universités qui ne signifie que mise en compétition des unes contre les autres. Emmanuel Todd, dans une interview très intéressante, le résume ainsi : ce que Sarkozy propose, c’est la haine de l’autre.
Dès lors, le discours du 31 décembre est un bel exemple d’usage de l’antiphrase. Sans aucune compétence pour faire une véritable étude scientifique du discours de Sarkozy, je me risque à un modeste décryptage. Sarkozy alterne des discours où il affiche clairement ses intentions, et d’autres où il dit précisément le contraire de ce qu’il fait. Au titre du premier type, on compte le fameux discours du 22 janvier 2009, où il exposait clairement son mépris pour les chercheurs. Le discours d’hier comptait dans la seconde catégorie. Les moments politiques sont évidemment la cause de ces alternances. Il y a un an, Sarkozy était dans une période porteuse, il était crédité d’un succès au niveau de la présidence de l’Union Européenne, avec d’ailleurs une myopie affligeante tant on mesure que cette présidence n’a débouché sur rien d’important. Aujourd’hui, il accumule les revers. A Copenhague où il s’est ridiculisé avec un discours volontariste et culpabilisateur, sans doute plus destiné aux télévisions françaises qu’aux dirigeants étrangers sur lesquels il n’a aucune prise. En France où la censure de la taxe carbone par le Conseil Constitutionnel a été explicitée avec des termes mettant en cause l’inadaptation du dispositif par rapport aux objectifs affichés, et l’inégalité créée.
Dans un tel contexte, Sarkozy change de registre, tente de cacher son côté droite décomplexée, vole les mots à l’adversaire.
La phase suivante, si les difficultés perdurent, sera celle du repentir. Il nous a déjà fait le coup plusieurs fois. D’abord, pendant la campagne présidentielle, quand il a fait son plan : « j’ai changé ». Avec un certain succès, d’ailleurs. Ce qui avait changé, c’est surtout le ton de la voix, une façon de parler très près du micro et plus bas, pour donner un sentiment de sagesse, tranchant avec son caractère survolté. Autre exemple, lors de son interview au Nouvel Obs, où il mettait en scène sa confession d’avoir fait des erreurs. Plus récemment, au moment du sommet de Copenhague, il dit avoir changé, n’étant pas précédemment de fibre écologiste.
Le problème pour le Président, c’est que ces techniques semblent ne plus prendre comme avant. Car ce petit jeu a ses limites, celles de la perte de crédibilité. La fuite en avant peut fonctionner au début. On explique qu’on n’est pas responsable de la situation, c’est l’héritage. Puis on joue le jeu du volontarisme, comme avec le grand emprunt. Une façon de tenter de faire oublier que le bilan des deux premières années est catastrophique, en détournant l’attention sur la préparation de l’avenir, avec un outil qui prend les atours d’une nouvelle rupture, avec soi-même cette fois-ci. Un outil qui n’est qu’un mirage, et n’apportera rien de plus, car servant une politique désastreuse.
Tout cela offre un contexte politique favorable pour les socialistes. Nous devons nous en saisir, sur la lignée des derniers mois, où le discours de Martine Aubry a été juste et efficace, avec des orientations claires et décomplexées, comme sur l’immigration par exemple. Une année 2010 qui servira de rampe de lancement pour 2012, où nous devons permettre à Sarkozy d’inaugurer une nouvelle phase : celle du départ.

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