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Finance mondiale : ce que Sarkozy ne veut pas dire

Publié le 23 février 2010 par Juan

Les difficultés financières de la Grèce ont secoué les esprits. Grâce à elles, le cercle vicieux dans lequel s'est installé la finance mondiale et les politiques de financement des Etats a été dévoilé, expliqué, commenté. Et ses complices avec. Dès septembre 2008, Nicolas Sarkozy a dénoncé ces dérives, fustigé les traders et les banquiers. L'histoire qu'il nous sert depuis est peu courte. On comprend enfin mieux pourquoi.
Les Etats s'endettent, les marchés spéculent
A l'aube des années 1990, la finance s'est dotée de nouveaux instruments, la titrisation de n'importe quel crédit, comme l'expliquait l'économiste Michel Aglietta dans les colonnes de Marianne du 21 février dernier. En d'autres termes, les marchés se sont permis de transformer en titres financiers n'importe quelle créances. L'assouplissement de la régulation des marchés a permis cette "innovation". Et à la spéculation de s'envoler. Du côté des Etats, le recours à l'endettement s'en est trouvé facilité. Conseillés par des banques d'affaires, telle Goldman Sachs, qui s'assurent ainsi des commissions confortables, les Etats empruntent en se gageant sur la valeur future de leurs recettes (fiscales notamment). Les agences de notation cautionnent les uns, sanctionnent les autres. Ces dettes deviennent des objets de spéculation. Le cas de la Grèce est exemplaire. Goldman Sachs lui a conseillé des emprunts "hors comptabilité européenne", en vendant sur les marchés des titres à la rentabilité gagés sur de futures recettes fiscales, avec un petit jeu spéculatif sur la valeur de l'euro au passage (l'emprunt étant en dollar). "Comme dans la crise des « subprimes », l'usage des « contrats dérivés » aurait encouragé la Grèce à accumuler de la dette en vendant, par exemple, de manière anticipée des taxes d'aéroports et des recettes de loterie." expliquait récemment Pierre de Gasquet dans les Echos. En 2010, la même banque participait au mouvement spéculatif inverse, en pariant sur la dégradation de la qualité de la dette grecque.
L'évasion fiscale contre la solidarité nationale
Cette spéculation nourrit des gains inouïs, largement favorisés et amplifiés par l'existence des paradis fiscaux. Ces derniers accueillent les profits hors normes des Hedges Funds, des banques d'affaires, ou des traders. En France comme ailleurs, les différences de fiscalité sont régulièrement servis comme des arguments en faveur de la baisse des impôts. la vieille antienne libérale sur la mondalisation (et les menaces de délocalisation des industries et des services) joue également à plein en faveur de fiscalité. Quand Christine Lagarde résistait encore à une surtaxation massive des bonus des traders l'été dernier, elle avançait, encore, comme argument qu'il ne fallait pas inciter les "talents" du trading spéculatif à partir à l'étranger. Dans cette guerre - car il s'agit d'une guerre - qui oserait déchoir de leur nationalité ces évadés fiscaux ? Personne, et surtout en Sarkofrance où pourtant on nous a servi un inutile et fastidieux débat sur l'identité nationale depuis novembre. Etre Français, c'est d'abord payer ses impôts en France. Un boursicoteur français, réfugié à Londres comme un "émigré de Coblence", qui spécule sur la dette française n'est-il pas coupable de haute trahison économique ?
Mais la déstabilisation des Etats par leur surendettement et l'action spéculative des marchés présente un second dommage : pour redresser leur "crédibilité", la finance mondiale exige d'eux austérité et privatisation, réduction des services publics, toujours "coûteux", et des impôts (pour les plus fortunés). Là est le faux paradoxe. Comme hier avec les subprimes des particuliers, l'endettement des Etats a été favorisé par des financiers sans scrupules qui exigent en retour une privatisation des régimes sociaux.
Comment croire les appels à la régulation de la finance mondiale ? Depuis 18 mois, Nicolas Sarkozy s'en est fait le chantre sur toutes les tribunes mondiales. Tout en protégeant son bouclier fiscal et les autres baisses d'impôts qu'il a réservé aux "happy few". Cette posture est une tartufferie que l'exemple grec permet de mieux comprendre : a-t-on vu un débiteur imposer une nouvelle régulation à ses créanciers ? En France, Nicolas Sarkozy a besoin d'emprunt nouveau comme un drogué de sa dose quotidienne. Et tous les moyens sont bons. La Cour des Comptes rappelait dans son dernier rapport que le gouvernement a ainsi augmenté de 82 milliards d'euros la dette publique française en 2009 par un endettement à court terme, non plafonné par la loi de finances.
Ami sarkozyste, où es-tu ?
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