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Eliza (programme d'IA)

Publié le 17 janvier 2010 par Serdj
Eliza (programme d'IA)Eliza est un système qui simule... un psychiatre. Eliza est le père spirituel des chat bots qui fleurissent de nos jour sur internet. Eliza pose une question à l’utilisateur via un terminal, et vous lui répondez, ou bien vous lui posez une question à votre tour, et Eliza répond, ou pose une nouvelle question. Eliza est programmé pour comprendre (ou faire semblant de comprendre) le langage naturel, ce qui est un tour de force pour un programme qui date de 1966, date à laquelle il fut conçu par Joseph Weissenbaum.
L’idée d’un ordinateur qui simule un psychiatre (ou  qui le parodie, en fait, car Weissenbaum était fort conscient des limites de son programme) lui est venue lorsqu’il se demanda dans quel contexte un humain pourrait se satisfaire de réponses « mécaniques ».  Dans un dialogue avec un psychiatre, vous n’êtes pas surpris s’il répond à la question « quel est votre compositeur favori ? » par quelque chose comme « et vous ? », ou « dites m’en plus sur votre compositeur favori », ou encore « est-ce que cette question vous intéresse ? »
Eliza est un petit programme, très simple, et qui fonctionne en reconnaissant des mots-clefs dans la dernière phrase que vous lui avez donné, et en piochant une réponse  au hasard dans des tableaux pré-programmés de réponses possibles. Il connaît aussi un nombre limité de règles grammaticales, par exemple celles qui transforment la première personne du singulier d’un verbe en seconde personne : lorsque vous lui dites : « je suis content », il  peut vous répondre par : « pourquoi êtes vous content ? » , parce qu’il aura reconnu la tournure « je suis  xxx », et que le tableau de réponse dans ce cas contient la réponse possible « pourquoi êtes vous xxx ? » ; incidemment Eliza ne sait pas ce que signifie le mot « content » !
Parfois, Eliza répond : « je comprend », alors que cela est évidemment faux ! (d’autant qu’en général il répond cela lorsqu’il n’a rien trouvé de mieux à dire, parce qu’il n’a pas compris !) Comme nous l’avons vu, et c’est même l’un des thèmes majeurs de ce livrecomprendre est un acte qui implique la formation de concepts, d’images mentales, de pensées, etc. Toutes choses dont Eliza est bien incapable.
Eliza (programme d'IA)Et pourtant, souvent des personnes qui ignoraient les limites d’Eliza l’ont pris pour un robot intelligent, au point de lui confier réellement leurs problèmes personnels ! C’est là que réside le véritable intérêt d’Eliza : lorsque vous dialoguez avec lui, le dialogue peut être absurde ou très riche, tout dépend de vous et de votre intention : si vous voulez simplement prouver que Eliza est une machine stupide, il est très facile de lui faire dire des choses stupides. Mais si vous « jouez le jeu » et que vous vous adressez à lui comme s’il vous comprenait vraiment, alors le dialogue peut être long et significatif (pour vous !)
Eliza impressionna tellement le petit monde de l’IA que certains chercheurs ont cru qu’il suffisait de l’améliorer pour réaliser un programme qui arrive à passer le test de Turing, c’est à dire un programme dont on ne pourrait pas différencier les réponses de celles que ferait un être humain.  Malheureusement, ou plutôt heureusement, l’esprit humain ne se laisse pas enfermer si facilement dans une boîte.
Il est très facile, et Eliza en est l’exemple-type,  d’écrire un programme dont les réponses sont en général censées ; il est beaucoup, mais alors beaucoup, plus difficile de faire un programme dont les réponses sont presque toujours censées ;  quant à faire un programme dont les réponses ne pourraient jamais être différenciées de celles d’un être humain, ce ne sera possible qu’avec une vraie intelligence artificielle, et c’est d’ailleurs tout l’intérêt du test de Turing.
On peut comparer Eliza avec les premiers automates du XVIIIe siècle : ils avaient l’apparence d’un être humain, mais cela se limitait à l’apparence. Nous savons maintenant que pour concevoir un véritable androïde, il ne suffit pas d’un mécanisme, aussi perfectionné soit-il. De même pour concevoir un système qui dialogue avec vous de manière intelligente. Eliza est une impasse. Une impasse instructive, mais une impasse quand même.
D’une manière générale, le traitement de la langue naturelle est une des nombreuses sous-disciplines de l’IA. Cette discipline c’est à son tour morcelée en sous-domaines tels que la représentation du sens, la compréhension de phrases isolées, la compréhension de textes entiers, la gestion du discours, la détection des ambiguïtés, la traduction automatique, etc. Cette approche très cartésienne (si je ne sais pas résoudre le problème, je le découpe en sous-problèmes) est bonne, mais dans le cas précis du langage elle est erronée car on n’arrivera jamais à produire un système qui soit capable de traiter la langue naturelle aussi finement que le font les humains, sauf si ce système est intelligent dans le sens général du terme.
Par exemple, une des difficultés majeures dans le traitement des langues est leur ambiguïté.
Homographes hétérophones (une même suite de lettres peut représenter deux mots différents):
les poules du couvent couvent
les présidents président
Ambiguïté syntaxique (le même mot peut appartenir à plusieurs catégories grammaticales) :
la petite monnaie effraie le marchant
la petite monnaie ses charmes
Ambiguïté sémantique (il faut souvent comprendre le sens de la phrase pour arriver à trouver la catégorie grammaticale d’un mot ou le référent d’un pronom) :
je mange un poisson avec une fourchette
je mange un poisson avec une arête
De plus il existe une difficulté supplémentaire, en ce sens que même un programme qui arriverait à « comprendre » les phrases qu’on lui dit ne ferait pas forcément ce qu’on attend de lui : c’est ce qu’on appelle le problème de l’interprétation pragmatique :
-   Peux tu me dire l’heure ?
-   Oui
-   Qui est absent ce matin ?
-   Bach, Beethoven, Mozart, Vivaldi, Wagner…
Depuis Eliza, les systèmes de traitement des langues naturelles ont fait énormément de progrès, mais ces progrès sont essentiellement limités par le fait qu’une intelligence fluide est nécessaire pour comprendre le sens des phrases.


NB: cette page est extraite de mon livre "L'esprit, l'IA et la SIngularité".

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