Magazine Cinéma

This is England (2007)

Par Eric Culnaert

En 1983, dans le nord de l’Angleterre, Shaun, 12 ans, vit avec sa mère Cynthia. Son père a été tué à la guerre des Malouines. Tu as oublié, cher lecteur, ce que fut la guerre des Malouines ? Tu as raté le cours précédent, parce que c’était le jour où ta grand-mère accouchait ? Qu’à cela ne tienne, voici un petit rappel : en temps-là, Margaret Thatcher, qui n’était pas encore baronne mais qui inspirait déjà autant de sympathie qu’une carie dentaire, déclara la guerre à l’Argentine, car le gouvernement de ce pays avait mis la main, et même les brodequins de ses soldats, sur ces îles de l’Amérique du sud, colonies de l’Angleterre – et qui le sont toujours, Dieu sauve la reine ! Il faut dire que ces Argentins ne sont pas des gens comme nous, puisque les Malouines, ils les appellent « les Malvinas », et ce mot sonne bizarrement. Remarquez, les Britanniques non plus ne sont pas des gens comme nous, puisque les Malouines, ils les appellent « les Falklands ». Mais eux ont le bon goût d’habiter l’hémisphère nord, donc ils ont gagné la guerre tout en conservant la sympathie que par tradition nous réservons aux vainqueurs. Bien, le cours d’histoire-géo est terminé, rangez vos cahiers, et sortez en ordre.

Shaun, assez solitaire et un peu chahuté à l’école, trouve des protecteurs, un petit groupe de skinheads pas vraiment méchants, et dont le chef Woody, en fait, est très bienveillant. Certes, la bande saccage un peu une maison abandonnée, mais ne s’en prend pas aux personnes. Shaun a donc enfin des amis, et sa mère n’y met aucune objection, sauf quand les nouveaux copains rasent la tête de son chérubin, histoire de le faire ressembler enfin à quelque chose. Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, jusqu’à ce que sorte de prison un autre skinhead, Combo, un peu plus âgé, vaguement copain avec Woody et ses potes, et qui tente bientôt de les embrigader dans ce que lui considère comme une lutte patriotique : s’en prendre aux immigrés pakistanais, venus, comme l’on sait, manger le pain des vrais Britanniques – ou plutôt leur pudding. Il faut dire que Combo a bien des excuses pour être devenu raciste : en taule, un autre taulard noir n’arrêtait pas de lui voler son dessert. Je vous jure que je n’invente rien.

Woody, qui a la tête sur les épaules et renifle dans tout cela une forte odeur de National Front, que tes connaissances linguistiques, lecteur érudit, t’auront permis d’identifier à notre Front National national, mais vu de l’autre côté de la Manche, (ça va, tu suis ?), Woody, disais-je au début de cette phrase dont j’ai déjà oublié le début, ne marche pas et quitte l’arêne, tout en restant fidèle à la reine (oui, on a droit à un quota de jeux de mots nuls, sur ce site). Shaun, lui, mord à l’hameçon, quant au reste de la bande, il est aussi partagé que l’ex-Palestine.

Dès lors, le film montre comment le jeune Shaun s’englue dans cette atmosphère de violence, jusqu’à s’en prendre rudement à un honnête épicier pakistanais, qui fait office de cible sans défense. Mais Combo va trop loin, et perd les pédales : il se met à tabasser ses propres partisans, et en envoie un, Noir comme par hasard bien qu’il s’appelle Milk, à l’hôpital. Shaun ouvre enfin les yeux, rejoint Woody, et jette à la mer le drapeau des nationalistes.

Le réalisateur Shane Meadows, qui fut lui-même skinhead, semble donc avoir fait ses classes chez Claude Chabrol, puisqu’il loupe la fin de son film comme il n’est pas permis : si Combo est fou, et il l’est de toute évidence, cela réduit à zéro sa culpabilité de raciste, et l’histoire perd son caractère antiraciste. Jusqu’à cet épilogue, c’était très bien. Il faudrait disposer d’une gomme à effacer les fins foireuses, comme sur Allocine.

Choisis ton arme et flingue la fin du film
  

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