Magazine

Deux soeurs brouillées

Publié le 19 janvier 2010 par Mtislav
  
Deux soeurs brouillées
Vous le savez, j'ai exercé ce métier de comédienne pendant de longues années mis à part une interruption de trois ans lorsque la Warner m'a mis sur la touche.
Je dois dire que ma soeur a été courageuse, presque entêtée en fichant Jack Warner au tribunal. Elle a gagné ! Moins auparavant, lorsqu'elle a tourné huit films avec le "Prince" en lui résistant pied à pied.
Avec le recul, je me rends compte qu'il me plaisait. Par éducation, par esprit d'indépendance, il n'était pas question que je cède. Plus je résistais, plus il s'acharnait et renforçait ma volonté de ne rien lui céder.
J'ai reçu 25.000 $ pour Gone with the wind pendant que Gable en recevait 120.000 ! A l'époque, j'étais très intimidée.
On peut dire qu'on se faisait tondre la laine sur le dos. J'ai gagné plus d'argent avec mes quatre mariages que durant toute ma carrière à Hollywood. Certains n'ont pas compris lorsque j'ai déclaré que la virginité était une valeur surfaite.
Oui, Joan a beaucoup d'esprit. Elle a toujours eut à coeur de montrer qu'elle était intelligente. Moi, je suis sotte, républicaine et anti-communiste. Je coule mes vieux jours à Paris. Mon nom figure dans les pages blanches de l'annuaire. Je vois les Français comme s'ils étaient mes ancêtres, des Celtes ! Je reste la dame de la forêt de Sherwood...
J'habite Carmel. J'ai choisi de devenir américaine comme ma soeur. Ce qui compte pour moi aujourd'hui à part mes chiens et mon enveloppe physique ? Vous voyez bien que je n'avais pas le choix.
On s'est moqué de nous en observant que Hitler était encore chancelier quand nous avons cessé de nous parler.
Elle m'a dit de me lever, d'aller chercher ma statuette. Ce n'était pas croyable. Que je l'obtienne avant elle. J'ai senti immédiatement que c'était contre l'ordre des choses instauré depuis notre enfance par mes parents et qu'il faudrait en payer le prix. Je ne pouvais pas bouger. Il a fallu qu'elle me houspille, que je lui obéisse pour aller recevoir mon amer academy award.
Quand cela a été mon tour de recevoir l'oscar, Joan était dans les coulisses. Déjà sur le devant de la scène, avant moi. J'aurais dû être la soeur gentille qui remercie qu'on lui laisse un peu de place ?
Elle n'est pas venue m'embrasser. Pour ne plus jamais m'adresser la parole.
Bien sûr, on en a fait des gorges chaudes. Tout Hollywood a jasé pendant des années. Jusqu'à aujourd'hui, certains voudraient accomplir cet exploit que serait notre réconciliation.
Nous avons concilié nos obligations réciproques, à distance. Dans notre petit monde, le bruit n'a jamais cessé. J'en arrive parfois à me demander que est ce silence prétendu qui existerait entre nous.
Nous consentons à ne pas donner soif à la rumeur. Je n'ai pas choisi d'être une "Fontaine".
On prétend que j'ai interdit à Joan de porter notre nom.  Joan a hésité. S'il avait fallu s'en tenir au nom du père, nous aurions été toutes les soeurs Beauvoir !
photo (Bob Landry) : Joan Fontaine et Olivia de Havilland (Berverley Hills, 1943)
 Deux soeurs brouillées

Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

A propos de l’auteur


Mtislav 79 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte