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Grippe A : le grand cafouillage

Publié le 05 janvier 2010 par Hmoreigne

 40 millions de doses de vaccins en attente et moi et moi, qui attend toujours mon bon de vaccination. L’épisode sanitaire qui semble s’approcher de son terme doit nous apprendre à rester modeste dans les analyses, dans les prévisions, tout comme dans la capacité de notre système de santé à réagir avec efficacité. Il doit aussi nous interroger sur l’emprise des industries pharmaceutiques dans les choix des autorités gouvernementales. Autant de questions qui justifient pleinement une commission d’enquête parlementaire non pour polémiquer mais bien, pour progresser.

Annulations de commandes de vaccins, absence de transparence dans la fixation du prix de ceux-ci, milieu médical divisé sur l’opportunité à vacciner ou pas, mise en œuvre de la vaccination défaillante pour finalement se résoudre à faire appel aux généralistes …beaucoup de leçons sont à tirer en ce début de nouvelle année. Le seront-elles intégralement ? On peu en douter tant la notion d’irresponsabilité est prégnante sur notre société. Première concernée, la ministre de la santé, ne semble pas le moins du monde troublée par une cacophonie devenue courante dans les hautes sphères de l’Etat.

Il y a pourtant de quoi être mal à l’aise. Devant la chef de l’administration Roselyne Bachelot dont le CV de pharmacienne ancienne salariée de l’industrie pharmaceutique laisse dubitatif. Devant la Direction Générale de la Santé (DGS) qui n’a pas été en capacité, semble-t-il, d’apporter une expertise fiable à sa ministre, écartant les médecins généralistes du plan de prévention et, les bombardant de consignes contradictoires avant de se résoudre à devoir leur faire appel.

Prendre ses responsabilités c’est faire des choix et les assumer. Sommes-nous prêts à écarter à tout prix certains pics de mortalités essentiellement parce qu’ils sont médiatisés ? La réponse à ce jour est oui dans une société qui réfute les aléas de la vie, cherche désormais toujours un coupable à poursuivre quand ils surviennent, revendique le risque zéro et l’inscrit dans la Constitution à travers le principe de précaution.

Les français estiment légitimement que leur propre vie ou celle de leurs proches n’a pas de prix, surtout quand celui-ci lui est rendu invisible par sa prise en charge quasi-intégrale par la collectivité. Les professionnels de santé eux, confrontés quotidiennement avec la mort, ont avec cette dernière un certain recul et en connaissent le tarif.

Le professeur et député UMP Bernard Debré a dénoncé sur RTL le manque de prudence de la France : “Nous avons le tiers du Tamiflu mondial, qu’on est en train de fourguer aux pharmacies ; nous avons 10% des vaccins du monde.” “Le coût est plus que le déficit de tous les hôpitaux français, trois fois le plan cancer, il fallait peut-être un peu plus de prudence“, a-t-il ajouté soulignant, “il y a eu en juillet une pression des laboratoires absolument fantastique.”

Marc Gentilini, grand spécialiste des maladies infectieuses et ancien président de la Croix-Rouge française évoque lui, une stratégie dispendieuse : “Tout ceci était prévisible. Jouer le pire n’était pas forcément jouer juste et ceci se fait au détriment d’autres problèmes de santé publique, nationaux ou internationaux.”

Que l’on décide politiquement de mettre les moyens, pourquoi pas, sous réserve, que cela fonctionne. “Cinq millions de vaccinés pour 94 millions de doses ! Cherchez l’erreur !” résume Hervé Cannet dans la Nouvelle République du Centre Ouest, sans parler des 33 millions de boites de Tamiflu qui ne trouveront pas preneur.

Plus corrosif, Patrick Fluckiger dans l’Alsace ne mâche pas ses mots : “(…) L’opération délestage est à l’image de la campagne de prévention : précipitée, artisanale, et pour tout dire, désastreuse.” Le plus grave ne réside cependant pas dans cette organisation bureaucratique et cahoteuse, mais bien dans la gesticulation qui accompagne la pandémie. (…) La psychose a rempli les caisses des laboratoires. Les gouvernements se chargent même d’assurer aujourd’hui la revente des médicaments. Ils se sont transformés en super VRP pour l’industrie pharmaceutique.

Autant de critiques saines, si elles permettent de corriger le système, de le rendre plus efficace et pourquoi pas plus respectueux des deniers publics. Pourquoi ne pas profiter de l’occasion pour remettre le système sur la table à travers une commission d’enquête parlementaire comme le proposent le PS et le Nouveau Centre ? “On a acheté trop de vaccins, cela profite à l’industrie pharmaceutique de façon assez éhontée, cela a un coût pour les finances publiques, de un à 2 milliards d’euros, alors que celles-ci sont quand même dans une situation extrêmement difficile, et cela prouve que l’on a poussé beaucoup trop loin le principe de précaution sans aller dans le principe de responsabilité“, a ainsi dénoncé le socialiste Pierre Moscovici.

Le risque majeur au pays de Pasteur serait une très grande démobilisation de la population face à des campagnes de vaccination qui restent sanitairement essentielles.

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