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Autres infos sur Philippe Séguin

Publié le 07 janvier 2010 par Sylvainrakotoarison

(dépêches)
Autres infos sur Philippe Séguin
http://www.lemonde.fr/carnet/article/2010/01/07/philippe-seguin-est-mort_1288395_3382.html
http://www.lemonde.fr/web/imprimer_element/0,40-0@2-3382,50-1288395,0.html
Philippe Séguin est mort
LE MONDE | 07.01.10 | 08h17  •  Mis à jour le 07.01.10 | 12h06
hilippe Séguin, premier président de la Cour des comptes, est mort dans la nuit de mercredi à jeudi à l'âge de 66 ans. M. Séguin est décédé à son domicile à Paris, dans le 15e arrondissement, d'une crise cardiaque. Ses obsèques auront lieu lundi 11 janvier, dans un lieu encore indéterminé, a-t-on appris auprès de la Cour des comptes.
 
Excessif, Philippe Séguin l'était en tout : dans la passion politique, dans la colère, dans le rire, dans le nombre de kilos qu'il perdait et regagnait, dans celui des cigarettes qu'il fumait.
Solitaire, aussi. Quarante-cinq ans de vie politique en ont fait un homme respecté, parfois craint, mais profondément seul. D'une carrière qui lui a fait traverser les honneurs ministériels, la présidence de l'Assemblée nationale, celle de la Cour des comptes, il est resté jusqu'au bout l'enfant né à Tunis en 1943, pupille de la nation après que son père, soldat, eut été fauché par la guerre en septembre1944.
Cette histoire personnelle dominera toute la vision politique d'un homme profondément attaché à cette République qui l'avait pris sous son aile. Elle fera aussi de lui un éternel orphelin, qui toujours cherchera un père politique. Dans cette quête personnelle s'est nouée toute la difficulté de ses relations tumultueuses avec Jacques Chirac, le père toujours insuffisant, et Alain Juppé, le frère trop préféré.
CARRIÈRE BRILLANTE ET PLEINE D'ÉCLIPSES
Avec Nicolas Sarkozy, les relations seront paradoxalement plus faciles. L'actuel président de la République a dressé de lui, en 2001, dans son livre, Libre, l'un des portraits les plus justes de Philippe Séguin : "Il est ainsi fait que seuls les contrastes semblent lui convenir. (…) Son tempérament peut le faire passer du plus odieux au plus charmant. Du plus exaspérant au plus amical. Du plus brillant au plus obscur aussi.(…)"
Ce caractère est la clé d'une carrière politique à la fois brillante et pleine d'éclipses. Enarque, il est repéré le 30 mai 1968 au matin, lorsque, avec trois autres condisciples, il vient frapper à la porte de Roger Frey, ministre d'Etat chargé des relations avec le Parlement, pour lui demander ce qu'ils peuvent faire pour le général de Gaulle. Son rang de sortie ne lui permet pas de choisir le Conseil d'Etat, où il aurait rejoint son camarade de promotion Jacques Attali. Alors, va pour la Cour des comptes.
En mars 1973, il entre comme chargé de mission au secrétariat général de la présidence de la République dans l'Elysée de Georges Pompidou. C'est dans cette période qu'il rencontre Edouard Balladur et Jacques Chirac, d'une dizaine d'années ses aînés. Il poursuit sa carrière dans les cabinets ministériels, mais la politique le tente.
En 1978, il espère une circonscription législative dans le Var, mais à lui, le Méditerranéen, on ne propose que les Vosges. "On ne se bousculait pas pour y aller, j'y suis allé", racontait-il. Il la conservera toujours à la droite. Notamment trois ans plus tard, en 1981, où Philippe Séguin compte parmi les rares rescapés de la droite parlementaire face au raz-de-marée de la gauche.
CHAMPION DE L'OPPOSITION
Là commence sa première vraie période politique. Avec une poignée de quadras, servi par une connaissance redoutable du Parlement, de ses dossiers, et par un immense talent d'orateur, il contre-attaque, amende, freine, déboussole quelquefois l'armée parlementaire socialiste. Il se dressera parfois même presque seul face à elle, comme dans le débat sur la décentralisation.
La reconnaissance arrive enfin en 1986, lorsque Jacques Chirac, devenu premier ministre de cohabitation, le nomme ministre des affaires sociales. Il se soucie de peaufiner son image sociale et de rassurer les syndicats. Ses colères font trembler ses collègues du gouvernement. Mais lui, le gaulliste de gauche, fait voter la suppression de l'autorisation administrative de licenciement.
La réélection de François Mitterrand en 1988 menace de le rejeter dans l'ombre. Convaincu que Jacques Chirac n'est plus le bon candidat de la droite et qu'il est le seul à pouvoir renouer avec le gaullisme social et populaire, Philippe Séguin s'impose avec Charles Pasqua comme le champion de l'opposition.
Après un mémorable discours à la tribune de l'Assemblée nationale contre la ratification du traité de Maastricht en 1992, il est choisi par François Mitterrand comme contradicteur lors du seul grand débat télévisé de la campagne, à la Sorbonne, le 3 septembre. Face à un président malade, le grand orateur retient ses coups.
Le divorce avec Jacques Chirac aurait dû être consommé. Mais le maire de Paris va se découvrir un adversaire autrement plus dangereux : Edouard Balladur. Pour Séguin aussi, le nouveau premier ministre de la cohabitation est tout ce qu'il exècre en politique: "Balladur existe puisqu'il se trompe à chaque fois qu'il prend une décision", lâche-t-il. Du haut de la présidence de l'Assemblée nationale, où il a été élu en 1993, c'est lui qui va redonner publiquement de l'oxygène à un Jacques Chirac en perdition en accusant Edouard Balladur de préparer un "Munich social". La phrase fait florès. Jacques Chirac comprend qu'il a besoin de Séguin.
"ASSOURDISSANT SILENCE"
Les relations entre les deux hommes, pourtant, restent tendues. Philippe Séguin ne lui pardonnera jamais la blessure d'amour-propre que Jacques Chirac lui inflige devant les jeunes du RPR à Strasbourg, alors qu'il invitait le candidat pour la première à "montrer et à ouvrir la route".
En réponse, Chirac avait rendu un hommage appuyé à… Alain Juppé, "probablement le meilleur d'entre nous". Mais "l'homme qui sait faire monter les sondages de 20 points", comme on appelle alors Séguin au RPR, va s'engager tout de même corps et âme aux côtés de Jacques Chirac pour la campagne présidentielle de 1995. C'est sans doute l'une des plus belles périodes politiques de sa vie. Il va de ville en ville, porte le thème de la fracture sociale et croit qu'il a enfin éclipsé Alain Juppé.
Mais, le 7 mai 1995, lorsque Jacques Chirac compose son gouvernement, c'est son rival, si cérébral quand lui n'est que sentimentalité, si mince quand il est obèse, si discipliné quand il est épicurien, qui devient premier ministre. Rongé d'amertume, il rejoint son bureau de l'hôtel de Lassay et s'enferme dans un "assourdissant silence", selon sa formule.
PHOTOS DE CHIRAC
Deux ans plus tard, le 21 avril 1997, le jour de ses 54 ans, Jacques Chirac annonce la dissolution de l'Assemblée nationale. Philippe Séguin y était opposé et le lui avait dit. Mais il va tout de même voir dans cette campagne une nouvelle occasion de se rendre indispensable. Le charme, cette fois, n'opère pas. Il est trop tard. La gauche triomphe.
En 1999, il doit conduire la campagne des élections européennes, mais lâche l'affaire aux dernier moment, obligeant Nicolas Sarkozy à prendre au débotté la tête de liste RPR.
Curieusement datera de là leur amitié. Philippe Séguin ratera aussi la campagne pour les municipales à Paris en 2001 et ne retrouvera vraiment un rôle à sa mesure qu'à la Cour des comptes, où Jacques Chirac le nomme en 2004. Dans son bureau, Philippe Séguin avait gardé les photos de Chirac.
Service France
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Dates clés
21 avril 1943 Naissance à Tunis
1970 Sortie de l'ENA
1978-2002 Député RPR des Vosges
1986-1988 Ministre des affaires sociales et de l'emploi
1992 Affronte François Mitterrand lors d'un débat sur le traité de Maastricht
1993-1997 Président de l'Assemblée nationale
1999 Démission de la présidence du RPR
2004 Premier président de la Cour des comptes
7 janvier 2010 Mort à Paris
Article paru dans l'édition du 08.01.10
http://www.lepoint.fr/actualites-politique/2010-01-07/deces-de-philippe-seguin-itineraire-d-une-figure-du-gaullisme/917/0/411196
Publié le 07/01/2010 à 11:34 Le Point.fr
DÉCÈS DE PHILIPPE SÉGUIN
Itinéraire d'une figure du gaullisme
Par Chloé Durand-Parenti
En 2001, Philippe Séguin se retire de la vie politique © SIPA
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Buzzer !sur Yahoo! Philippe Séguin s'est éteint dans la nuit de mercredi à jeudi . lepoint.fr vous propose de redécouvrir l'itinéraire de cette figure de la droite française au travers des grandes dates qui ont marqué sa vie.
21 avril 1943. Philippe Séguin voit le jour à Tunis. La Tunisie est alors un protectorat français.
1944. Son père, Robert Séguin, meurt en oeuvrant pour la libération de la France. Philippe Séguin a plus d'un an. Sa mère, Denyse Daniele Séguin, demeure en Tunisie jusqu'à l'indépendance, en 1956.
1965 . Il s'inscrit à l'UNR (Union pour la nouvelle République) pour soutenir la candidature du général de Gaulle à l'élection présidentielle
1968. Diplômé de l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence, il entre à l'ENA, promotion Robespierre.
1970. Philippe Séguin entre à la Cour des comptes.
1973. Sous Georges Pompidou, il est chargé de mission au secrétariat général de la présidence de la République. L'année suivante, il devient adjoint au directeur de l'éducation physique et des sports auprès du secrétaire d'État auprès du ministre de la Qualité de vie.
1975. Philippe Séguin réintègre la Cour des comptes, où il est promu conseiller référendaire en 1977.
1977. Il est chargé de mission au cabinet du Premier ministre Raymond Barre jusqu'à l'année suivante.
1978. À 24 ans, il est élu député RPR des Vosges et le restera jusqu'en 1986, puis de 1988 à 2002.
1981. Il fonde, avec Michel Noir, Charles Millon et François d'Aubert, le Centre d'études et de recherches constitutionnelles, législatives et sociales (CERCLES) qui se donne pour mission de réveiller "l'apathie des appareils de leurs partis".
1983. Il devient maire de la ville d'Épinal, toujours dans les Vosges. Il n'abandonnera ce mandat qu'en 1997 pour se consacrer à son parti, le RPR.
1986. Philippe Séguin fait son entrée dans le gouvernement de Jacques Chirac, en pleine cohabitation. Il est nommé ministre des Affaires sociales et de l'Emploi et le reste jusqu'en 1988.
1990. Il défend une motion, lors du congrès du RPR, qui recueille 31 % des voix. Il réclame alors avec Charles Pasqua la fondation d'un nouveau rassemblement pour "régénérer le RPR" en s'inspirant du "message du général de Gaulle".
1991. Il fonde avec Charles Pasqua l'association Demain la France, "un lieu où l'on puisse développer ses idées en dehors de tout enjeu de pouvoir".
1992. Philippe Séguin prend position contre le traité de Maastricht.
1993. Il devient président de l'Assemblée nationale jusqu'en 1997.
1997. Philippe Séguin est élu président du RPR, dont il démissionnera avec fracas, le 16 avril 1999, en raison d'un "désaccord politique profond" avec le président Jacques Chirac sur la place du parti en temps de cohabitation.
2001. Il est président du groupe RPR au Conseil de Paris, mais après son échec aux élections municipales dans la capitale, marquées par la candidature dissidente du maire sortant Jean Tibéri, il choisit de se retirer de la vie politique.
2004. Il devient le premier président de la Cour des comptes.
2007. Il est nommé président du comité des commissaires aux comptes de l'ONU, puis de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI).
2008. Il devient également commissaire aux comptes de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Il est également président de la commission "Grands Stades Euro 2016".
http://www.lepoint.fr/actualites-politique/2010-01-07/disparition-portrait-philippe-seguin-republicain-convaincu/917/0/411169
Publié le 07/01/2010 à 10:44 - Modifié le 07/01/2010 à 11:28 Le Point.fr
DISPARITION
PORTRAIT - Philippe Séguin, républicain convaincu
AFP
Philippe Séguin s'était retiré de la vie politique après la très rude campagne municipale pour Paris en 2001 © Abaca
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Buzzer !sur Yahoo! Philippe Séguin est mort cette nuit d'une crise cardiaque, à l'âge de 66 ans, à son domicile parisien. Cet ancien ministre, gaulliste convaincu, ancien député des Vosges, ancien maire d'Épinal, ancien président du RPR qui présida pendant cinq ans l'Assemblée nationale, déployait comme premier président de la Cour des comptes tous ses dons de rude censeur de dérives. Une "personnalité forte, capable de résister, de dire non", selon Jean-Louis Debré qui a salué ses hautes exigences.
Philippe Séguin a ainsi été, contre une majorité de son camp, à la pointe du combat contre le traité de Maastricht, en 1992. "Le plus intelligent, le plus percutant, un jugement très sûr", mais aussi "un rêve politique fracassé sur les réalités politiciennes", un caractère "compliqué" rendant difficile l'action, résumait un proche. "Il passe du plus charmant au plus odieux", écrivait Nicolas Sarkozy de ce grand républicain, célèbre pour ses emportements. Sa plus retentissante démission a été son départ de la présidence du RPR, en pleine campagne des européennes, en 1999, laissant alors Nicolas Sarkozy et Alain Madelin achever la campagne.
Homme de haute stature, passant au fil du stress et des régimes de la taille L à XXL, Séguin avait une voix jupitérienne, de longs rires silencieux, une culture fine portée sur l'histoire, le cinéma, le sport, un style chantourné, ne reculant devant aucun subjectif. En atteste cette phrase de ses mémoires, Itinéraire de la France d'en bas, d'en haut et d'ailleurs (Seuil) : "J'aurais pu me demander à la longue si je n'eusse pas mieux fait de m'abstenir d'entrer en politique."
Secoué par la campagne des municipales parisiennes de 2001
Dans son bureau de l'hôtel de ville de Paris trônaient des maillots de footballeurs, ce sport étant l'une de ses passions. Publié en décembre, un des derniers rapports de la Cour des comptes préconisait la privatisation des stades. Ce "gaulliste d'une espèce un peu particulière" expliquait avoir choisi le général parce qu'il prenait à la gauche et à la droite ce qu'elles avaient de "meilleur". Ce qui lui permettait de dépasser ses propres contradictions : origines modestes, pied-noir - né le 21 avril 1943, à Tunis -, orphelin, dont le père, héros, est mort quand il avait un an, mais aussi participant d'une "tradition où le drapeau comptait, où l'on savait ce que nation voulait dire".
Ayant de grandes capacités à souffrir, note un proche, Séguin avait été "très secoué par la dureté de la campagne des municipales" parisiennes de 2001. Campagne terrible où coups bas et balles perdues avaient plu au sein d'une droite vieillie, en perdition, qu'il n'avait pas été en mesure de rassembler, où, tous les jours, Les Guignols de l'info le caricaturaient en masochiste éperdu. Malgré ce naufrage, Philippe Séguin a, après mars 2001, pris la présidence du groupe RPR, peu à l'aise dans ce rôle d'opposant en chef de Bertrand Delanoë. Lui qui avait été, en 1995, un acteur majeur du succès final de Jacques Chirac à la présidentielle, a, en 2002, organisé deux meetings en sa faveur. Mais, hostile à la constitution de l'UMP, il ne s'est pas présenté aux législatives de juin, et a démissionné du Conseil de Paris. Philippe Séguin a alors réintégré son corps d'origine, la Cour des comptes, où il était entré après l'ENA (promotion Robespierre), et se partageait entre cette institution et le Bureau international du travail à Genève. Il est donc resté en congé de la politique, sans mandat, sans parti, sans électeurs, avant d'être nommé par Jacques Chirac premier président de la Cour des comptes. Ses mémoires se terminaient par "À suivre".
http://www.slate.fr/story/15337/philippe-seguin-disparition-chirac-gaullisme-mendes-football
 
Philippe Seguin, le «petit chose»
Gaulliste, mendésiste, bonapartiste, chiraquien... Philippe Seguin était un curieux mélange.
 | Jeudi 7 Janvier 2010 Assemblée nationale cour des comptes disparition FRANCE François Mitterrand Jacques Chirac Nicolas Sarkozy Philippe Seguin Pierre Mendes France politique tunisie Partager sur:  Philippe Seguin a marqué la vie politique française d'un pas singulier. Parcours exemplaire de la méritocratie à la française, né pauvre, orphelin très jeune, exilé de sa Tunisie natale et franchissant, via l'ENA puis la vie publique, tous les échelons dont un «petit chose» peut rêver: maire, ministre, président de l'Assemblée nationale, un temps présidentiable et, in fine, président de la Cour des comptes, son corps d'origine dans la haute fonction publique.
Parcours exemplaire donc et personnalité originale. Le cliché qui vient immédiatement à l'esprit est docteur Jekyll et Mister Hyde, plus exactement pour lui Gambetta et Napoléon III. Républicain et bonapartiste la fois. Le grand parlementaire qu'il fut et président de l'Assemblée nationale unanimement loué a pu en effet cohabiter avec le gaulliste viscéral qu'il a été; le chiraquien avec le mendésiste; l'homme de gauche dans sa jeunesse, dont le premier engagement méritoire — pour un Pied noir de Tunisie — avait été la décolonisation, avec l'homme d'ordre de la droite française qui fit carrière aux côtés de Charles Pasqua.
Un verbe brutal et inspiré
Dans le même registre, pile et face, Philippe Seguin fut totalement engagé en 1988, après la défaite de Jacques Chirac à l'élection présidentielle, aux côtés de tous ceux qui voulaient éliminer le maire de Paris d'alors, le groupe dit des rénovateurs de la droite et en même temps celui qui les fit chuter et bloquer par le même Jacques Chirac. De la même façon, le moderne maire d'Epinal qu'il fut, celui qui le premier changea les rythmes scolaires, fut aussi celui qui fit venir à lui les plus radicaux des opposants au traité de Maastricht. Et son discours à l'Assemblée nationale contre ce traité, avant le référendum qui fut gagné de justesse par François Mitterrand, restera bien sûr dans les annales.
Et pourtant, je suis bien placé pour savoir que, si Jacques Chirac avait pris position pour le non à Maastricht, Philippe Seguin et Charles Pasqua auraient probablement pris position pour le oui. En politique, la tactique n'est jamais loin de la stratégie. Et dans la politique française, depuis Morny, Premier ministre de Napoléon III, régime que Philippe Seguin avait entrepris de réhabiliter à travers une biographie de l'empereur, depuis Morny donc jusqu'à Mitterrand, tous les grands politiques ont pensé qu'il fallait être ciel et terre, républicain et démocrate, présidentiel et parlementaire.
La figure de Mendès
De même, Philippe Seguin n'avait pas son pareil pour enflammer une salle avec un verbe aussi brutal qu'inspiré, comme il le fit à de nombreuses reprises au bénéfice de Jacques Chirac, mais en même temps il était capable de la plus grande suavité et de déférence, comme lorsqu'il fut opposé à la télévision à François Mitterrand, à la veille du référendum sur Maastricht. Voilà donc un homme qui a constamment hésité entre une nature brillante, parfois agressive, et un esprit nuancé. Un dialoguiste avisé comme ce fut le cas face à François Mitterrand.
Au long de son parcours, qui devait le conduire du gouvernement à l'Assemblée nationale, il s'était singularisé surtout par son éloge de la volonté. Par un volontarisme proclamé au service d'une sorte de syncrétisme; gaullisme de gauche, a-t-on dit, comme si les deux notions étaient compatibles...
Avec ce sens du sarcasme désabusé, cette lucidité face aux défauts de la société politique qui, le plus souvent, laissait son intelligence prendre le pas sur cette volonté d'en rechercher. Pourtant, ce n'était pas le courage qui lui manquait: ainsi lorsqu'il fit dérailler les rénovateurs en 1988, tout comme lorsqu'il tint à bout de bras la candidature de Jacques Chirac à l'élection victorieuse de 1995, celle de la «fracture sociale».
Curieux mélange donc que celui qui a composé ce bonapartiste mendésiste. Pourtant le Seguin, maire d'Epinal, n'a rien eu d'un tyran; le Philippe Seguin, ministre des affaires sociales, était le plus souvent d'accord avec les syndicats; et le Seguin, historien intellectuel, séduisait bien au-delà du cercle des gaullistes disparus. Et pourtant, à l'entendre, rien ne pouvait être fait en dehors du forceps et des incantations. Mais il fait aussi partie de cette génération fascinée par la figure de Mendès France. Il était de ceux qui pensaient que la non-rencontre entre de Gaulle et Mendès avait été la grande occasion manquée de la Ve république. C'est pourquoi, je pense que le Seguin secret était plus mendésiste qu'il ne le concédait lui-même et fascinait parfois par une sorte de capacité prophétique à l'endroit des grands problèmes de notre société.
Gardien vigilant du temple de la puissance publique
Il y avait d'ailleurs aussi chez lui, comme chez Mendès, un côté désespéré, aussi peu intéressé par les appareils de parti, et par ce qu'ils imposent — comme il le montra à travers sa brève expérience au sommet du RPR — que le fut Pierre Mendès France en son temps. Il avait en somme un peu le désespoir de ceux qui sont grands par l'originalité de leurs pensées, mais qui ont du mal à se couler dans le moule, nécessairement plus petit, de la vie politique et partisane. D'ailleurs n'était-ce pas à Mendès qu'il revint, lorsque placé à la tête de la Cour des comptes, il se transforma en gardien vigilant du temple de la puissance publique, rappelant sans cesse les gouvernants à leurs devoirs d'éthique et de responsabilité dans la gestion de l'Etat.
Sa proximité politique la plus grande devrait être aujourd'hui celle de François Fillon, lequel l'a longtemps accompagné avant de se rallier à Nicolas Sarkozy.
Mon dernier souvenir avec lui sera cette émission, un peu surréaliste, que Jean-Claude Casanova et moi-même avons faite avec lui dans la Rumeur du monde sur France Culture, consacrée au... football. Car il était non seulement un grand amateur et un gros consommateur de matchs au stade comme à la télévision, mais aussi un vrai spécialiste de la chose footballistique, au point de vouloir se mobiliser lui-même pour la candidature de la France à l'organisation de l'euro 2016. Il nous présenta ce jour-là le visage sombre de ses jours de déprime soudainement éclairé et animé par cette passion du football.
Jean-Marie Colombani
Image de une: Philippe Seguin en 1999. REUTERS
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