Moi qui vous cause, je suis un nélulokal. Quoique assez répandue (la France, a elle toute seule, en abrite à peu près trois cent mille individus) l’espèce est mal connue. Certes, il n’est pas rare d’entendre un journaliste, un politologue ou le Président de la République y faire allusion. Selon les circonstances (inauguration d’une salle polyvalente, colloque organisé par l’Institut des Hautes Etudes en Sciences Sociales ou déclaration « off » dans un airbus retour d’un sommet du G 74) les qualificatifs employés varient d’inutile à dévoué en passant par incompétent et dynamique. Il est temps de mettre un peu de clarté dans tout ça, en braquant sur le nélulokal le puissant projecteur d’une analyse socio-politique écologique et citoyenne comme aurait dit le maire de Champignac (1) notre modèle à tous.

Etudions pour commencer le nélulokal majoritaire. L’animal se déplace en troupes plus ou moins importantes autour d’un chef qui, contrairement à ce qui se passe chez presque tous les autres mammifères est plutôt un vieux mâle qu’une vieille femelle (de rares exceptions confirment la règle). Selon les cas et les sous-variétés on nomme ce chef Maire ou Président. Les plus éminents spécialistes de l’éthologie animale ont identifié chez les membres de ces hardes un type de conduite tout à fait particulier. Ils l’ont nommé « discipline de groupe ». Elle expliquerait la propension des nélulokaux majoritaires à se livrer à d’étranges pratiques alimentaires telles que manger leur chapeau ou à avaler des couleuvres de plus en plus grosses sur un simple signe du chef (en général il s’agit d’un froncement du museau). Détail amusant, certains scientifiques qui assurent comprendre leur langage, croient avoir deviné qu’après s’être livrés à ces peu ragoûtants festins, les nélulokaux majoritaires déclarent tous qu’ils ne mangent pas de ce pain là.
Peut-être faut-il chercher la raison de ces contradictions dans la rude vie du nélulokal majoritaire. Coincé entre les exigences de son chef et les criailleries des membres d’une espèce voisine, appelée sitoilliainlokaux, lesquels ne cessent de leur corner aux oreilles qu’ils sont responsables de tout ce qui ne va pas : les trous dans les chaussées, les crottes de chien, la piscine qui est bêtement fermée à cinq heures du mat, la boîte de nuit qui est ouverte à la même heure et ainsi d’suite machin comme disait feu Nénesse pêcheur de grenouille, unijambiste et grand buveur de pastis secs. Notons qu’il existe une sous-variété de sitoillienlokal particulièrement agressive. Elle porte le nom de Rèceponsabaçociatif. Ses membres se reconnaissent à leur régime très particulier. Ils se nourrissent principalement de cheveux coupés en quatre et de petites bêtes dont ils sont des chercheurs passionnés.

Chambolle
1-Pâcome Hégésippe Adélard Ladislas, cher au cœur des vieux lecteurs de Spirou
2-(Pour ceux qui auraient oublié leur cours de zoologie, il existe trois variétés de zèbres : des montagnes, de Grévy et de Burchell. Merci qui ? Merci Wiki)
3-Je ne sais pas ce que ça veut dire mais je trouve que ça fait bien.
