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1er mars : Une journée sans immigrés. Et sans nous ? (suite)

Publié le 23 février 2010 par Petistspavs

J - 6

Ce blog a été créé sans la moindre ligne directrice ou éditoriale. Si une ligne s'est dessinée peu à peu, son dessin n'apparaît pas toujours très net. Deux commentaires, ces jours-ci, l'illustraient bien. Un lecteur me dit qu'il s'intéresse à mes papiers sur le cinéma mais, quant au reste, il n'est pas forcément fan. Un autre lecteur réagit en disant, en gros, qu'il n'y a pas que le cinéma dans la vie, mais des choses petites et grandes méritant qu'un regard s'y arrête. Les deux ont raison d'avoir un avis et de l'exprimer, surtout quand c'est ici.

Moi, je balance. J'aime vraiment le cinéma, j'ai fait mon éducation à travers les films, je n'ai fréquenté l'université (tardivement) qu'après la Cinémathèque et la rue Champollion. Mais l'obscurité des salles de projection ne cache pas la lumière crue que certaines personnes, certaines populations prennent dans la gueule, comme une lampe de commissariat.

Alors, quand les deux univers se rencontrent, ça me concerne forcément. Le monde du cinéma n'est pas foncièrement réactionnaire, si on excepte quelques tarés psychotiques comme Mel Gibson ou, en France, quelques amis-courtisans du Prince.

De nombreux cinéastes français étaient signataires de l'appel "Nous les prenons sous notre protection" pour soutenir les travailleurs sans papiers en grève de la rue du Regard. Ils ont voulu aller plus loin et signent collectivement un film destiné au Net, mais aussi aux salles de cinéma dont le titre reprend le slogan « On bosse ici ! On vit ici ! On reste ici ! ».

L'affiche du film

collectif_des_cineastes_pour_les_sans_papiers

Le film in extenso (3 mn et quelques) :


Le Manifeste des cinéastes qui accompagne le film
« On bosse ici ! On vit ici ! On reste ici ! »

Un travailleur sans papiers et un travailleur avec carte de séjour, c’est quoi la différence ? Pas visible à l’œil nu, pas visible même avec une caméra. Et pourtant, ils sont là. Ils travaillent, ils construisent nos immeubles, réparent nos rues, posent les rails de nos tramways. Ils nettoient nos bureaux, font le ménage dans nos appartements, s’occupent de nos malades et des plus vieux d’entre nous. Ils lavent la vaisselle et les cuisines de nos restaurants, s’occupent de la sécurité de nos grands magasins, sont la main d’œuvre secrète de nos agences d’intérim…

Avec ou sans papiers, leurs tâches sont les mêmes. Avec ou sans papiers, les obligations des uns et des autres sont aussi les mêmes : ils payent les cotisations sociales, l’assurance-chômage, la sécurité sociale, les impôts... Comme tout le monde.

Alors, quelle est la différence ?
La différence, c’est qu’un « sans-papiers » au chômage ne touchera pas d’allocation. La différence, c’est qu’un « sans-papiers » cotisera pour la retraite mais n’en touchera jamais un centime...

Les mêmes devoirs, mais pas les mêmes droits. Et cela parce qu’il lui manque un papier, un seul : la carte de séjour.

On peut fabriquer une voiture en Roumanie pour la vendre en France, on ne peut pas délocaliser les métiers du bâtiment ou les services à la personne. Alors on délocalise sur place, on emploie des « sans-papiers ».

Un « sans-papiers », c’est d’abord un travailleur sans droits ! Un travailleur qui vit dans la peur d’être expulsé, et qui s’il est licencié, n’a aucun recours mais une seule perspective : la reconduite à la frontière. Cette injustice est insupportable pour qui attache de la valeur à la devise de la République inscrite sur les frontons de nos écoles.

C’est pour cela que nous avons décidé de nous mobiliser aux côtés de ces travailleurs, comme nous l’avions fait pour les enfants de « sans-papiers » avec le film « Laissez-les grandir ici ! ».
C’est avec nos regards de cinéastes que nous voulons à nouveau marquer notre solidarité.
« On bosse ici ! On vit ici ! On reste ici ! » proclament les travailleurs sans papiers en grève. L’égalité des droits est l’exigence de tous. Régularisation de tous les travailleurs sans papiers, c’est ce que nous exigeons avec eux.

Qui sont-ils ?

Les signataires sont trop nombreux pour être listés dans ce papier, donc je les ai invités à se ranger par ordre alphabétique dans un fichier .PDF dont vous pourrez prendre connaissance en Cliquant ICI SVP.

Ce billet entre évidemment dans la campagne :
1er mars, une journée sans immigrés.

affiche_emachline_600

Une petite histoire pour finir

Najlae, une Marocaine de 19 ans qui a fui son pays à l’âge de 14 ans afin d’éviter un mariage arrangé par son père, vient d’être expulsée sur ordre de la préfecture du Loiret. Sa faute? Avoir franchi la porte de la gendarmerie de Château-Renard pour y déposer une plainte. Son hébergeur de frère l’avait, deux jours auparavant, rouée de coups. «Il avait trouvé un mégot de cigarette dans sa chambre», explique Chantal Parisot, la mère d’une copine de Najlae. «Violent par habitude, il a saisi un manche d’aspirateur et un fer à lisser pour la frapper. Ce n’était pas la première fois…».

Bilan: huit jours d’incapacité de travail et un gendarme qui contrôle son identité, prévient la préfecture de son statut d’irrégulière et place en garde-à-vue Najlae, victime devenue coupable.
Samedi matin, à 4h40, Chantal Parisot reçoit un appel l’informant du transfert de Najlae vers Orly, puis de son renvoi vers le Maroc où elle a été de nouveau arrêtée pour avoir été "coupable d'avoir fui son pays".

Il s’agit, en quelques mois, du quatrième cas de femme battue et menacée d’expulsion – ou expulsée - dans le Loiret. La Cimade a signifié son indignation pour qui cette «expulsion justifie la campagne nationale pour contrer les violences faites aux femmes» qu’elle vient d’engager. «Une commission ad hoc a déjà recueilli plusieurs de nos propositions, mais nous appelons les citoyens à saisir leurs parlementaires pour que des dispositions spécifiques conduisent à mieux protéger toutes les femmes de ces violences conjugales, y compris les femmes d’origines étrangères qui aujourd’hui subissent une double peine», explique Marie-Noëlle Vitry, militante à la Cimade pour le Centre-Ouest.

(info Libération)

Le 1er mars, c'est sans nous !


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