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Dangereuses polémiques

Publié le 05 janvier 2010 par Toulouseweb

Dangereuses polémiques L’A400M et le Rafale dans l’œil du cyclone.
Cette fois-ci, il ne s’agit pas d’un emballement médiatique mais de circonstances malheureuses, d’une part, politiques d’autre part. L’A400M serait en danger de mort tandis que le Brésil, contre toute attente, se préparerait à tourner le dos au Rafale. Il est urgent de chercher à comprendre !
Du côté d’Airbus, tout d’abord, il apparaît qu’il reste à faire de sérieux progrès en matière de communication. Ou, plus exactement, il conviendrait d’inciter les dirigeants à plus de savoir-faire et de prudence lors de la moindre prise de parole. Ils ignorent, en effet, que toute entreprise compte en son sein de grands bavards, que les secrets échangés derrière des portes capitonnées finissent toujours par devenir publics. Ceux qui en douteraient n’ont qu’à lire le Canard Enchaîné qui, semaine après semaine, rend compte de propos réputés hautement confidentiels…
Il n’est évidemment pas inattendu que Thomas Enders, président d’Airbus, soit préoccupé par la tournure que prend la difficile renégociation du contrat A400M avec l’OCCAR et les sept pays clients. Ces derniers rechignent à prendre en charge un surcoût de plus de 5 milliards d’euros (par rapport au contrat à prix fixe de 20 milliards pour 180 avions, aux conditions économiques de 2003) tandis que le groupe EADS, qui ne se sent pas une vocation d’entreprise philanthropique, tient naturellement à sauver les meubles.
Enders aurait dit, en privé, entouré de cadres de la société, que les chances d’obtenir un accord seraient tout au plus de 50%. Le conditionnel est de rigueur mais l’information, non vérifiable, a aussitôt fait le tour de la planète. Ces 50% signifieraient, en principe, qu’il y a une chance sur deux pour que l’A400M soit abandonné. La fuite est-elle voulue, contrôlée, un moyen de pression ? Pas nécessairement dans la mesure où ce n’est pas le genre de la maison. Il tombe sous le sens que ce serait jouer avec le feu. De plus, l’A400M est un produit EADS, et non pas Airbus et, côté industriel, son devenir se décide à Paris et à Munich, et non pas à Toulouse.
Cette mauvaise polémique, qui n’aurait pas dû être mise sur la place publique, produit d’ores et déjà des effets destructeurs d’une gravité extrême. Aux Etats-Unis, on entend, on lit, que les Européens devraient non seulement renoncer à l’A400M mais aussi à l’A380, impossible à produire correctement, et qui n’atteindra jamais le seuil de rentabilité. Portée par cette vague de médisances et de méchancetés, la vox populi d’outre-Atlantique tient aussi des propos très durs sur l’intégrité technique et opérationnelle de l’A330 et attendent que les enregistreurs de l’AF447 enfin retrouvés le prouvent… L’Organisation mondiale du commerce, entre-temps, aura dit la loi et confirmé que, de toute manière, tous ces programmes européens sont illégalement subventionnés. Il est urgent de réagir, en tapant fort. Mais qui en prendra l’initiative ?
Pour parfaire le chaos, voici que tourne en boucle une information venue de Brasilia selon laquelle les Brésiliens ne voudraient plus du Rafale. La réalité est plus nuancée, plus subtile : Nelson Jobim, ministre de la Défense, et les plus hauts gradés des trois Armes, ne supportent plus le président Lula Da Silva.
Ce dernier ne joue pas avec les mots. Il n’a jamais caché que le choix d’un nouvel avion de combat constituait aussi un acte politique. Et il y a plusieurs mois qu’il souhaite, en cette matière, tendre la main à la France. Il se trouve que le Rafale «multirôle» répond au cahier des charges et est assorti d’arguments que ne peuvent contrer les Suédois avec une version nouvelle du Saab Gripen. Quant au Boeing (ex-McDonnell Douglas) F/A-18, il est en quelque sorte hors concours politiquement.
La conclusion est vieille comme l’aviation. Les Français, qu’ils fassent cavalier seul ou entraînent à leur suite l’Europe tout entière, sont décidément des empêcheurs de tourner en rond. Et, en écrivant cela, pour tout dire, on a envie d’applaudir !


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