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Pour un MoDem à haut débit

Publié le 14 novembre 2007 par Willy


Par Tocqueville - http://www.francedemocrate.info



6 mois après les élections présidentielles qui ont vu naître le MoDem et en ce début de campagne des Municipales, quelle analyse peut-on faire de la situation de ce nouveau mouvement politique ?

La campagne présidentielle a révélé un réel désir de changements des Français et un grand enthousiasme de celles et ceux qui soutenaient les trois principaux candidats. Compte tenu de l’absurdité du calendrier électoral, et malgré la compétence, la mobilisation, et le dévouement des candidats, la campagne législative n’a pas vraiment eu lieu. Cette campagne aura montré l’injustice du mode de scrutin et également la confusion dans la tête de beaucoup d’électeurs entre la nature nationale du mandat de député et le scrutin par circonscription qui oblige les candidats à faire des promesses locales qui ne relèvent pas de leurs compétences une fois qu’ils sont élus. Avec ce scrutin majoritaire, le Mouvement Démocrate, né d’un succès relatif de François Bayrou à la présidentielle, n’était pas en mesure de constituer un groupe parlementaire sauf à s’allier à l’UMP ou au PS possibilité en contradiction fondamentale avec l’indépendance intrinsèque que le Modem revendique.

Faut il maintenant refaire l’histoire des dernières semaines et s’interroger sur la pertinence de la stratégie de François Bayrou qui, en refusant de se rallier à la majorité présidentielle, a pris consciemment le risque de se couper de ses anciens députés qui ont fait le choix inverse ? Faut-il traiter ces derniers de traîtres et les accabler de tous les maux ? Ne faudrait-il pas plutôt reconnaître et assumer notre désaccord politique avec nos anciens partenaires et concentrer désormais notre énergie et notre enthousiasme à élaborer des propositions pertinentes et donc crédibles en matière de politique municipale, régionale, nationale et européenne ?

A la lecture des multiples commentaires sur les sites de la campagne présidentielle, du Modem, et du site sexycentriste, il apparaît que beaucoup d’intervenants, aussi enthousiastes soient-ils, manquent souvent de culture et de maturité politique. Le média de l’immédiateté qu’est devenu internet ne devrait pas empêcher la prise de recul, ni la réflexion préalable ; les réactions à chaud, souvent fondées davantage sur une émotion de joie ou de déception que sur une analyse de la complexité et des contradictions propres à toute action politique (ou plus généralement humaine) ne sont jamais les meilleures. Pour de nombreux observateurs extérieurs et pour des militants plus anciens, le Modem risque d’apparaître comme un mouvement virtuel désincarné d’autant qu’il est peu représenté sur la scène nationale malgré le charisme, le courage, l’intelligence, l’éloquence et la légitimité de son leader non encore contesté de l’intérieur et de ses élus nationaux, européens et locaux. Il conviendrait que les internautes qui s’expriment fassent preuve de davantage de sérieux dans leurs analyses. Cette autocensure ou cette maîtrise de soi des intervenants aurait l’intérêt de présenter aux yeux de l’opinion publique des réflexions plus approfondies, moins émotives, moins spontanées, moins rancunières, plus honnêtes intellectuellement. Les sites du MoDem pourrait être aussi les vecteurs d’une formation à l’histoire des idées politiques du libéralisme social. En effet, le jeune Modem est l’héritier d’une histoire qu’il faut assumer ; ses idées sont issues de la pensée encore pertinente aujourd’hui d’auteurs comme Tocqueville, Lamenais, Lacordaire, Ozanam, Péguy, Mounier, Maritain, Sangnier, et bien d’autres, et proches de celle d’autres philosophes, sociologues, économistes plus contemporains comme à S. Weil, H. Arendt, R.Aron, J. Rawls, A. Sen, et plus particulièrement en France aux intellectuels de la République des Idées autour de P. Rosenvallon, E. Maurin, L. Chauvel, ceux de la Revue Esprit comme M. Canto-Serber, P. Garapon, ceux de la revue Commentaire de J.C. Casanova. Des fiches de synthèse sur les idées, sur les auteurs, des conférences retransmises par vidéo pourraient contribuer à une culture politique commune.

Dans la perspective des élections municipales, le MoDem devra faire preuve de cohérence et de pertinence quant aux choix des candidats et des éventuelles alliances. De cohérence entre les projets proposés, les valeurs défendues, la manière de faire de la politique des candidats aux municipales et le projet politique et les valeurs du Modem. De pertinence dans le choix des têtes de listes qui devront réellement refléter une plus grande diversité d’âges, d’origines culturelles et socio-professionnelles, et de sensibilité politique. Par ailleurs, dans l’esprit de nombreux électeurs, le souvenir de l’alliance historique de l’UDF et de la droite (RPR puis UMP) pèsera sur la crédibilité d’un MoDem qui se veut indépendant. Les alliés d’hier ne feront plus forcement campagne ensemble ; aussi le MoDem devra-t-il non seulement se démarquer de la politique municipale de ses anciens alliés dans les communes actuellement gérées par une alliance UMP-UDF et proposer une alternance crédible dans les municipalités gérées par la gauche. Les élus municipaux UDF devront faire un choix clair entre poursuivre leur alliance avec l’UMP ou bien défendre les projets et les valeurs de la liste MoDem en expliquant qu’une fois élus ils seront libres d’apprécier ou non les propositions de la nouvelle majorité municipale quelle qu’elle soit. Mais c’est surtout la pertinence des projets proposés aux électeurs qui déterminera le succès des candidats du MoDem qui devrait davantage s’appuyer sur les militants locaux pour faire une analyse des attentes concrètes des habitants-citoyens des communes et réfléchir à des propositions crédibles, justes, utiles et financièrement soutenables. La personnalité des candidats jouera également, aussi le MoDem devra-t-il instaurer un dialogue régulier et franc entre les militants, les élus, les différents responsables de la base à la tête de notre mouvement pour éviter les erreurs de casting !

Les choix stratégiques ne sont jamais simple. Par exemple, il pourrait être intéressant politiquement pour François Bayrou de diriger une ville relativement importante ne serait-ce que 4 années avant les présidentielles, mais du coup, il serait obligé d’abandonner son mandat de député pour être cohérent avec le non-cumul des mandats. Mais il n’est pas simple d’être candidat aux municipales pour seulement quatre ans ! En 2012, fort des succès du MoDem aux élections municipales, européennes et régionales, François Bayrou sera candidat aux présidentielles. Un parti politique en France, est avant tout un instrument politique pour faire gagner son leader à l’élection présidentielle. En 2012, il est probable que le Nouveau Centre (où ce qu’il en restera) aura lui aussi un candidat se réclamant du centre (droit) au premier tour et se ralliant à Sarkozy au second tour, contre François Bayrou, espérons ! En 2012, François Bayrou n’aura rien perdu de son charisme et de ses qualités personnelles, mais il n’aura pas été en grande responsabilité politique au plan local ou national pendant 15 ans !

Dans la continuité des idées défendues par François Bayrou lors de la campagne présidentielle et sans attrendre les projets éventuels du gouvernement sur ce sujet, les parlementaires du MoDem pourraient élaborer une proposition de loi visant à limiter le contrôle des médias par des groupes industriels liés à l’Etat ; on pourrait imaginer un système d ’actionnariat populaire dans les secteurs des médias et de l’édition par une défiscalisation des placements en action, des dividendes et des plus values ; les lecteurs- téléspectateurs-actionnaires et citoyens devraient avoir une minorité de blocage dans le conseil d’administration des journaux, chaînes de de télévision, les maisons d’éditions.

Faire de la politique autrement peut aussi se concrétiser en marge de l’action politique classique pratiquées par les partis lors des différentes élections. Le MoDem pourrait être l’initiateur et le laboratoire d’actions citoyennes dans de nombreux domaines. Par exemple, des proviseurs et des enseignants de collèges et de lycées pourraient élaborer des pratiques éducatives nouvelles et efficaces pour lutter contre l’échec scolaire, pour renforcer la culture générale et la capacité des élèves de réussir des études supérieures, pour lutter contre le relativisme moral, culturel et scientifique. Une mutualisation et un diffusion des expériences réussies pourraient amorcer des réformes. Dans un second temps, le Mouvement Démocrate pourrait s’appuyer sur ces expériences de terrain, élaborées par les citoyens concernés, pour formaliser des proposition de lois et des réformes dans le cadre d’un programme. Outre le domaine de l’éducation, cette démarche de type « down-up » peut s’appliquer à tous les champs de l’action politique et même dans l’entreprise. Le fichier informatisé des adhérents permet un ciblage par profession ou compétence et une mise en relation concrète profession par profession des militants qui voudront élaborer et tester des pratiques nouvelles correspondant à leurs valeurs démocratiques, humanistes, libérales et sociales. Oui, il s’agit bien d’une forme d’entrisme socio-libéral dans la société civile !

Le Modem devrait être un lieu de partage des expériences et des savoir : isolé on perd souvent beaucoup de temps à rechercher des solutions qui existent déjà et qui fonctionnent ailleurs ; sur chaque situation problème, chaque militant, chaque élu devrait rendre compte des expériences réussies et transmettre les modes d’emplois aux autres communes, régions, entreprises, organisations, établissements scolaires, etc... A l’instar des logiciels libres qui sont le reflet d’une forme nouvelle de coopération citoyenne non marchande, les bonnes idées et les bonnes pratiques doivent se partager librement. Quitte au MoDem de rappeler qu’il en est à l’origine une fois que ces idées et pratiques seront récupérées par tous ! Faut-il déplorer la faiblesse des partis écologiques ou plutôt se réjouir que leur combat est désormais partagé par une majorité de citoyens et l’ensemble des formations politiques ?

La position centrale du Mouvement Démocrate dans le paysage politique français dépendra aussi des évolutions des deux grandes formations que sont l’UMP et le PS et plus accessoirement du Nouveau Centre et des extrêmes. Le MoDem ne poura pas se contenter d’attendre voire de souhaiter un échec du gouvernement dans l’espoir de gagner la confiance des lecteurs de droite déçus ! Et ça commence ! Il devra tenir compte d’une relative bipolarisation politique et ne pas la nier en considérant trop rapidement que le clivage gauche /droite n’est plus pertinent. Au second tour des présidentielles, les électeurs ayant voté pour François Bayrou au premier tour se sont culturellement reportés sur leur famille politique d’origine ; les centristes de droite ont voté N. Sarkozy, les puristes du centre ont voté blanc, nul ou se sont abstenus et les nouveaux centristes de gauche déçus du PS ont voté pour S. Royal plus par anti-sarkosysme que par conviction. On pourrait disserter longuement sur les définitions socio-politiques des critères de distinction classique entre la gauche et la droite (schématiquement et trop simplement l’axe du libéralisme économique et l’axe du libéralisme culturel), force est de constater que la versatilité des électeurs est très marginale à court terme et qu’il existe des histoires politiques familiales et locales et que les fidélités politiques sont encore bien plus fréquentes que les retournements de vestes. A ce sujet si l’on peut regretter le choix des anciens élus UDF qui se sont inféodés à l’UMP, on peut intellectuellement en comprendre la logique politique. Le MoDem a donc pris acte de ce désaccord politique avec ses anciens partenaires et peut espérer que certains reviendront à lui d’ici cinq ans ! Si la morale en politique est essentielle et première, le cynisme et le réalisme sont néanmoins opératoires à défaut d’être vertueux ! Relisons Machiavel ! Le pur et idéaliste Socrate avait-il nécessairement raison contre les habiles et réalistes sophistes ? Péguy disait que celui qui veut toujours avoir les mains propres finit par ne plus avoir de mains !

Réalisme, honnêteté intellectuelle et morale, humilité, sens de l’histoire et prophétisme politique deveront être au coeur de l’action du Mouvement Démocrate. Vaste programme ! Les adhérents anciens de l’UDF ou nouveaux du MoDem ne manquent ni d’enthousiasme, ni d’énergie, ni d’idées, ni de courage. Reste maintenant l’immense tâche de mettre en oeuvre une nouvelle manière de faire de la politique, de guérir définitivement du torticoli droitier, de tendre les bras et les oreilles vers les sociaux démocrates déçus du PS, tout en restant fidèle aux idées libérales au désir d’indépendance.


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