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Du botulisme et de ses dégâts secondaires sur la vie intellectuelle française

Publié le 09 février 2010 par Desiderio

Un de nos plus grands philosophes, romanciers, cinéastes, reporters a été victime d'un malheureux accident de la citation lorsqu'il a évoqué la conférence de Jean-Baptiste Botul, après-guerre, devant les néo-kantiens du Paraguay*. S'il avait pris la peine de s'interroger à l'étymologie, il aurait vu que le nom était fort suspect par sa forme et qu'il avait autant de vraisemblance que celui du mathématicien Nicolas Bourbaki (lequel m'a bien amusé au collège avant que je ne devienne nul en mathématiques lorsqu'il a fallu ne plus réfléchir mais appliquer des formules).

En effet, Botul dérive nettement de botulus, "boyau", en latin classique, terme devenu ensuite botellus. Il s'agirait d'une des origines hypothétiques du mot boudin en français. Or, lorsque l'on possède quelques connaissances un peu pataphysiques et oulipiennes, on sait que dans le calendrier du Père Ubu, la saint Boudin (apôtre) se fête le 22 avril. Et qui est attentif à l'esprit jarryesque sait combien les notions tripales (andouille, abatis, farce, couenne, saucisse, choucroute, etc.) sont importantes pour se pénétrer de concepts dépassant l'entendement. On connaît le goût de Jarry pour la scatologie comme sous-partie de la 'Pataphysique. D'autre part, le même étymon latin devient buticula en bas-latin. Ce qui donne naissance à notre bouteille. Mais la sainte Bouteille est aussi vénérée le 9 septembre dans l'alphabet ubuesque. Elle s'inscrit dans une série hagiographique qui comprend sainte Cuite, sainte Poire, etc. On connaît le goût de Jarry pour la fée verte (c'est pourquoi il y a un saint Sucre).

Le rapprochement entre botulisme et botulisme ne doit rien au hasard. Il s'agit bien d'un projet pataphysique qui envisage le contenant comme contenant du contenu (en soi, par soi et pour soi comme diraient les existentialistes) sous la métaphore d'un boyau empli de viandes ou d'une bouteille emplie de liquides et de diverses substances. Bref, d'un corps vivant et non d'un esprit désincarné qui ne serait qu'une pure apparence faisant tous les jours la même promenade et les mêmes repas aux mêmes heures dans les rues de Nueva Koenigsberg. Notre philosophe de moins en moins chevelu n'examine pas un seul instant une lecture qui poserait Jarry et ses héritiers comme l'un des plus grands courants de pensée contemporains, d'ailleurs issu d'une longue tradition par anticipation.

Le manque de connaissances littéraires et linguistiques de notre immense penseur national l'a empêché de voir que derrière l'oeuvre de Botul se cachait en fait une entreprise oulipienne et pataphysique. Pourtant, il se sert - comme beaucoup de cuistres - de la fausse preuve étymologique afin de prouver l'exactitude de ses idées. Et ce n'est en fait que de l'enrobage de gâteau indigeste.

* Bien sûr, si Jean-Baptiste Botul avait prononcé cette conférence en Poldévie, le soupçon aurait été plus grand. Mais je ne suis pas certain que notre meilleur représentant de commerce en chemises blanches eût été capable de plus de discernement que lorsqu'il se trouvait à la frontière géorgienne selon ses dires. La Poldévie pourrait exister aussi bien dans un de ses romans-reportages tant il est brouillé avec la géographie. Cela aurait la même réalité, puisqu'il l'a dit. 


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