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Confucius l'Européen, Mo-tseu l'Américain ?

Publié le 21 janvier 2010 par Aurélien
Le Nouveau Monde pèse ses amis en dollars. Dans un pays à la morale forte, unifiée, qui parle d’une seule voix, le succès n’est-il pas une bonne mesure de la rectitude morale ? Les conventions de l’Ancien Monde le retiennent de juger si hâtivement et il préfère témoigner sa sollicitude même aux plus démunis. Il n’y a qu’un pas à rapprocher cela de l’influence de deux branches du christianisme, l’une protestante se référant à la morale du canon biblique, l’autre catholique plus centrée sur une éthique personnelle.
Deux millénaires et demi plus tôt, Confucius et Mo-tseu, le ritualiste et l’utilitariste, se livrent le même combat par héritiers interposés.
Tous deux se montrent très chrétiens en prônant de ne pas infliger à l’autre ce que l’on ne voudrait pas qu’il nous inflige – aime ton prochain comme toi-même ? Pourtant, aboutissant à ce précepte, les cheminements que suivent les deux penseurs partent de prémisses opposées.
Si elle s’adresse à tous, la pensée confucéenne nait dans les couches aristocratiques, à l’époque des Printemps et Automnes. C’est dans le sentiment de honte, central dans la bienséance aristocratique, que prend naissance le sens de l’humain, notion centrale du confucianisme. Ce sentiment, qui met l’homme face à lui-même, l’enjoint de témoigner de la mansuétude à l’égard de ceux qu’il fréquente. Les mêmes égards, plus ou moins marqués, sont donc dus à son père comme à son prince, à toutes ses relations organisées en cercles concentriques autour de soi : c’est à soi-même, en fin de compte, qu’ils sont dus. Pour Confucius, la sollicitude envers son prochain est donc une exigence éthique, vis-à-vis de soi-même.
Mo-tseu, postérieur d’un siècle à Confucius, est artisan. Ce n’est pas la peur de perdre la face qui motive sa pensée philosophique, mais le souci d’agir dans l’intérêt général. Le point de vue du schisme moïste n’est plus individuel, mais global, dépersonnalisé : si je témoigne de la sollicitude envers mon prochain, ce n’est pas par souci de ne point déchoir, mais dans la visée plus large de l’intérêt général.
Ainsi, chez Confucius nul ne peut se prévaloir des « décrets du Ciel », et l’homme de bien peut se trouver pauvre et démuni, n’ayant nulle prise sur les circonstances. N'est-ce pas l'Europe, et ses droits de l'homme? Chez Mo-tseu rien de tel : le Ciel est juge de l’intérêt général ; c’est lui qui accorde richesse et prospérité à ceux qui le respectent. Par ses actions, chacun mérite son lot. N'est-ce pas l'Amérique, et sa liberté d'entreprendre?
A deux mille cinq cents ans d’écart, les deux courants s’opposent : aime ton prochain dans l’intérêt général ou aime ton prochain par sens de l’humain.

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