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Le débat sur l'identité nationale - partie 2 : Rappel des principales notions

Publié le 31 décembre 2009 par Sectionpslyon5
Voici la suite
Jean-Paul Schmitt

2- Rappel historique des principales notions

2.1- Nation

In Wikipédia :

Au sens moderne du terme, « nation » a une signification à dominante politique. Une nation est d'une part un État (comme dans l'expression « Organisation des nations unies »), et d'autre part un peuple ayant l'objectif politique de maintenir ou de créer un État.

Des groupes ne bénéficiant pas d'une organisation en État se définissent cependant comme une nation, avec l'objectif de constituer un État ou au moins une structure politique autonome. Les nationalistes bretons, juifs, corses, basques, écossais, algériens, catalans ou québécois ont ainsi revendiqué un État pour leur population de référence, certains finissant par l'obtenir.

Par exemple, au Canada, la Chambre des communes a voté, le 27 novembre 2006, à une majorité écrasante, en faveur d'une motion qui reconnait que « les Québécois forment une nation au sein d'un Canada uni », cette démarche se voulant surtout symbolique. Dans le but d'obtenir un État ou des droits spécifiques, les groupes se présentant comme une « nation » ont souvent tenté de définir la dite « nation », et donc de la légitimer, par des critères historiques.

In Larousse :

« Ensemble des êtres humains vivant dans un même territoire, ayant une communauté d'origine, d'histoire, de culture, de traditions, parfois de langue, et constituant une communauté politique.

 Entité abstraite, collective et indivisible, distincte des individus qui la composent et titulaire de la souveraineté. » Au-delà de cette description « encyclopédique », le concept de Nation relève en gros de deux grandes conceptions fortement différenciées : celle, allemande, de Fichte (la nation, selon Fichte, a des caractéristiques objectives : culture, race, religion, histoire, langue etc.), et celle, française, issue des Lumières et bien décrite par Renan dans laquelle la nation est un vouloir-vivre ensemble
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De Ernest RENAN : Qu'est-ce qu'une nation ?, 1882.

« Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu'on a faits et de ceux qu'on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L'existence d'une nation est (pardonnez-moi cette métaphore) un plébiscite de tous les jours, comme l'existence de l'individu est une affirmation perpétuelle de vie. »
 

De Maurice Barrès : " L’éducation nationale ", Le Journal, 30 octobre 1899 :

Il y définit l’identité nationale par la "terre et les morts" et explique l’enracinement dans le sol natal et la cascade des générations comme principes d’" une commune manière de sentir et de réagir ". Il ajoute : « C’est [pourquoi] tant de naturalisés, quels que soient leur mérite personnel et leur bonne intention, qui n’ont pas avec nous cette communauté de race, de sang et d’histoire, ne sauraient sentir comme nous sentons, et surtout dans les questions nationales ». C’est très proche des thèses lepénistes.

Barres

in Larousse :

« De plus le concept de nation a été parfois critiqué. La nation a été fondée, en France, sur une logique d'égalisation : suppression des corps intermédiaires, des langues régionales, des privilèges et des particularismes. Toutefois, elle subit deux types de critiques principales. D'une part, pour les tenants de la lutte des classes, la nation est un leurre idéologique destiné à masquer les conflits d'intérêts entre les différentes classes sociales. Le socialisme s'est donc réclamé de l'internationalisme contre le nationalisme jugé « bourgeois ».

D'autre part, pour ceux qui revendiquent le droit à la différence (culturelle, linguistique, etc.) à l'intérieur d'un pays, l'idée de nation apparaît comme l'instrument d'une uniformisation autoritaire. Ainsi, les revendications liées à l'autonomie du pouvoir régional sont, pour l'essentiel, une contestation de la nation. De plus, l'idéal européen a mis en cause les vieilles nations : la logique d'une Europe fédérale s'oppose au maintien des souverainetés nationales. Le débat entre fédéralistes et souverainistes est loin d'être clos.

La nation est donc le peuple constitué en corps politique. L'État est l'organisation juridique de la nation. La Constitution de la Vème République se réfère toujours au préambule de 1789. Il semble qu'à l'heure du multiculturalisme et des problèmes d'intégration la référence à une nation comme principe d'égalité et facteur de cohésion sociale soit encore d'actualité. »

2.2 – Identité nationale


La notion apparaît dans les années 50 aux Etats-Unis, mais c'est surtout après 68 que l'expression se diffuse dans le cadre du militantisme multiculturel. Dans le prolongement des combats contre la colonisation, les mouvements régionalistes et les porte-parole des minorités ethniques se mobilisent pour défendre leur identité de nations opprimées. Dès le début des années 70, en France, les intellectuels de la nouvelle droite, autour du Gréce
[Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne, ndlr], travaillent au retournement de cette notion. Cela donne : «Nous aussi, nous avons le droit d'avoir une identité. Et les immigrés qui arrivent chez nous menacent cette identité.» L'autre moment clé, c'est les années 80 lorsque le Front national récupère cette expression pour en faire un thème central de son discours.
 

Le nationalisme de Barrès et le patriotisme de Jaurès. (selon Gérard Noiriel in "A quoi sert l'identité nationale"

Historien, directeur d’études à l’EHESS, membre du Comité de vigilance sur les usages de l’histoire (CVUH), Gérard Noiriel est membre démissionnaire du conseil scientifique de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration)

Le paroxysme de la ferveur patriotique est atteint lors de la 3e République. Les symboles de la nation deviennent visibles sur tous les fronts : représentation de la France sur les cartes géographiques, imposition de héros nationaux par l’École de Jules Ferry ; la Marseillaise devient l’hymne national et le 14 juillet, une fête nationale. Tous ces éléments renforcent les consciences et l’identification des individus à leur nation.

Or, l’auteur distingue de manière flagrante à travers les exemples de Barrès et de Jaurès, les diverses conceptions qu’a pu prendre l’identité nationale. Ainsi, face aux menaces de l’Allemagne, la France se devait de ressouder la population de son pays. Définir au plus vite l’identité nationale était donc vital. Barrès propose deux voies pour renforcer le sentiment national : ce que Noiriel nomme la « haine du voisin » ainsi que la référence au passé à travers les commémorations afin de souder les vivants aux morts. L’identité nationale se résume donc au rejet de l’étranger « qui n’aime pas la France ». Cette haine prend forme dans les préjugés raciaux qui sont au fondement de l’œuvre de Barrès.

Jaures

Jaurès, quant à lui, préfère parler de « patriotisme », renvoyant à ceux qui aiment la France. Cependant, la question nationale n’est en aucun cas le pilier de son programme politique : il préfère la subordonner à la question sociale. Pour lui, il est indispensable de lutter par une révolution pacifique contre les injustices économiques provenant de l’exploitation patronale des ouvriers. Ainsi, il cherche à concilier, tout en plaidant pour la paix, la défense de l’intérêt national avec les idéaux universalistes du mouvement ouvrier.

2.3- l'association entre «immigration» et «identité nationale»

« En étudiant les discours sur le sujet, on s'aperçoit que ce ne sont pas tellement les arguments qui comptent, mais les mots. Lorsque Drumont écrit la France juive, en 1886, l'impact de son livre ne tient pas tellement à ses arguments qui sont d'une ineptie totale, mais à sa capacité à créer des associations d'idées dans l'esprit des gens. À chaque page, il martèle l'association espion, allemand et juif, et après celle-ci fonctionne toute seule dans le cerveau des gens. Le Front national a fait la même chose au début des années 80 avec l'association entre «immigration» et «identité nationale». C'est pourquoi, cette formule est pour nous totalement inadmissible. » - Gérard Noiriel, historien démissionnaire de la Cité de l'histoire de l'immigration, entretien à Libération le 16 juillet 2007.

Un FN réjoui
 

 

 

 



 

 

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