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Un coeur grand comme ça.

Publié le 05 janvier 2010 par Reenco
Laissez-moi vous raconter mon après-midi.
Elle devait être banale. Elle ne l'a finalement pas été.
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Cela a commencé avec un mal de gorge indéfinissable, une voix qui ne voulait plus s'exprimer, de la fièvre et une emprise de léthargie. Difficile de se forcer à sortir, malgré tout ce que j'avais à faire.
Lorsque je suis rentrée chez moi la veille du réveillon, j'avais dans ma boite aux lettres un avis de passage du facteur qui datait du 26 décembre. Il fallait donc qu'aujourd'hui, je me bouge pour aller chercher les deux colis indiqués sur le papier, avant que La Poste ne les renvoie à son expéditeur. J'enfile ma doudoune dont je trouve le moyen de casser la fermeture éclair, j'enroule en trois tours mon écharpe autour de mon cou, je mets mes gants, je descends les escaliers et je m'embarque dans le grand froid.
Dans ma tête, il y a des "grrr pourquoi je dois aller à la Poste?", "grrr j'ai froid, j'ai mal, je m'énerve".
Arrivée à la Poste, pour une fois, je ne fais que deux minutes de queue et je présente mon avis de passage ainsi que ma carte d'identité. La guichetière s'en va quelques minutes derrière son rideau. Je la vois réapparaître (enfin, je vois ses mains et ses jambes) bardée de deux colissimos énormes qui semblent (je dis ça par rapport à sa façon de marcher comme si elle était sur un fil) très lourds. Elle les pose sur le bureau et lorsqu'elle découvre mon visage, elle s'esclaffe en voyant ma bouche bée et mes yeux grands ouverts. Je monte sur la pointe des pieds pour tenter de voir le nom de l'expéditeur.
A l'instant où je l'aperçois enfin et que je vois inscrit sur le destinataire Opération Remplissons le carton, la guichetière me lance "Ce sont peut-être des cadeaux!".
Et je réponds avec un grand sourire "Oh que oui, ce sont des cadeaux, de très beaux cadeaux".
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Là tout de suite, il me faut trouver un moyen de ramener ces deux éléphants compacts chez moi, à l'aide des mes deux seules petites mains.  Je téléphone au bonhomme en lui expliquant la situation pour qu'il vienne mettre la banquette arrière de sa chariotte à disposition. Manque de chance, il est déjà au travail. Alors je cherche comment faire. Je cherche. Je cherche encore.
Je vais trouver.
Je me mets dans le fond du bureau de Poste, sur une table et je prends quinze bonnes minutes pour dépioter les paquets.
A l'ouverture du premier, tout s'arrête autour de moi. Je n'exagère rien. Lorsque j'ai découvert tous ces produits, savons, shampoings, rasoirs, brosses à dents et j'en passe, je suis restée stoïque. J'ai souri. Puis c'est sorti. De mes yeux. Ca a coulé, coulé, coulé. Je sais que d'ordinaire je pleure tout le temps pour rien, mais là c'était sacrément bien justifié.
Dans ma tête, je me disais "Elle est folle ! Elle est folle ! Elle est géniale !".
La personne qui m'a envoyé tout ça. Je savais très bien de qui il s'agissait. Je n'ose pas la citer ici car je ne lui ai pas demandé si elle était d'accord, mais si vous lisez le blog régulirèment, vous la connaissez.
Je bien vu que les gens qui faisaient la queue aux guichets me regardaient, mais je m'en suis fichue comme de la dernière pluie. Ca avait besoin de sortir, de s'exprimer, de s'évacuer. Ce dont je suis sûre, c'est que ces clients ont vu sur moi des larmes de joie, inévitablement.
A l'heure qu'il est, je ne m'en suis toujours pas remise. En attendant que mon moi se calme, j'ai continué à découvrir le contenu des paquets. Il y avait aussi des culottes, des slips, des chaussettes, des gants et serviettes de toilette ...
Dans mon petit sac Monoprix que j'ai toujours sur moi, j'ai mis tout ce que je pouvais. Dans mon sac à mains, j'ai mis tout ce qui restait. J'ai jeté les cartons à la poubelle puis je suis rentrée chez moi.
Avec dix kilos dans chaque main. Une petite pause tous les cent mètres.
Un trajet de 20 minutes contre 10 d'habitude huhu.
Je ne sais pas comment remercier cette personne d'une générosité incroyable. Mais comme je crois que les choses sont bien faites, je suis certaine que la vie la remerciera comme il se doit, comme elle le mérite. Si je peux faire quelque chose de mon côté, je n'hésiterai pas.


Toutes ces belles choses sont désormais chez moi pour ne pas y rester longtemps.
Grâce à ces paquets, je vais donc pouvoir vous parler de l'opération que je comptais lancer un peu plus tard. Je voulais attendre un peu, pour que vous ne vous sentiez pas obligées ou racolées en permanence.
Je ne veux pas avoir l'air de quémander en permanence, car ce n'est pas du tout le but de mes initiatives.
Que ce soit bien clair, chacun fait comme il peut, quand il le peut, et si il le veut.
D'ac?
En fait, je voulais proposer pour le printemps prochain une opération quelque peu similaire. Cela fait deux ans que je l'ai en tête.
Pouvoir offrir aux personnes qui vivent dehors un sac personnel comprenant le nécessaire de toilette.
J'y pense presque chaque jour, lorsque je me traine en sortant du lit, avec les cheveux en bataille, parfois gras, parfois cassés, l'haleine douteuse, la peau sèche et qu'après une bonne douche, une bonne odeur partout sur moi, des cheveux lisses, démêlés et une bouche toute fraîche, je me sens une nouvelle femme.
Je trouve qu'après un décrassage matinal, on est une autre personne. Honnêtement, ça me viendrait pas à l'idée de me pointer dehors la gueule dans le derrière, avec des restes de la veille pas forcément visibles mais parfois odorants partout sur moi. D'abord, je ne me sentirais pas à l'aise. Mais en plus, que les autres penseraient-ils de moi? Dans les transports, qui supporterait de s'asseoir près de moi? Au travail (si j'en avais un huhu), qui voudrait passer cinq minutes à la photocopieuse avec moi?
Bref, ce que je veux dire, c'est que me laver, me préparer, me faire propre et présentable me donne la dignité que je n'ai pas au moment où je décolle la tête de l'oreiller.
On en a peut-être pas forcément conscience parce qu'on a l'habitude, si tant est qu'on soit pas un ado de 15 ans en mode rebelle je ne mets pas un pied dans la salle de bains pendant un an, chaque matin, de filer à la douche, de brosser les dents, de faire la toilette intime, de mettre des crèmes et compagnie.
On y pense le jour où les enfants ne veulent pas prendre le petit-dèj correctement, qu'ils font des batailles de corn flakes,  qu'on part en retard à l'école et qu'on se rend compte qu'on a oublié, dans la panique, de sortir le dentifrice et la brosse. Là, forcément, ça va nous hanter toute la journée.
Non?
Perso, j'ai pas d'enfant qui joue aux boulettes de céréales le matin, mais il m'est arrivé deux ou trois fois de me réveiller en retard et de ne pas avoir le temps de me laver mes cheveux qui en avaient bien besoin, et finalement, de me sentir pouilleuse toute la journée, au point de n'attendre qu'une chose : rentrer à la maison.
Pour nous, l'hygiène personnelle, c'est la routine, un détail.
Pour les autres, ceux qui n'ont pas de salle de bains, de savon et de rasoir, il se peut que ce soit plus compliqué.
Je me dis que fournir ponctuellement le nécessaire de toilette à des personnes en difficulté peut les aider, d'une, à retrouver une certaine dignité. De deux, grâce à une meilleure présentation, peut-être une envie d'oser aller de nouveau vers autrui, et peut-être même, à terme, de se réinsérer dans la vie professionnelle. Je sais, c'est un peu au pays de Candy que je vis, mais je résume là. Et je généralise. Si ça se trouve, ça pourrait marcher pour deux personnes sur dix. Ce serait déjà énorme.
Puis dans tous les cas, j'estime que tout être humain a droit à une certaine dignité, et quand se laver peut suffir à en donner un petit bout, j'ai envie d'y aller. Comme quand il fait froid et qu'un peu de laine peut couvrir des têtes, des cous et des mains.
Il y a quelques semaines, je suis allée dans un magasin de destockage pour voir les prix des produits. J'ai fait plusieurs calculs, et j'ai constaté que pour 2,50€, on pouvait prendre un shampoing, une brosse à dents, un dentifrice, des rasoirs et un gel douche. Je me suis dit que si plusieurs personnes s'y mettaient, on pourrait aider encore pas mal de gens.
Honnêtement, même dans ma situation personnelle, 2,50€ c'est pas facile à sortir. Alors ce que j'ai fait, c'est que depuis quelques semaines, lorsque je fais mes courses bimensuelles, je fais l'impasse sur des fruits par exemple, et à la place, je prends un shampoing à 80 centimes. (Chez Carrefour - et chez Leader Price j'en prends deux). J'ai commencé à prendre des cotons tige aussi, des rasoirs et des brosses à dents.
L'idée serait de faire des sacs (plastiques - que j'ai déjà piqués au supermarché huhu) personnels avec à l'intérieur (dans la mesure du possible) :
- du savon
- du shampoing
- du dentifrice
- une brosse à dents
- des rasoirs
- du déodorant
- des tampons et serviettes hygiéniques pour les femmes
- des cotons tige
- de la mousse à raser

J'ai également des tas d'échantillons de savons, shampoings, crèmes & cie qui serviront bien plus à tous ces gens qu'à l'étagère de mon placard. Il me reste beaucoup d'échantillons de parfums de lorsque j'étais ambassadrisse pour des cosmétiques, ils seront certainement appréciés. Un paquet qui m'a été envoyé la semaine dernière par l'une d'entre vous contenait également des produits de toilette, ainsi que du tabac.
Les serviettes et gants de toilette sont des produits qui coûtent relativement cher. Aussi, je vous demande de ne pas en acheter. Si vous tenez à en envoyer, peut-être pouvez-vous faire du tri dans ce qu'il y a dans vos placards. Je vais m'y mettre aussi, d'ailleurs.
Il y a des bains-douche à Paris, où tous peuvent se rendre quand ils le veulent.  J'ai aussi vu que dans les campements, comme au bois de Vincennes, il y a des points d'eau de fortune. Alors
ces nécessaires seront bien utiles et utilisés, j'en suis certaine.
Alors bien sûr, c'est différent de l'opération d'hiver, car il ne s'agit pas là entièrement de récupération. Je propose ce projet sur du très long terme, à celles et ceux qui peuvent le faire (car il y a encore les frais de port que je n'oublie pas et qui vous coûtent certainement très cher chaque fois).
Ce qui serait  bien, ce serait de continuer à passer le message sur vos blogs ou dans vos entourages, comme pour la première opération. Je vous en remercie beaucoup d'avance !
Par soucis d'équité entre les bénéficiaires, je ne ferai une distribution de ces sacs que lorsque j'aurai réuni beaucoup de produits, je pense que c'est mieux, je n'aimerais pas en laisser un sur le carreau.
Cette fois, l'opération vise à aider à la sensation d'être bien en vie, en espérant qu'elle aide aussi à la réinsertion, même si ce n'est que le premier maillon de la chaine. Il faut bien que ça commence quelque part !
En ce qui concerne nos écharpes, bonnets, gants, culottes, chaussettes, slips & cie, je tiens à vous remercier pour la super première distribution que nous avons pu faire et pour les paquets que je reçois encore. Une autre va être programmée très prochainement.
Je continue à tricoter la laine que vous m'avez envoyée (et je fais aussi des modèles pour enfants et bébés car j'en vois de plus en plus avec leurs mères dans Paris) et je pourrai déjà, grâce à vous, prévoir une distribution pour l'automne 2010 !
Je me régale dans ces opérations, de ce partage avec vous, et de tout ce que j'apprends chaque jour que je n'aurais pas découvert dans ma petite vie de travailleuse centrée sur elle-même il y a moins de six mois.
Parfois, dans ce que je peux voir ou entendre dans la rue ou ce que j'ai pu observer à la Soupe Populaire, j'ai été effrayée de constater de la vie des autres. J'ai encore rencontré le 1er janvier une jeune femme de 22 ans, secrétaire comptable de métier, maman d'un petit garçon de 3 ans, qui s'est retrouvée à la rue suite à un licenciement et à qui on a retiré son enfant. Elle dort de foyers en foyers, cherche des vêtements pour pouvoir se présenter à des entretiens, jure qu'elle récupèrera son fils en grelottant dans le froid. Comme on ne fera pas avancer ce qui se passe dans les ministères, autant essayer de ne pas enfoncer encore plus ceux qui auraient besoin qu'on s'occupe d'eux en priorité, je me dis.

Bon, ben finalement, j'ai complètement zappé que j'étais malade, avec tout ça.
PS : si vous ne pouvez pas payer de frais de port, pourquoi ne pas offrir un nécessaire de toilette à une personne de votre ville?


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