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Des centres de rétention de l'état français

Publié le 09 février 2010 par Isaac_paris

Des centres de rétention de l'état françaisJe me suis tenu un jour devant les grillages hauts d'un centre de rétention administrative. J'ai vu le drapeau français flotter dans l'enceinte de ce monde clos, séparé de moi par plusieurs rangées de barrières blanches barbelées, opaques, ne laissant traverser jusqu'à moi que la silhouette fantomatique de ses détenus.

J'ai entendu la voix de ces hommes crier au loin " liberté " et secouer les murs de leur prison comme pour porter plus loin le bruit de leur existence. Tout ici est en place pour la nier, en attendant un prochain vol qui les emmènera loin de notre pays.

J'ai vu les forces de police partout présentes dans ce lieux, et leur fourgon aux vitres fumées se garer en marche arrière dans un couloir discret du bâtiment pour charger / décharger des hommes à l'abri des regards extérieurs. Un homme que l'on a pris chez lui, dans la rue, devant une école, à la sortie de son travail et que l'on emmène dans ce lieu caché des regards, pour l'envoyer plus tard, vers un autre lieu caché de notre regard : son pays d'origine. On l'enverra lui, ses souffrances, ses espoirs, toutes les raisons de sa présence ici en France, hors de notre regard.

Ils n'ont pas volé, ils n'ont pas tué, ils ont travaillé pour gagner leur vie, ils ont construit des maisons, préparé des repas, nettoyé des bureaux. Ils ont étudié, mis leurs enfants à l'école, ils ont fait leurs courses dans des supermarchés. Ils ont aimé leurs enfants, ils ont embrassé leurs compagnes. Ils ont espéré trouver en France un pays d'accueil pour vivre, protéger leur famille, élever leurs enfants, leur donner une meilleure chance.

Pourquoi interdire les visites aux détenus des centres de rétention ? Pourquoi ériger 5 rangées de grillages entre l'extérieur et ces hommes retenus ? Pourquoi empêcher ces contacts humains ? Pourquoi les réduire à des ombres aperçues informes dans les grillages blancs ? La différence de cet homme avec moi justifie-t-elle de le cacher à mon regard ? Contrairement à ce que l'on voudrait nous faire croire, il n'y a pas d'étrangers sur cette terre. Il y a des hommes et des femmes, c'est tout.

Alain Badiou dans " Eloge de l'amour " parle de la différence et du refuge identitaire : " lorsque le contexte est dépressif et réactionnaire, ce qu'on tente de mettre à l'ordre du jour, c'est l'identité. Cela peut prendre différentes formes, mais c'est toujours l'identité. Et Sarkozy ne s'en est pas privé. Cible numéro un : les ouvriers de provenance étrangère. Instrument : des législations féroces et répressives. [...].Hors quand c'est la logique de l'identité qui l'emporte, par définition, l'amour est menacé. On va mettre en cause son attrait pour la différence, sa dimension asociale, son côté sauvage, éventuellement violent. On va faire de la propagande pour un " amour " en toute sécurité, en parfaite cohérence avec les autres démarches sécuritaires. Donc défendre l'amour dans ce qu'il a de transgressif et d'hétérogène à la loi est bien une tâche du moment. Dans l'amour, minimalement, on fait confiance à la différence au lieu de la soupçonner. "

Ne nous y trompons pas, ce qui est en jeu ici est bien plus que le destin de ces 30 000 personnes que l'état français enferme chaque année. L'industrialisation de la rétention et la criminalisation des migrants est une blessure à notre humanité. Résistons. De toutes nos forces.

Certains ont crié " on ne vous oublie pas ! on ne vous oublie pas ! " et aux fenêtres du centre de rétention des bras sont sortis pour faire signe. Signe que des hommes et des femmes sont bien là, cachés à nos regards, et qu'il ne faut pas oublier.

df.


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