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Pour une poignée de vaccins

Publié le 05 janvier 2010 par H16

Impitoyablement, la grippe est venue, et elle s’est abattue. Le mois de Janvier est arrivé, et les morts par millions se sont comptés. Ah tiens … non, finalement. Ce qui se compte par millions, ce ne sont pas les morts. Ce sont les doses de vaccin inutilisées. Et qui ne seront pas vendues. Pas de doute : encore un désastre de l’ultranéolibéralisme !

Tout avait pourtant bien commencé.

Au Mexique, les victimes tombaient par douzaines. Le virus, semble-t-il issu d’une virulente souche porcine, attaquait les malades qui, pareils à des fusibles, grillaient sous une tempêtes de cytokines mal contrôlés.

La panique gagnait rapidement les foules (bien que certains continuaient quand même, les fous, à se rendre dans les régions putrides couvertes des miasmes mortels), foules qui, progressivement, se rendaient bien compte qu’à ce rythme, on atteindrait jamais 2012, date à laquelle la fin du Monde était prévue par les Mayas et tous pleins d’autres prophètes connus pour avoir su tirer les bons numéros au loto et voir leur propre disparition dans les limbes de l’Histoire.

Bref : en milieu d’année 2009, les mains étaient moites, les fonds de slips de moins en moins propres, et déjà, certains affûtaient leurs stocks de masques hygiéniques (si si, affûtaient, je vous expliquerais comment faire une autre fois).

Et alors que l’avenir semblait au plus sombre, et alors que, dans les yeux d’habitude étincelants d’intelligence de la Ministre de la Santé, on ne pouvait plus guère lire que la panique affolée qui est celle d’un animal certain qu’on le mène à l’abattoir, alors qu’il ne transparaissait plus le moindre espoir sur une humanité condamnée à mourir dans les spasmes atroces d’une maladie terminale, pif pouf badaboum, le gouvernement a commandé 96 millions de doses d’un vaccin génial qui serait prêt juste à temps pour endiguer la pandémie.

Pour faire bonne mesure, la Fraônce, éternelle et durable et citoyenne et festive et très à cheval sur son principe de poltronnerie précaution, a acheté un tiers du Tamiflu mondial. Au moins, on allait pouvoir baigner les malades dans un bain d’anti-viral revigorant.

Car pandémie il y aurait : puisque des millliards millions milliers centaines de personnes étaient déjà touchées sur deux cinq trois quatre tous plein de continents, c’était forcément bien plus qu’une simple épidémie.

Pandémie il y avait donc et la Grippe H1N1 se répandit donc comme … comme… heu … une grippe, mettons. Enfin, à peu près. Disons comme une pandémie de rhume. Mhhh.

Ca se dit, ça, pandémie de rhume ? Et de gastro ?   »Pandémie de gastro » ? Ca sonne bizarre, on n’a pas l’impression que ça fasse pandémie, ça, la gastro ou le rhume.

La calvitie, comme dans « Pandémie de calvitie » ? Non. Trop bénin. La peste ? Non, trop mortel.

Bref.

Pandémie de Grippe H1N1, il y eut donc.

Et en ce début de mois de janvier, alors que la population est exténuée d’une lutte féroce et sans merci (mais avec manifestement beaucoup de s’il vous plaît et de pardon, je vous en prie et après vous) contre un virus catastrophique, on apprend par la presse avisée (toujours aussi avisée, la presse) qu’enfin, le bout du tunnel est visible et les zeures sombres de notre histoire sont terminées : la grippe A recule !

L’année 2010, finalement, commence donc sous de cléments auspices ! Les rescapés vont enfin pouvoir arrêter de porter des masques hygiéniques, de se laver compulsivement les mains.

Encore que non : lavez vous les mains, c’est une bonne chose. Pas trop, mais de temps en temps, histoire de conserver les ongles propres. Et éviter de toucher votre visage ensuite. Tripotez plutôt celui des autres. Et ne mangez pas trop gras, trop salé, trop sucré. Et lavez vous les dents. Surtout celle-là, dans le fond. Vous savez, celle que le dentiste vous a dit de faire gaffe parce que bientôt, c’est la dévitalisation qui guette et on sera obligé de la mettre sur pivot et avec votre gencive de merde passez moi l’expression mais oui, vous avez une gencive de merde, le pivot ne tiendra pas alors bonjour le bridge et avec les remboursements de la sécu ma brave dame ça va douiller sévère ah et ils nous détraquent le temps avec leur CO2 de merde mais je m’égare excusez moi.

Comme vous pouvez le constater à ce point du billet, on sent palpiter la tension et la peur, même après avoir soupiré devant le recul de la maladie.

Il faut bien le dire : la grippe A aura fait de très nombreuses victimes.

Car aux quelques morts dûs à la maladie, il faudra ajouter tous ceux qui, d’une façon ou d’une autre, vont voir leur pouvoir d’achat diminuer. Et qui dit diminution du pouvoir d’achat dit diminution des dépenses, et dit aussi, en bout de chaîne, des emplois en moins.

Pour être parfaitement clair :

La grippe A, par la gestion étatique calamiteuse de bout en bout, va probablement ajouter quelques milliers de chômeurs à la dureté de la crise économique.

96 millions de doses, 6.5 euros de moyenne, dont environ 40 millions qui nous restent sur les bras, cela fait au moins 300 millions d’euros. Soit un SMIC par mois pendant 22.000 ans, ou, dit autrement, un millier de smicards employés pendant 22 ans.

Pour une poignée de vaccins

Ici, j’ai eu la pudeur de ne pas compter les stocks de Tamiflu (qui n’est pas gratuit), ni les coûts de l’opération Centralisons Les Picouzes (sous-titre : Toujours Sans Mon Généraliste), ni les coûts de conservation des stocks pléthorique d’un vaccin surproduit. Je suppose que le coût total, 2 milliards, évoqué par certains, est certainement exagéré, mais je doute que la facture finale s’établisse très en dessous de 500 millions…

Certes certes, on m’objectera qu’il valait mieux prendre quelques précautions plutôt que laisser l’hécatombe s’installer. Seulement voilà : dès l’été, des voix s’élevaient pour dénoncer la façon dont l’ensemble de l’opération était organisée. Et même si d’autres pays se retrouvent, eux aussi, avec des stocks importants sur les bras, on conserve cette impression qu’en France, on s’est légèrement fait entuber en payant, finalement, plus cher que prévu.

Quant à revendre le trop plein, avec la concurrence des autres sociales-démocraties elles aussi fort précautionneuses, il n’est pas certain qu’on rentre dans nos frais.

Le principe de précaution, la planification étatique, c’est ça : 1000 chômeurs de plus, pendant une génération, sur un coup de panique.


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